{"id":967,"date":"2022-11-10T12:04:11","date_gmt":"2022-11-10T11:04:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/?p=967"},"modified":"2024-11-10T09:37:02","modified_gmt":"2024-11-10T08:37:02","slug":"wages-for","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/2022\/11\/10\/wages-for\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Wages for\u00a0\u00bb. Une approche f\u00e9ministe du salaire comme puissance subversive"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:20px\">par Maud Simonet<\/h3>\n\n\n\n<p>En novembre 2018, des dizaines de milliers d\u2019\u00e9tudiantes et d\u2019\u00e9tudiants qu\u00e9b\u00e9cois \u00e9taient en gr\u00e8ve et en appelaient \u00e0 une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale des stages pour le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2019. Ils et elles d\u00e9filaient dans les rues de Montr\u00e9al en criant&nbsp;: \u00ab&nbsp;ras-le-bol d\u2019\u00eatre b\u00e9n\u00e9voles&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;un salaire pour les stagiaires&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;la gr\u00e8ve des stages est une gr\u00e8ve des femmes&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Ils et elles en appelaient plus largement \u00e0 un \u00ab&nbsp;salaire \u00e9tudiant&nbsp;\u00bb, reprenant ainsi une revendication qui avait \u00e9t\u00e9 port\u00e9e dans les ann\u00e9es 1970 par un groupe de militant\u00b7es am\u00e9ricain\u00b7es ayant produit un fascicule intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Wages for Students<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Georges Caffentzis, l\u2019un des auteurs de ce petit livre de 1975, \u00e9tait pr\u00e9sent en 2019 aupr\u00e8s des stagiaires en gr\u00e8ve du Qu\u00e9bec. Il \u00e9tait venu soutenir ces Comit\u00e9s unitaires du travail \u00e9tudiant (CUTE) qui s\u2019\u00e9taient construits depuis plusieurs ann\u00e9es dans les universit\u00e9s et les \u00e9coles qu\u00e9b\u00e9coises et qui y d\u00e9veloppaient la revendication d\u2019un salaire \u00e9tudiant en y construisant la gr\u00e8ve des stages, \u00ab&nbsp;<em>face la plus visible de l\u2019exploitation du travail \u00e9tudiant<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"487\" height=\"611\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/WagesForStudentsCover72.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1063\" style=\"width:329px;height:413px\" srcset=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/WagesForStudentsCover72.jpg 487w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/WagesForStudentsCover72-239x300.jpg 239w\" sizes=\"auto, (max-width: 487px) 100vw, 487px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Cette gr\u00e8ve des stages, les CUTE la d\u00e9signaient comme \u00ab&nbsp;une gr\u00e8ve des femmes&nbsp;\u00bb, rappelant contin\u00fbment dans leurs prises de paroles, que les stages, lorsqu\u2019ils \u00e9taient r\u00e9alis\u00e9s par des hommes comme ing\u00e9nieurs, dans la m\u00e9decine, l\u2019informatique, \u00e9taient en g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, ce qui \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre le cas pour les stages r\u00e9alis\u00e9s dans les secteurs dits f\u00e9minins (l\u2019\u00e9ducation, la culture, la sant\u00e9, le social\u2026). Faire la gr\u00e8ve de ces stages, c\u2019\u00e9tait donc montrer que le syst\u00e8me productif \u2013 et en l\u2019occurrence ici toute une partie des services publics \u2013 ne pouvait fonctionner sans ce travail gratuit principalement fourni par des jeunes femmes. C\u2019\u00e9tait, dans le sens de la gr\u00e8ve f\u00e9ministe<a id=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, performer le travail, donner \u00e0 voir, par l\u2019arr\u00eat de travail, la travailleuse et le caract\u00e8re indispensable de son travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre Georges Caffentzis, d\u2019autres militantes des ann\u00e9es 1970 qui lui sont proches, comme Silvia Federici et Louise Toupin, sont venues soutenir ces Comit\u00e9s unitaires et la gr\u00e8ve des stages. Ces deux f\u00e9ministes, italienne pour la premi\u00e8re, qu\u00e9b\u00e9coise pour la seconde avaient particip\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970, entre 1972 et 1977 plus pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 un mouvement f\u00e9ministe international dont les revendications avaient largement influenc\u00e9 la demande d\u2019un salaire \u00e9tudiant, ce <em>Wages for Students<\/em> des \u00e9tudiant\u00b7es new yorkais\u00b7es de l\u2019\u00e9poque. Ce mouvement f\u00e9ministe international \u2013 dont Federici avec d\u2019autres comme Mariarosa Dalla Costa, Selma James ou Leopoldina Fortunati faisaient partie \u2013, c\u2019est celui que l\u2019on retient sous le nom de <em>Wages for Housework<\/em>, ou \u00ab&nbsp;salaire au travail m\u00e9nager&nbsp;\u00bb pour reprendre la traduction qu\u00e9b\u00e9coise qu\u2019on lui a donn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019illustre la mobilisation des \u00e9tudiantes qu\u00e9b\u00e9coises pour un salaire \u00e9tudiant, mais aussi d\u2019autres mobilisations que nous \u00e9voquerons rapidement ici \u2013 comme le mouvement <em>Wages for Facebook<\/em><a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, ou le <em>Wages for\/Wages against art work<\/em><a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a> \u2013, cette approche f\u00e9ministe du salaire, n\u00e9e dans les ann\u00e9es 1970, trouve des \u00e9chos, une caisse de r\u00e9sonnance au-del\u00e0 de la question du travail domestique, dans des luttes actuelles contre le travail gratuit. Ces luttes qui portent sur la reconnaissance du travail posent, \u00e0 partir de la revendication d\u2019un salaire, la question de la d\u00e9finition du travail et de ses formes d\u2019exploitation.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une br\u00e8ve pr\u00e9sentation de la conception f\u00e9ministe et subversive du salaire port\u00e9e par le mouvement international du <em>Wages for Housework<\/em>, on cherchera \u00e0 souligner, en s\u2019appuyant notamment sur les filiations contemporaines du \u00ab&nbsp;<em>Wages for<\/em>&nbsp;\u00bb, en quoi elle peut permettre de nourrir les d\u00e9bats et de renouveler les analyses sur la valeur et la valorisation du travail aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Naissance du mouvement <em>Wages for Housework<\/em><\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>On peut dater le d\u00e9part de ce mouvement ou cette \u00ab&nbsp;campagne pour un salaire au travail m\u00e9nager&nbsp;\u00bb \u00e0 la publication en italien en 1972, par Mariarosa Dalla Costa et Selma James, de l\u2019ouvrage <em>Le pouvoir des femmes et la subversion sociale<\/em> compos\u00e9 de trois textes, l\u2019un de Selma James, l\u2019autre de Mariarosa Dalla Costa \u00ab&nbsp;les femmes et la subversion sociale&nbsp;\u00bb et le troisi\u00e8me collectif, sur la maternit\u00e9 et l\u2019avortement. Comme l\u2019\u00e9crit Louise Toupin qui a largement document\u00e9 ce mouvement<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>la strat\u00e9gie du salaire au travail m\u00e9nager n\u2019apparait alors qu\u2019en note de bas de page<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Celle-ci sera d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9crit un peu plus tard mais le livre n\u2019en constitue pas moins un manifeste car on y trouve tout \u00e0 la fois&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>une nouvelle compr\u00e9hension du r\u00f4le jou\u00e9 par la famille en soci\u00e9t\u00e9 capitaliste (centre de production et non seulement de consommation), une nouvelle conception de la position des femmes (productrices et reproductrices de la force de travail), une nouvelle appr\u00e9hension du pouvoir des femmes&nbsp;: si elles effectuent un travail productif, alors en refusant ce travail productif elles peuvent subvertir la soci\u00e9t\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le dira Mariarosa Dalla Costa dans son entretien avec Louise Toupin, \u00ab&nbsp;<em>on a d\u00e9couvert l\u2019autre p\u00f4le de l\u2019accumulation capitaliste, la maison \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019usine, on a d\u00e9couvert que la classe \u00e9tait compos\u00e9e de salari\u00e9\u00b7es et de non salari\u00e9\u00b7es<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"774\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Wfor.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-969\" style=\"width:379px;height:612px\" srcset=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Wfor.jpg 480w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Wfor-186x300.jpg 186w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La campagne internationale <em>Wages for Housework<\/em> est lanc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1972 \u00e0 Padoue avec la formation du <em>Collectif F\u00e9ministe International<\/em>. Le deuxi\u00e8me texte cl\u00e9 du mouvement, \u00ab&nbsp;<em>Wages against housework<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, sera publi\u00e9 quelques ann\u00e9es plus tard, en 1975, par Silvia Federici. Il commence par un po\u00e8me, en exergue, dont la premi\u00e8re ligne est rest\u00e9e tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>They say it is love. We say it is unwaged work<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019id\u00e9e principale d\u00e9velopp\u00e9e dans ce texte est que le capitalisme a naturalis\u00e9 le travail domestique et l\u2019a assign\u00e9 aux femmes pour se d\u00e9velopper. Federici \u00e9crit ainsi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Le capital a d\u00fb nous convaincre que c\u2019\u00e9tait une activit\u00e9 naturelle, in\u00e9vitable, et m\u00eame \u00e9panouissante d\u2019accepter de travailler sans salaire. En retour, la condition non salariale du travail domestique a \u00e9t\u00e9 l\u2019arme la plus puissante pour renforcer l\u2019acception commune selon laquelle le travail domestique n\u2019est pas du travail, emp\u00eachant ainsi les femmes de lutter contre cela, \u00e0 l\u2019exception des querelles men\u00e9es dans l\u2019espace priv\u00e9 de la cuisine ou de la chambre \u00e0 coucher, querelles que toutes soci\u00e9t\u00e9s s\u2019accordent \u00e0 ridiculiser, r\u00e9duisant encore les possibilit\u00e9s de lutte<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et Federici de conclure&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>on nous voit comme des r\u00e2leuses hyst\u00e9riques, pas comme des travailleuses en lutte<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quelle conception du salaire&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La conception du salaire port\u00e9e par ce mouvement f\u00e9ministe international est avant tout celle d\u2019une strat\u00e9gie politique de subversion du capitalisme. Un salaire pour le travail domestique doit s\u2019entendre, non pas comme un programme concret, mais comme une perspective, une strat\u00e9gie politique \u2013 \u00ab&nbsp;radicale&nbsp;\u00bb dira Dalla Costa, \u00ab&nbsp;r\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb \u00e9crira Federici \u2013 pour d\u00e9naturaliser, d\u00e9voiler et attaquer le syst\u00e8me d\u2019exploitation sur lequel le travail domestique repose. \u00c0 la diff\u00e9rence d\u2019autres propositions formul\u00e9es par des f\u00e9ministes mat\u00e9rialistes radicales \u00e0 l\u2019\u00e9poque qui entendent faire payer le mari<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, le mouvement pour un salaire au travail m\u00e9nager propose lui de demander des salaires \u00e0 l\u2019\u00c9tat, consid\u00e9r\u00e9 comme le repr\u00e9sentant du capital&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>the real Man profiting from this work<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. Faire payer au capital un salaire pour le travail domestique, c\u2019est remettre en cause tout le syst\u00e8me d\u2019oppositions sur lequel le capitalisme est construit&nbsp;: opposition entre production et reproduction, entre productif et non productif, entre travail salari\u00e9 et travail gratuit, travail visible et travail invisible. En politisant et donc en d\u00e9naturalisant le travail domestique, en \u00ab&nbsp;<em>coupant le cordon ombilical qui relie le travail domestique \u00e0 la \u201cnature\u201d des femmes<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>, le salaire est \u00e0 la fois \u00ab&nbsp;<em>r\u00e9v\u00e9lateur du travail invisible<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a> et levier de pouvoir pour les femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Exiger un salaire pour le travail m\u00e9nager, c\u2019est donc rendre \u00e9vident le fait que nos esprits, nos corps et nos \u00e9motions ont tous \u00e9t\u00e9 d\u00e9form\u00e9s pour r\u00e9pondre \u00e0 une fonction sp\u00e9cifique, et que, apr\u00e8s coup on nous les a impos\u00e9s comme des mod\u00e8les auxquels nous devons toutes nous conformer si nous voulons \u00eatre accept\u00e9es en tant que femmes dans cette soci\u00e9t\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et Federici d\u2019ajouter&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>nous ne devons pas sous-estimer le pouvoir du salaire comme mani\u00e8re de d\u00e9mystifier notre f\u00e9minit\u00e9 et de rendre visible notre travail, notre f\u00e9minit\u00e9 comme travail. Comme nous ne devons pas sous-estimer non plus le pouvoir que l\u2019absence de salaire a eu pour nous enfoncer dans ce r\u00f4le et cacher notre travail<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le salaire permet donc de faire advenir la travailleuse comme travailleuse (et non comme m\u00e8re, comme \u00e9pouse, comme femme\u2026) et la s\u00e9pare de son travail en le d\u00e9naturalisant, comme c\u2019est le cas dans le travail salari\u00e9 (\u00ab&nbsp;<em>Vous n\u2019\u00eates pas ce travail. Aujourd\u2019hui vous \u00eates postier, demain chauffeur de taxi<\/em>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref18\" href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>). \u00c0 partir de cette position de travailleuse, il est donc possible de n\u00e9gocier les conditions du travail m\u00e9nager et notamment de \u00ab&nbsp;<em>sortir du servage illimit\u00e9 et inconditionnel<\/em>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref19\" href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>, de la disponibilit\u00e9 qui le caract\u00e9rise. Comme le souligne Louise Toupin dans son ouvrage, le mouvement du <em>Wages for Housework<\/em> voit aussi dans ce salaire pour le travail domestique \u00e0 la maison une mani\u00e8re de lutter contre les assignations que les femmes subissent sur le march\u00e9 du travail et la d\u00e9valorisation de leur travail qui s\u2019y produit. Reprenant les analyses de Mariarosa Dalla Costa, Louise Toupin \u00e9crit ainsi \u00e0 propos des emplois majoritairement occup\u00e9s par les femmes sur le march\u00e9 du travail, qu\u2019ils&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>reproduisent essentiellement les r\u00f4les tenus par les femmes \u00e0 la maison, c\u2019est pour cette raison qu\u2019ils sont si mal pay\u00e9s. [\u2026] plus les femmes mettront un prix sur toutes les t\u00e2ches que comprend le travail m\u00e9nager et ce qui vient avec lui (sourire, \u00eatre douce, consolante, rendre toutes sortes de petits services, r\u00e9pondre au doigt et \u00e0 l\u2019\u0153il aux besoins de l\u2019entourage, etc.) et plus ce prix sera \u00e9lev\u00e9, plus nous aurons de force pour n\u00e9gocier aupr\u00e8s des patrons le co\u00fbt de notre travail \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que de nombreuses f\u00e9ministes de l\u2019\u00e9poque pensent que la disparition du destin domestique des femmes et leur \u00e9mancipation d\u00e9couleraient d\u2019une meilleure place de celles-ci sur le march\u00e9 du travail, les f\u00e9ministes du <em>Wages for Housework<\/em> consid\u00e8rent \u2013 \u00e0 l\u2019inverse en quelque sorte \u2013 que la lutte \u00e0 la maison sera b\u00e9n\u00e9fique pour les emplois \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de celle-ci. Quelques d\u00e9cennies plus tard, en revenant lors d\u2019un entretien sur la perspective politique port\u00e9e par le salaire au travail m\u00e9nager, Selma James affirme ainsi \u00e0 propos de ce sens de la lutte&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 comprendre [\u2026] comment on devait commencer [la lutte] par les travailleurs non-salari\u00e9s plut\u00f4t que par les travailleurs salari\u00e9s. Et ensuite on allait vers les travailleurs salari\u00e9s. Mais quand on commence par les travailleurs salari\u00e9s, on ne va jamais ensuite vers les travailleurs non-salari\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref21\" href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"919\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1_Maggio_1975_Giornata_internazionale_di_lotta_delle_donne_per_il_salario_al_lavoro_domestico.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1065\" style=\"width:292px;height:419px\" srcset=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1_Maggio_1975_Giornata_internazionale_di_lotta_delle_donne_per_il_salario_al_lavoro_domestico.jpg 640w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1_Maggio_1975_Giornata_internazionale_di_lotta_delle_donne_per_il_salario_al_lavoro_domestico-209x300.jpg 209w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Ouvrir la classe ouvri\u00e8re aux non salari\u00e9\u00b7es, telle est sans doute la principale proposition strat\u00e9gique du salaire au travail m\u00e9nager, celle qui fait \u2013 selon Federici \u2013 qu\u2019\u00ab&nbsp;<em>elle est non seulement une perspective r\u00e9volutionnaire mais qu\u2019elle est la seule perspective r\u00e9volutionnaire f\u00e9ministe qui unira finalement l\u2019ensemble de la classe ouvri\u00e8re<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a>. En s\u2019attaquant, <em>via<\/em> le salaire au travail m\u00e9nager, au c\u0153ur du rapport capitaliste d\u2019appropriation du travail gratuit des femmes, on transforme le p\u00e9rim\u00e8tre et la conception m\u00eame de la classe ouvri\u00e8re. On la red\u00e9finit. Or, cette entr\u00e9e des \u00ab&nbsp;travailleuses domestiques&nbsp;\u00bb dans la classe ouvri\u00e8re par le salariat, dont les f\u00e9ministes du <em>Wages for Housework<\/em> r\u00e9p\u00e8teront incessamment qu\u2019elle marque le d\u00e9but et non la fin du combat, constituera l\u2019une des r\u00e9sistances principales rencontr\u00e9es chez les marxistes (autonomes) italiens dont elles \u00e9taient pourtant si proches. Dans son entretien avec Louise Toupin, Mariarosa Dalla Costa explique que si ce mouvement s\u2019est bien d\u00e9velopp\u00e9 en parall\u00e8le de l\u2019op\u00e9ra\u00efsme, s\u2019il en a en partie \u00e9merg\u00e9, et s\u2019est m\u00eame nourri des approches de ce courant du marxisme, on ne peut manquer de souligner la grande r\u00e9sistance des op\u00e9ra\u00efstes \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>accepter d\u2019\u00e9largir le concept de classe ouvri\u00e8re pour y inclure les m\u00e9nag\u00e8res<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cette premi\u00e8re r\u00e9sistance face \u00e0 la revendication d\u2019un salaire au travail m\u00e9nager, on peut en ajouter deux autres exprim\u00e9es sous forme de critiques<a id=\"_ftnref24\" href=\"#_ftn24\">[24]<\/a>. La premi\u00e8re critique est celle du risque d\u2019un renforcement de l\u2019assignation des femmes aux t\u00e2ches domestiques <em>via<\/em> la r\u00e9mun\u00e9ration. C\u2019est par exemple le d\u00e9bat entre Carole Lopate et Silvia Federici au milieu des ann\u00e9es 1970. \u00c0 Carole Lopate qui leur reproche de maintenir le <em>statu quo<\/em> de la division sexu\u00e9e du travail en r\u00e9mun\u00e9rant le travail domestique<a id=\"_ftnref25\" href=\"#_ftn25\">[25]<\/a>, Nicole Cox et Silvia Federici r\u00e9torquent que cette critique \u00ab&nbsp;<em>ignore que le salaire n\u2019est pas juste un peu d\u2019argent, mais l\u2019expression fondamentale d\u2019une relation de pouvoir entre le capital et la classe laborieuse<\/em>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref26\" href=\"#_ftn26\">[26]<\/a>. La deuxi\u00e8me critique, qui sera formul\u00e9e tout aussi bien aux tenantes du salaire au travail m\u00e9nager qu\u2019\u00e0 celles du salaire \u00e9tudiant, est celle du risque de marchandisation. La r\u00e9ponse formul\u00e9e par Georges Caffentzis lors de son \u00e9change avec les CUTE sera la suivante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>travailler gratuitement pour le capitalisme ne constitue pas un acte r\u00e9volutionnaire&nbsp;! Le travail gratuit peut \u00eatre un signe de d\u00e9sespoir ou d\u2019une ambition personnelle \u00e0 \u201cr\u00e9ussir\u201d dans le syst\u00e8me, mais il n\u2019a rien de r\u00e9volutionnaire. Ceux et celles qui croient qu\u2019un salaire r\u00e9duirait le pouvoir des travailleuses et des travailleurs devraient d\u2019abord d\u00e9couvrir elles et eux-m\u00eames la nature du salaire et se questionner sur l\u2019impact individuel et collectif de son absence. Les r\u00e9volutionnaires veulent d\u00e9marchandiser la soci\u00e9t\u00e9, mais pas en augmentant le travail non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de sa conf\u00e9rence \u00ab&nbsp;<em>un salaire contre le travail gratuit<\/em>&nbsp;\u00bb donn\u00e9e \u00e0 Montr\u00e9al en mai 2016 en soutien \u00e0 la mobilisation des CUTE, Silvia Federici, qui avait d\u00e9j\u00e0 largement essuy\u00e9 cette critique dans les ann\u00e9es 1970\u00e0 propos du travail m\u00e9nager<a id=\"_ftnref28\" href=\"#_ftn28\">[28]<\/a>, interpellera, en ces termes, les professeurs qui la formulent aujourd\u2019hui \u00e0 propos du travail \u00e9tudiant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>si vous avez peur de la marchandisation, rendez donc votre salaire&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref29\" href=\"#_ftn29\">[29]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Qu\u2019en est-il de ce mouvement aujourd\u2019hui&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Quand on se penche sur la post\u00e9rit\u00e9 du <em>Wages for Housework<\/em> aujourd\u2019hui, on ne peut manquer de souligner le paradoxe suivant&nbsp;: la revendication d\u2019un salaire pour le travail domestique semble s\u2019\u00eatre \u00e9teinte alors que la reprise militante du slogan \u00ab&nbsp;<em>Wages for<\/em>&nbsp;\u00bb s\u2019est r\u00e9pandue dans d\u2019autres sph\u00e8res d\u2019activit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La revendication d\u2019un salaire au travail m\u00e9nager, d\u00e9j\u00e0 minoritaire parmi les combats f\u00e9ministes \u00e0 l\u2019\u00e9poque, n\u2019est en effet plus centralement d\u00e9fendue aujourd\u2019hui par les militantes qui la portaient alors. Par exemple, Silvia Federici se fait plut\u00f4t l\u2019avocate d\u2019une \u00ab&nbsp;politique des communs&nbsp;\u00bb visant \u00e0 r\u00e9orienter les ressources \u00e9conomiques pour les mettre au service de la reproduction sociale et \u00e0 construire, localement, des mani\u00e8res de d\u00e9cider collectivement de leur orientation et de leur distribution<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a>. \u00c0 une revendication qui portait principalement sur le travail gratuit accompli dans le foyer succ\u00e8de donc une r\u00e9flexion sur le travail reproductif dans le cadre de communaut\u00e9s locales de vie et de travail. On passe ainsi de la revendication du salaire \u00e0 la revendication d\u2019un ensemble de ressources (salaires, terres, services sociaux\u2026) et de l\u2019inscription au sein d\u2019une mobilisation internationale \u00e0 l\u2019appel \u00e0 un ancrage local des d\u00e9bats et des d\u00e9cisions. Toutefois, si les r\u00e9ponses diff\u00e8rent, \u00ab&nbsp;<em>la question reste la m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb, insiste la repr\u00e9sentante historique du courant du salaire au travail m\u00e9nager&nbsp;: celle de l\u2019appropriation par le capitalisme de tout ce travail gratuit massivement assign\u00e9 aux femmes, travail invisible, invisibilis\u00e9 m\u00eame par ce syst\u00e8me \u00e9conomique et politique, et indispensable \u00e0 sa reproduction\u2026<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"236\" height=\"350\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/wages-for-wages-against.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1072\" srcset=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/wages-for-wages-against.jpg 236w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/wages-for-wages-against-202x300.jpg 202w\" sizes=\"auto, (max-width: 236px) 100vw, 236px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Alors m\u00eame que cette revendication du <em>Wages for Housework<\/em> n\u2019est plus port\u00e9e aujourd\u2019hui<a id=\"_ftnref31\" href=\"#_ftn31\">[31]<\/a>, notamment par celles qui la soutenaient, on ne peut manquer de souligner la filiation importante de ce courant f\u00e9ministe dans de nombreuses mobilisations contemporaines autour de la valeur du travail et de son exploitation, du travail gratuit et de son appropriation. De nos jours encore, on continue \u00e0 scander le \u00ab&nbsp;<em>Wages for<\/em>&nbsp;\u00bb dans de nombreuses luttes sociales interpellant les fronti\u00e8res du travail. En effet, quarante ans apr\u00e8s la campagne internationale du salaire au travail m\u00e9nager et dans un \u00e9cho assum\u00e9 \u00e0 celle-ci, des mobilisations contemporaines dans diff\u00e9rentes parties du monde investissent ce slogan, pour d\u00e9noncer des formes d\u2019invisibilisation du travail et d\u2019exploitation capitaliste par le travail gratuit. Il en est ainsi du \u00ab&nbsp;<em>Wages for Students<\/em>&nbsp;\u00bb scand\u00e9 par les jeunes stagiaires en gr\u00e8ve dans les rues de Montr\u00e9al par lequel nous avons ouvert cet article. On peut citer \u00e9galement la campagne \u00ab&nbsp;<em>Wages for\/Wages against<\/em>&nbsp;\u00bb pour la r\u00e9mun\u00e9ration des artistes bas\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve<a id=\"_ftnref32\" href=\"#_ftn32\">[32]<\/a>. Leur premier manifeste<a id=\"_ftnref33\" href=\"#_ftn33\">[33]<\/a>, publi\u00e9 en 2017, se termine par la reprise d\u2019un extrait du texte de Federici o\u00f9 les termes \u00ab&nbsp;<em>women<\/em>&nbsp;\u00bb sont remplac\u00e9s par \u00ab&nbsp;<em>artists<\/em>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>housewife<\/em>&nbsp;\u00bb par \u00ab&nbsp;<em>worker<\/em>&nbsp;\u00bb. Sur un registre tr\u00e8s proche, le manifeste \u00ab&nbsp;<em>Wages for Facebook<\/em>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref34\" href=\"#_ftn34\">[34]<\/a> lanc\u00e9 en 2014 pour d\u00e9noncer la mise au travail gratuit sur internet et l\u2019appropriation du travail des internautes sur les r\u00e9seaux sociaux, d\u00e9marre par la reprise, d\u00e9tourn\u00e9e, du m\u00eame po\u00e8me d\u2019ouverture du texte \u00ab&nbsp;<em>Wages against housework<\/em>&nbsp;\u00bb. Au \u00ab&nbsp;<em>They say it is love. We say it is unwaged work<\/em>&nbsp;\u00bb qui ouvrait le texte pionnier de Federici en 1975, fait ainsi \u00e9cho, dans le contexte du capitalisme de plateforme, la formule \u00ab&nbsp;<em>They say it\u2019s friendship. We say it\u2019s unwaged work<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que si l\u2019on rempla\u00e7ait le mot \u201chousework\u201d par \u201cFacebook\u201d 80&nbsp;% de ce texte \u00e9tait encore clair comme de l\u2019eau de roche et \u00e7a m\u2019a vraiment fait flipper<\/em>&nbsp;\u00bb dira ainsi lors d\u2019un entretien Laura Ptak, l\u2019une des initiatrices de ce mouvement<a id=\"_ftnref35\" href=\"#_ftn35\">[35]<\/a>. Reprenant la revendication du salaire au travail m\u00e9nager des ann\u00e9es 1970, elle insiste sur la perspective politique qu\u2019elle ouvrait, en termes de prise de conscience collective.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Comment fait-on pour politiser des gens \u00e0 propos d\u2019une condition d\u2019exploitation que la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019a pas vraiment envie ou ne nous permet pas vraiment de voir facilement&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, ces diff\u00e9rents mouvements n\u2019investissent pas n\u00e9cessairement ce mot d\u2019ordre \u00ab&nbsp;<em>Wages for<\/em>&nbsp;\u00bb au m\u00eame niveau. Tous n\u2019y voient peut-\u00eatre pas aussi clairement \u00e0 la fois \u00ab&nbsp;<em>une opportunit\u00e9 pour critiquer le capitalisme et une r\u00e9elle strat\u00e9gie pour transformer le salaire, g\u00e9n\u00e9ralement per\u00e7u comme un outil d\u2019ali\u00e9nation, en une arme de lib\u00e9ration contre l\u2019ali\u00e9nation<\/em>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref36\" href=\"#_ftn36\">[36]<\/a> pour reprendre les \u00e9changes entre Caffentzis et les CUTE \u00e0 propos de la campagne pour un salaire \u00e9tudiant des ann\u00e9es 1970 \u00e0 New York. Mais \u00ab&nbsp;<em>de plus en plus de travailleur\u00b7ses reconnaissent aujourd\u2019hui la similarit\u00e9 essentielle de leur condition de travail avec celle de la femme au foyer<\/em>&nbsp;\u00bb d\u00e9clarait en 2018 Silvia Federici au sujet de ces usages militants contemporains du \u00ab&nbsp;<em>Wages for<\/em>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref37\" href=\"#_ftn37\">[37]<\/a>. Et ils et elles, en \u00e9cho \u00e0 ces combats f\u00e9ministes des ann\u00e9es 1970, s\u2019appuient sur le salaire pour d\u00e9noncer les processus de naturalisation, d\u2019invisibilisation et de \u00ab&nbsp;gratuitisation&nbsp;\u00bb de leur travail, pour politiser et m\u00eame conqu\u00e9rir leur statut de travailleur\u00b7se, et revendiquer une autre place dans la production et la d\u00e9finition de la valeur que celle que leur accorde le syst\u00e8me capitaliste.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce titre, les analyses du mouvement du salaire au travail m\u00e9nager comme les luttes qui s\u2019y r\u00e9f\u00e8rent m\u00e9riteraient sans doute d\u2019\u00eatre davantage int\u00e9gr\u00e9es dans les r\u00e9flexions \u00e0 la fois scientifiques, politiques et syndicales qui se m\u00e8nent aujourd\u2019hui, particuli\u00e8rement depuis la pand\u00e9mie, sur la valeur du travail et ses processus de reconnaissance et de valorisation, r\u00e9flexions qui se cantonnent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la seule sph\u00e8re du travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. \u00c9tant donn\u00e9 l\u2019actualit\u00e9 des questions \u00e9voqu\u00e9es ici, celle du travail domestique bien s\u00fbr, mais aussi celle du salaire \u00e9tudiant qui est port\u00e9 par de nombreuses organisations syndicales nationales et internationales<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\">[38]<\/a>, celle de la condition des artistes, et plus largement face \u00e0 la multiplication et l\u2019institutionnalisation des formes de travail gratuit, plus ou moins \u00ab&nbsp;volontaires&nbsp;\u00bb, sur le march\u00e9 du travail, on est en droit de se demander si la voix, pourtant puissante des f\u00e9ministes du <em>Wages for Housework<\/em> ne fait pas encore trop souvent d\u00e9faut&nbsp;? Et ce, non pas tant dans les mobilisations sociales et les analyses qui y sont port\u00e9es et produites, mais bien dans les d\u00e9bats scientifiques et politiques sur pourquoi et comment garantir, r\u00e9former ou d\u00e9passer l\u2019emploi, et les propositions plus ou moins radicales qui se d\u00e9veloppent autour d\u2019une alternative \u00e0 l\u2019emploi, d\u2019une autre articulation entre l\u2019activit\u00e9 productive et sa r\u00e9mun\u00e9ration&nbsp;? Ne peut-on trouver dans cette approche f\u00e9ministe strat\u00e9gique du salaire non pas un programme \u2013 elles ne l\u2019ont jamais voulu \u2013 et encore moins une fin en soi, mais bien un d\u00e9but, un point d\u2019appui pour penser, de mani\u00e8re moins androcentr\u00e9e, le travail<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\">[39]<\/a>, et int\u00e9grer s\u00e9rieusement dans les r\u00e9flexions sur la valeur du travail, les enjeux politiques du travail invisible et gratuit, de son assignation et de son exploitation, mais aussi de ses mobilisations&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Et si c\u2019\u00e9tait \u00e0 partir de ce travail non reconnu comme tel, par ces travailleur\u00b7ses sans salaire, qu\u2019il fallait, pour reprendre les termes de Selma James, \u00ab&nbsp;commencer&nbsp;\u00bb&nbsp;? Commencer par penser le travail, les rapports de production et les rapports de classe et repenser ainsi le salariat\u2026 dans toute sa puissance subversive&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Pour une pr\u00e9sentation d\u00e9taill\u00e9e de cette mobilisation, on se reportera \u00e0 l\u2019ouvrage collectif <em>Gr\u00e8ve des stages, gr\u00e8ve des femmes-Anthologie d\u2019une lutte f\u00e9ministe pour un salaire \u00e9tudiant (2016-2019)<\/em>, \u00e9ditions du Remue-m\u00e9nage, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Georges Caffentzis, Neill Monty, John Willshire-Carrera, <em>Wages for Students<\/em> \u2013 <em>Common notions<\/em>, 2020 [1975].<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Sandrine Boisjoli, Val\u00e9rie Simard, \u00ab&nbsp;Gr\u00e8ve des stages, salaire \u00e9tudiant. R\u00e9cit d\u2019une mobilisation autonome&nbsp;\u00bb, <em>Mouvements<\/em>, vol.&nbsp;103, n<sup>o<\/sup>&nbsp;3, 2020, p.&nbsp;164-174.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir Veronica Gago, \u00ab#WeStrike: Notes toward a Political Theory of the Feminist Strike&nbsp;\u00bb, <em>The South Atlantic Quarterly<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;117, 2018&nbsp;; et l\u2019analyse qu\u2019en propose Karel Yon dans \u00ab&nbsp;Le syndicalisme, la retraite et les gr\u00e8ves&nbsp;\u00bb, <em>Contretemps<\/em>, 4 mai 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> http:\/\/wagesforfacebook. com\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> http:\/\/www. wagesforwagesagainst. org\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Louise Toupin, <em>Le salaire au travail m\u00e9nager. Chronique d\u2019une lutte f\u00e9ministe internationale (1972-1977), <\/em>Montr\u00e9al, \u00e9ditions du Remue-M\u00e9nage, 2014.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Silvia Federici, Mariarosa Dalla Costa, <em>La crise de la reproduction, Entretiens avec Louise Toupin<\/em>, Montr\u00e9al, \u00e9ditions du Remue-M\u00e9nage, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Mariarosa Dalla Costa, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;6.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.&nbsp;9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Silvia Federici, \u00ab&nbsp;Wages Against Housework&nbsp;\u00bb, Falling Wall Press and the Power of Women Collective, Bristol, 1975.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.&nbsp;3.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Pour une pr\u00e9sentation de ces diff\u00e9rentes approches de la r\u00e9mun\u00e9ration du travail domestique hier et aujourd\u2019hui, voir la controverse \u00ab&nbsp;R\u00e9mun\u00e9rer le travail domestique, une strat\u00e9gie f\u00e9ministe&nbsp;?&nbsp;\u00bb que nous avons coordonn\u00e9e avec Fanny Gallot pour la revue <em>Travail, Genre et Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;46, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Silvia Federici, \u00ab&nbsp;Introduction&nbsp;\u00bb, <em>Revolution at Point Zero- Housework, Reproduction, and Feminist Struggle<\/em>, PM Press, 2012, p.&nbsp;9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Louise Toupin, \u00ab&nbsp;Les luttes des CUTE sont filles du mouvement du salaire au travail m\u00e9nager&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em> <em>Gr\u00e8ve des stages, gr\u00e8ves des femmes<\/em>, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;108.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.&nbsp;108.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Silvia Federici, \u00ab&nbsp;Wages against Housework&nbsp;\u00bb, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;4.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.&nbsp;2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Louise Toupin, <em>Le salaire au travail m\u00e9nager<\/em>, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;96.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.&nbsp;97.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> https:\/\/www.democracynow.org\/2012\/4\/16\/housework_as_work_selma_james_on.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> &nbsp;Silvia Federici, \u00ab&nbsp;Wages against Housework&nbsp;\u00bb, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Mariarosa Dalla Costa, entretien avec Louise Toupin<em>, La crise de la reproduction<\/em>, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;10.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Pour une analyse plus d\u00e9taill\u00e9e des critiques auxquelles se heurtera ce mouvement, voir notamment Silvia Federici, \u00ab&nbsp;Du salaire au travail m\u00e9nager \u00e0 la politique des communs&nbsp;\u00bb, <em>Travail, Genre et Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p.&nbsp;179-184&nbsp;; et Louise Toupin, \u00ab&nbsp;<em>Wages for Housework&nbsp;<\/em>: un mouvement, une pens\u00e9e et sa pol\u00e9mique&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em> Alexandra Oeser, Maud Simonet (dir.), <em>Work<sup>3<\/sup>-Travail domestique, travail professionnel, travail politique<\/em>, <em>\u00e0 para\u00eetre<\/em>, 2022.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Carole Lopate, \u00ab&nbsp;Women and Pay for Housework&nbsp;\u00bb, Liberation, vol.&nbsp;18, n<sup>o<\/sup>&nbsp;8, May-June 1974.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Nicole Cox, Silvia Federici, \u00ab&nbsp;Counterplanning form the kitchen&nbsp;\u00bb, fallen walls, 1975.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Annabelle Berthiaume, \u00ab&nbsp;Salaire critique&nbsp;: sur la r\u00e9mun\u00e9ration des stages et le salaire \u00e9tudiant avec Georges Caffentzis&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em> <em>Gr\u00e8ve des stages, gr\u00e8ves des femmes<\/em>, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;100.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Voir Silvia Federici, \u00ab&nbsp;Du salaire au travail m\u00e9nager \u00e0 la politique des communs&nbsp;\u00bb, <em>Travail, Genre et Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;179-180.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Annabelle Berthiaume, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;100.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Silvia Federici, \u00ab&nbsp;Du salaire au travail m\u00e9nager \u00e0 la politique des communs&nbsp;\u00bb, <em>op.&nbsp;cit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> On soulignera toutefois son actualit\u00e9 m\u00e9diatique comme son retour dans les revendications politiques en Am\u00e9rique Latine et notamment en Argentine, <em>cf<\/em>. Fanny Gallot, Maud Simonet, \u00ab&nbsp;R\u00e9mun\u00e9rer le travail domestique&nbsp;: une strat\u00e9gie f\u00e9ministe&nbsp;?&nbsp;\u00bb, <em>Travail, Genre et Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, <em>op.&nbsp;cit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a> http:\/\/www.wagesforwagesagainst.org\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> https:\/\/wagesforwagesagainst.org\/en\/publications\/wfwa, sur ces th\u00e9matiques voir aussi les travaux proches des collectifs La buse https:\/\/la-buse.org\/, Art en gr\u00e8ve https:\/\/artengreve.com\/, et l\u2019ouvrage d\u2019Aur\u00e9lien Catin, <em>Notre condition. Essai sur le salaire au travail artistique<\/em>, Saint-\u00c9tienne, Riot \u00c9ditions, 2020.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a><sup> <\/sup>http:\/\/wagesforfacebook.com\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> E. Alex Jung, \u00ab&nbsp;Wages for Facebook&nbsp;\u00bb, <em>Dissent magazine<\/em>, spring 2014.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> Annabelle Berthiaume, <em>op.&nbsp;cit.<\/em>, p.&nbsp;97.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> &nbsp;Silvia Federici, \u00ab&nbsp;introduction&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em> Silvia Federici, Arlen Austin, <em>The New York Wages for Housework Committee, 1972-1977: history, theory and documents,<\/em> New York, Autonomedia, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn38\" href=\"#_ftnref38\">[38]<\/a> Sur les mobilisations autour du salaire \u00e9tudiant aujourd\u2019hui voir&nbsp;: L\u00e9a Alexandre, \u00ab&nbsp;Vers l\u2019autonomie des \u00e9tudiant\u2219es&nbsp;? Le salaire \u00e9tudiant comme outil de lutte contre la pr\u00e9carit\u00e9&nbsp;: comparaisons europ\u00e9ennes&nbsp;\u00bb https:\/\/academia.hypotheses.org\/22973; Aur\u00e9lien Casta, \u00ab&nbsp;les mouvements pour un salaire \u00e9tudiant&nbsp;\u00bb, <em>\u00e0 babord&nbsp;! Revue sociale et politique<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;79, avril-mai 2019, https:\/\/www.ababord.org\/Les-mouvements-pour-un-salaire-etudiant&nbsp;et Mona Malak, \u00ab&nbsp;le salaire au travail m\u00e9nager&nbsp;: de l\u2019int\u00e9r\u00eat de d\u00e9terrer un combat oubli\u00e9&nbsp;\u00bb, Revue Ouvrage, 31 octobre 2021 <a href=\"http:\/\/www.revue-ouvrage.org\/le-salaire-au-travail-menager\/\">http:\/\/www.revue-ouvrage.org\/le-salaire-au-travail-menager\/<\/a>..<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> Maud Simonet, \u00ab&nbsp;L\u2019exploitation des b\u00e9n\u00e9voles&nbsp;? Des questions du terrain au questionnement des cat\u00e9gories&nbsp;\u00bb, <em>Sociologie<\/em>, vol.&nbsp;12, n<sup>o<\/sup>&nbsp;4, 2021, p.&nbsp;411-418.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Maud Simonet En novembre 2018, des dizaines de milliers d\u2019\u00e9tudiantes et d\u2019\u00e9tudiants qu\u00e9b\u00e9cois \u00e9taient en gr\u00e8ve et en appelaient \u00e0 une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale des stages pour le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2019. Ils et elles d\u00e9filaient dans les rues de Montr\u00e9al en criant&nbsp;: \u00ab&nbsp;ras-le-bol d\u2019\u00eatre b\u00e9n\u00e9voles&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;un salaire pour les stagiaires&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;la gr\u00e8ve des stages &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/2022\/11\/10\/wages-for\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;\u00ab\u00a0Wages for\u00a0\u00bb. Une approche f\u00e9ministe du salaire comme puissance subversive&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1242,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,5],"tags":[],"class_list":["post-967","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses","category-notes-et-analyses"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/967","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=967"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/967\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1389,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/967\/revisions\/1389"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1242"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=967"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=967"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=967"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}