Les salaires à la SNCF. Inflexion néolibérale et résilience du statut

par Dominique Andolfatto, Marnix Dressen et Jean Finez

Les notes de l’IES – n°27 – mai 2012

Les rémunérations, analysées à la fois du point de vue de leur montant et de celui de leur logique de formation, constituent un indicateur puissant des transformations de la relation salariale et de ses implications.
En s’intéressant aux salaires à la SNCF, Dominique Andolfatto, Marnix Dressen et Jean Finez insistent sur l’inflexion néo-libérale qui consiste à individualiser les rémunérations. Au-delà d’une simple technique de rémunération, ils montrent que, par le biais de l’individualisation et de la fragmentation de la politique salariale, c’est une culture, une solidarité et une identité cheminotes – incarnées par un système dans lequel toutes les « soldes », du bas au haut de l’échelle, étaient liées à l’évolution d’un même point d’indice – qui sont aujourd’hui mises en cause.

Le travail en “colos” : le salariat en vacance ?

par Francis Lebon et Maud Simonet

Les notes de l’IES – n°26 – avril 2012

La qualification du contrat de travail des animateurs des centres de vacances et de loisirs oppose ceux qui mettent en avant le risque qu’elle constitue pour la survie de ces structures et ceux qui l’estiment indispensable face à l’exploitation dont sont victimes les travailleurs de ces secteurs. Pour Francis Lebon et Maud Simonet, cette tension s’inscrit dans des débats anciens sur le registre de l’engagement pour les uns ou du véritable emploi pour les autres, pourtant indissociables.
S’y ajoute aujourd’hui un nouvel enjeu centré sur l’inégalité entre les jeunes qui pratiquent l’animation comme un “super bénévolat” et ceux qui se considèrent en voie de professionnalisation dans ce secteur. Les deux groupes sont disqualifiés par le statut de “volontaire”.

Un usage du SMIC contre le salaire : le cas des centres d’appels

par Nicolas Castel

Les notes de l’IES – n°25 – janvier 2012

En s’appuyant sur une analyse de la formation des salaires dans les centres d’appels, Nicolas Castel montre la manière dont le SMIC a profondément changé de signification : de plancher, il est devenu plafond des rémunérations des employés. Parce qu’il permet de s’exonérer de deux institutions constitutives du salaire – la qualification et les cotisations sociales – le SMIC devient l’horizon d’une carrière salariale et non son point de départ. Cette garantie minimale que constitue le SMIC réduit cependant la rémunération à une logique de besoins à couvrir et nie la qualification des travailleurs ou de leur poste que le salaire est censé reconnaître. En ce sens, on peut lire dans les pratiques de rémunérations et de négociation salariale qui tendent au mieux à égaler le SMIC, encouragées en cela par les politiques publiques d’exonérations de cotisations sociales, un usage du SMIC contre le salaire.

L’assurance maladie aux mains du marché. Le cas des Pays-Bas

par Pascal Turquet

Les notes de l’IES – n°24 – décembre 2011

Nombreux sont ceux qui, en Europe comme aux États-Unis, préconisent la création d’un marché de l’assurance maladie. La concurrence entre assureurs serait « organisée » car fortement régulée par l’État. Dans ce modèle, celui-ci doit en effet : définir les soins couverts et les niveaux de remboursement ; obliger tout le monde à s’assurer et obliger les assureurs à accepter d’assurer tout le monde ; et enfin, gérer un système de compensation pour les assureurs couvrant une forte proportion d’assurés à risque.

Ainsi, les assureurs devraient réagir en concluant des conventions avec les fournisseurs de soins afin d’en réduire le prix et, partant, le prix de l’assurance. S’appuyant sur l’exemple des Pays-Bas, Pascale Turquet montre qu’il n’en est rien. Non seulement le nouveau système ne protège pas les assurés à faible revenu du coût excessif de l’assurance, mais les assureurs ne contrôlent pas le coût des soins. La concurrence est d’abord « organisée » pour assurer le recul de l’État social.

Quand le patronat bancaire se raccroche à la branche. La faiblesse de l’ordre public social en Grande-Bretagne

par Jean-François Lejeune

Les notes de l’IES – n°23 – novembre 2011

Les relations professionnelles en Grande Bretagne sont marquées par l’absence de l’État y compris comme garant des accords conclus.
Jean-François Lejeune montre à travers l’exemple de la branche bancaire britannique comment, sans la contrainte d’un ordre public social, le patronat est le maitre du jeu de la négociation collective, définissant selon ses volontés le bon niveau de la négociation. Ce détour outre-Manche nous rappelle que l’autonomie de la négociation collective est un mot d’ordre vide de sens si la puissance publique ne garantit pas l’effectivité du pouvoir de négociation des salariés et l’application de ses résultats.

L’emploi aux frontières, révélateur des nouvelles frontières de l’emploi

par Jean-Luc Deshayes

Les notes de l’IES – n°22 – septembre 2011

Le travail transfrontalier révèle les profondes transformations en cours dans l’emploi, le support des droits passant du poste de travail à l’employabilité du travailleur. Jean-Luc Deshayes éclaire ce déplacement à partir de l’inclusion du chômage dans le statut du travailleur frontalier, de l’usage concurrent du statut de travailleur détaché, et de la construction d’un employeur territorial transfrontalier.

Le combat des conservateurs américains contre les syndicats des agents publics

Par Jean-Christian Vinel

Les notes de l’IES – n°21 – juillet 2011

Au printemps 2011, le Gouverneur du Wisconsin a fait voter une loi limitant grandement les droits syndicaux des agents publics dans son État, déclenchant un mouvement social et des débats de grande ampleur dans l’ensemble du pays. C’est pourtant dans ce même État que s’était mis en place, un peu plus de cinquante ans auparavant, le premier système de négociations collectives dans la fonction publique d’État, quelques années avant que John Kennedy ne l’institue par décret pour la fonction publique fédérale.
Jean-Christian Vinel retrace les grandes étapes de cette évolution historique qui va de la démocratisation de l’emploi public à sa mise en danger actuelle, au nom du poids que feraient peser sur les budgets publics les avantages sociaux des fonctionnaires. Il met alors en lumière, derrière les discours libéraux et au-delà de la fonction publique, les enjeux de cette attaque des conservateurs contre l’une des institutions fondamentales du salariat américain, l’institution syndicale, là où elle est aujourd’hui la plus forte : dans le secteur public.

Sécurisation des parcours professionnels et sécurité sociale professionnelle : deux projets antinomiques pour le travail

par Jean-Pascal Higelé

Les notes de l’IES – n°20 – mars 2011

Entre impulsions de la Commission européenne et appropriations par les acteurs sociaux, les propositions de flexicurité pour prendre en charge les discontinuités d’emploi oscillent en France entre deux projets aux définitions non stabilisées et parfois confondues : la sécurisation des parcours professionnels et la sécurité sociale professionnelle. Cette note insiste sur leurs différences et leurs enjeux contradictoires : des droits au service du marché du travail pour la première, des droits au service de l’émancipation des travailleurs pour la seconde. L’auteur montre qu’il s’agit de deux conceptions opposées du contenu et de l’appropriation du travail.

La proposition de retraites à la suédoise : une offensive contre le salaire à vie

par Bernard Friot

Les notes de l’IES – n°19 – février 2011

Poursuivant la réflexion entamée dans la note précédente, Bernard Friot revient sur la prochaine étape prévue pour la réforme des retraites en France. Les réformateurs s’apprêtent en effet à référer la pension du retraité à toute sa carrière cotisée en généralisant la technique des points déjà en vigueur en France dans les régimes complémentaires ou en instaurant un système de comptes notionnels à la suédoise. Face à la possibilité d’une telle régression, l’auteur invite à considérer l’existant – la retraite comme salaire continué –, pour penser un possible : le salaire à vie pour tous.

« Faire cotiser le capital comme le travail » ? Retour sur les revendications de la mobilisation contre la réforme des retraites

par Bernard Friot

Les notes de l’IES – n°18 – janvier 2011

Les participants à la récente mobilisation contre la réforme des retraites ont souvent appelé de leurs vœux un prélèvement sur les profits pour financer les retraites. Dans cette Note, Bernard Friot reprend les analyses développées dans son livre, L’enjeu des retraites, et montre que cette revendication passe à côté du véritable enjeu de la mobilisation. Elle ignore, en effet, le potentiel émancipateur de la cotisation sociale. En partant de cette critique, l’auteur envisage la destruction du marché du travail et du marché du capital à travers une extension du montant et du champ de la cotisation sociale.