Promesse d’embauche, par Florence Ihaddadene

Rencontre avec Florence Ihaddadene le vendredi 22 mai 2026 de 19 à 21h à la Bibliothèque Václav Havel, 26 esplanade Nathalie Sarraute, Paris 18e

Depuis cinquante ans, l’État français multiplie les politiques à destination des jeunes : stages, apprentissage, service civique, volontariat, service national universel… Derrière leur apparente diversité, ces dispositifs ont en commun de formuler une promesse d’avenir sans avoir les moyens de l’honorer.

Cheminant dans ces politiques pour la jeunesse et analysant leurs mutations depuis 1970, Florence Ihaddadene montre qu’elles ont progressivement bâti un véritable système de mise au travail et de citoyenneté dérogatoire au régime général. Si cette politique de l’espoir fonctionne, c’est qu’elle repose aussi sur une menace. Ainsi, si tou·tes les jeunes sont mis·es en attente, tou·tes ne le sont pas de la même manière : promesse de méritocratie, de valorisation de soi, d’intégration républicaine ou d’exaltation patriotique pour certain·es, menace de chômage, de sélection, de coercition, dispositifs de seconde chance ou criminalisation pour d’autres.

Finalement, mettant gratuitement au travail celles et ceux qui attendent une insertion professionnelle et citoyenne et menaçant de marginalisation les autres, l’État produit des subjectivités en attente mais disponibles, dépendantes et dociles, autrement dit parfaitement adaptées aux besoins du capitalisme néolibéral.

Florence Ihaddadene est sociologue, maîtresse de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Picardie Jules Verne.

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Le travail migrant, l’autre délocalisation, par Daniel Veron

Alors que les lois anti-immigration s’empilent, durcissant chaque fois un peu plus les conditions des travailleur·ses migrant·es, la main-d’œuvre étrangère s’avère pourtant toujours aussi indispensable dans de nombreux secteurs (BTP, restauration, nettoyage, travail à domicile, etc.). Le recours à ce « travail migrant » se fait au travers d’une variété de statuts, légaux ou non, qui permettent la mise au travail des personnes migrantes dans des conditions moins favorables et plus intensives que celles qui ont cours sur le marché du travail français. Travailleurs et travailleuses « sans-papiers », « temporaires » ou « détaché·es » : le recours au travail migrant apparaît bien comme une modalité particulière de mise en œuvre d’une forme de « délocalisation », à ceci près qu’elle s’exerce « sur place ».

Daniel Veron montre comment cette surexploitation des travailleur·ses migrant·es s’affirme comme l’un des outils cruciaux d’une dégradation générale des conditions de travail. Dès lors, le seul horizon pour déjouer la pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail ne peut passer que par la lutte pour l’égalité des droits de toutes et tous.