La couverture maladie aux États-Unis. Un système fragmenté

 par Lucy apRoberts

Les notes de l’IES – n°2 – Mars 2009

Le système de santé des États-Unis est à la fois coûteux et peu performant. L’assurance maladie y apparaît comme un système fragmenté qui exclut une importante minorité de la population.

Pour la majorité de la population en dessous de 65 ans (62%), la couverture santé passe par une multitude de régimes professionnels, instaurés par des employeurs pour les salariés et leurs familles, sans mutualisation entre eux. Ce système éclaté de protection sociale lié à l’emploi exclut de nombreuses personnes. Un dispositif de sécurité sociale destiné aux personnes de plus de 65 ans et aux invalides (Medicare) et un système d’assistance pour les personnes pauvres avec enfants (Medicaid) permettent de couvrir une partie de ceux qui échappent aux régimes professionnels. Mais cette fragmentation de la couverture maladie conduit à l’exclusion de 45 millions de personnes qui se retrouvent sans aucune couverture maladie.

En comparaison, la couverture maladie en France est beaucoup plus unifiée. Il existe toutefois certaines différentiations : entre pauvres et non pauvres avec la CMU, entre les personnes en Affections Longue Durée et les autres assurés du régime général, entre groupes professionnels selon leur assurance complémentaire. Ces clivages sont appelés à se développer si le régime général poursuit son retrait de la couverture de soins. Dans ce cas, ils pourraient faire glisser la couverture maladie en France vers une solidarité fragmentée à l’américaine.

Poursuite du salaire ou contributivité? Les retraites au péril des comptes individuels

par Nicolas Castel

Les notes de l’IES – n°1- Février 2009

Faut-il discriminer les différents groupes de futurs retraités suivant leur espérance de vie ? Il s’agirait là d’une question de justice sociale selon un récent rapport d’Antoine Bozio et Thomas Piketty.

Nicolas Castel montre que ce rapport participe d’une idéologie contestable à l’œuvre dans les dernières réformes des retraites : celle de la « contributivité ».
Selon cette idéologie, les pensions de retraite doivent être appréhendées comme un revenu différé.

Cette logique, qui veut que chacun récupère ce qu’il a préalablement mis de côté, est un mythe qui n’obéit qu’à une exigence idéologique. D’un point de vue économique, nos cotisations d’aujourd’hui ne déterminent en rien nos pensions de demain.
On peut s’interroger sur l’idéal de justice porté par cette individualisation des retraites. Est-il si juste d’égaliser contributions et pensions sur l’ensemble du cycle de vie de chacun, singeant ainsi la capitalisation pour « sauver » les retraites par répartition ? Comment légitimer les critères selon lesquels serait calculé le « coût » de la retraite de chacun ?

Une autre logique a prévalu depuis l’après-guerre : celle de la pension comme poursuite du salaire au-delà du départ à la retraite. Non seulement plus  réaliste économiquement mais aussi plus juste socialement, elle constitue un modèle de socialisation du salaire qui mériterait d’être poursuivi.