{"id":31,"date":"2020-07-02T18:36:38","date_gmt":"2020-07-02T16:36:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/?p=31"},"modified":"2021-11-18T09:48:19","modified_gmt":"2021-11-18T08:48:19","slug":"crise-sanitaire-et-salariat-ce-que-le-confinement-revele-des-formes-dinstitution-du-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/2020\/07\/02\/crise-sanitaire-et-salariat-ce-que-le-confinement-revele-des-formes-dinstitution-du-travail\/","title":{"rendered":"Crise sanitaire et salariat. Ce que le confinement r\u00e9v\u00e8le des formes d\u2019institution du travail"},"content":{"rendered":"\n<h6 class=\"wp-block-heading\">Les notes de l\u2019IES \u2013&nbsp; n\u00b043 \u2013 juin 2020<\/h6>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">par Jean-Pascal Higel\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">L\u2019actuelle pand\u00e9mie et l\u2019exp\u00e9rience du confinement ont rappel\u00e9 qu\u2019en mati\u00e8re de travail, in\u00e9gales valeurs, utilit\u00e9s, reconnaissances et protections pr\u00e9dominent. Cette note de l&rsquo;IES en forme de bilan et d\u2019ouverture tire les premiers enseignements de la crise sanitaire. Si, au plan id\u00e9el, chacun et chacune ont pu prendre conscience \u2013 du fait de leur arr\u00eat tout provisoire \u2013 du caract\u00e8re nuisible de certaines activit\u00e9s dans l\u2019emploi ou m\u00eame de certains emplois, toutes et tous n\u2019ont, au plan mat\u00e9riel, pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la s\u00e9curit\u00e9 que procurent les formes de droits salariaux les plus avanc\u00e9es : ceux pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 la r\u00e9mun\u00e9ration n\u2019est pas d\u00e9termin\u00e9e par le march\u00e9 des produits ou l\u2019occupation au jour le jour d\u2019un poste de travail. Pousser plus loin l\u2019institution positive du travail suppose de g\u00e9n\u00e9raliser les formes de qualification attach\u00e9e \u00e0 la personne et de prendre le pouvoir sur le contenu du travail et sur la production. L\u2019enjeu n\u2019est pas le plein-emploi pour toutes et tous et le revenu universel pour personne (et inversement) mais un droit inali\u00e9nable au salaire pour toutes et tous et la ma\u00eetrise collective du travail.<\/p><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Notes_IES_43.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 PDF embarqu\u00e9.\"><\/object><a href=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Notes_IES_43.pdf\" class=\"wp-block-file__button\" download>T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator is-style-wide\"\/>\n\n\n\n<p><p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La crise de la Covid 19 a mis en lumi\u00e8re l\u2019in\u00e9gale protection des travailleur\u00b7ses que les diff\u00e9rentes formes d\u2019institution du travail [Didry, 2016] induisent et au-del\u00e0 les rapports de dominations et hi\u00e9rarchies socio-professionnelles. Alors que se multiplient les appels \u00e0 penser le jour d\u2019apr\u00e8s, les travaux de l\u2019IES invitent \u00e0 mettre au c\u0153ur de la r\u00e9flexion non seulement la mani\u00e8re dont les modalit\u00e9s de d\u00e9finition des r\u00e9mun\u00e9rations et de reconnaissance du travail s\u00e9curisent les travailleur\u00b7ses (1) mais aussi la mani\u00e8re dont elles permettent aux travailleur\u00b7ses et aux citoyen\u00b7nes de ma\u00eetriser la d\u00e9finition du travail (2).<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un confinement r\u00e9v\u00e9lateur du lien travail-revenu<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\"><br>Le confinement a servi de r\u00e9v\u00e9lateur des configurations plus ou moins s\u00e9curisantes de la r\u00e9mun\u00e9ration du travail selon les formes institutionnelles dans lesquelles le travail s\u2019inscrit : travail ind\u00e9pendant, emploi ou statut.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Les travailleuses et travailleurs ind\u00e9pendants ou faussement ind\u00e9pendants, mais grandement d\u00e9pendants du march\u00e9 des biens et services pour valoriser leur travail, se sont retrouv\u00e9s sans ressources avec l\u2019arr\u00eat de leur activit\u00e9. Les situations sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes d\u2019un ind\u00e9pendant\u00b7e \u00e0 l\u2019autre mais nul doute que si les livreuses ou livreurs \u00e0 v\u00e9lo uberis\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 continuer leur travail et ne se sont pas confin\u00e9s, cela n\u2019\u00e9tait pas parce que leur activit\u00e9 \u00e9tait sp\u00e9cialement essentielle, mais parce que l\u2019ins\u00e9curisation de leurs revenus les y a contraints [Lebas, 2020].<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">L\u2019institution de l\u2019emploi, pour sa part, a jou\u00e9 son r\u00f4le dans la protection des travailleuses et des travailleurs. Et pour cause, l\u2019emploi salari\u00e9 op\u00e8re une d\u00e9connexion entre la mesure du travail et sa r\u00e9mun\u00e9ration \u00e0 travers la qualification attribu\u00e9e \u00e0 chaque poste de travail : tout d\u00e9tenteur ou d\u00e9tentrice d\u2019un poste b\u00e9n\u00e9ficie des effets de la qualification du poste qu\u2019il ou elle occupe. Durant le confinement, le maintien du lien \u00e0 l\u2019emploi gr\u00e2ce aux mesures de \u00ab ch\u00f4mage partiel \u00bb a permis de maintenir les salaires \u00e0 hauteur de 84 % du salaire net ainsi que certains droits li\u00e9s \u00e0 l\u2019emploi (<em>i.e.<\/em> mutuelle sant\u00e9 d\u2019entreprise, avantages sociaux li\u00e9s \u00e0 l\u2019entreprise, etc.). De m\u00eame, les ch\u00f4meurs ou les ch\u00f4meuses ayant acquis des droits dans l\u2019emploi ont vu leur indemnisation du ch\u00f4mage prolong\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 fin mai et, s\u2019agissant des intermittent\u00b7es du spectacle, jusqu\u2019\u00e0 ao\u00fbt 2021. La qualification de l\u2019ancien poste de travail a poursuivi ses effets salariaux alors m\u00eame que le travailleur ou la travailleuse ne l\u2019occupait plus.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Cela \u00e9tant dit, force est de constater que nous nous heurtons rapidement aux limites de droits salariaux assis sur le poste de travail. Les int\u00e9rimaires, du fait de la nature m\u00eame de leur contrat de travail, n\u2019ont pu b\u00e9n\u00e9ficier du ch\u00f4mage partiel et ont vu le nombre de leurs missions s\u2019effondrer (- 41&nbsp;% entre f\u00e9vrier et mars 2020 ; source : Dares). Par ailleurs, l\u2019indemnisation du ch\u00f4mage partiel ou total ne garantit pas 100&nbsp;% du salaire. Enfin, les modalit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019indemnisation du ch\u00f4mage, du fait des formes mises en \u0153uvre du lien \u00e0 l\u2019emploi pass\u00e9, sont de plus en plus excluantes. Nous assistons depuis quarante ans \u00e0 une radicalisation de la logique contributive de l\u2019assurance ch\u00f4mage. La dur\u00e9e des droits et leur montant sont de plus en plus construits sur une logique d\u2019\u00e9pargne (notionnelle) plut\u00f4t que de protection contre le risque social du ch\u00f4mage. \u00c0 ce jeu, les travailleuses et travailleurs en emploi discontinu (de l\u2019h\u00f4tellerie-restauration, de l\u2019\u00e9v\u00e8nementiel, du nettoyage, etc. qui ne rel\u00e8vent pas des annexes 8 et 10 de l\u2019assurance-ch\u00f4mage), dont les effectifs n\u2019ont cess\u00e9 de cro\u00eetre ces derni\u00e8res ann\u00e9es (le nombre de CDD de moins d\u2019un mois a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par 2,7 entre 2000 et 2019 [cf. DPAE]), sont les grands perdants d\u2019une conception de l\u2019indemnisation du ch\u00f4mage pens\u00e9e comme une \u00e9pargne de droits constitu\u00e9e par l\u2019emploi et qui explique que le taux de couverture de l\u2019assurance ch\u00f4mage soit le plus bas de ces 35 derni\u00e8res ann\u00e9es [Gr\u00e9goire &amp; al., 2020]. Le confinement a exacerb\u00e9 cette faiblesse structurelle des droits \u00e0 indemnisation d\u00e9finis par l\u2019emploi pass\u00e9. Ceux et celles qui sont entr\u00e9es dans la p\u00e9riode de confinement sans avoir pu ouvrir de droits ou en les ayant \u00e9puis\u00e9 se retrouvent sans ressource ou au RSA. Mais au-del\u00e0 de ces cas aigus, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, en stoppant l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique notamment dans l\u2019h\u00f4tellerie-restauration ou l\u2019\u00e9v\u00e8nementiel dans une p\u00e9riode qui correspond habituellement \u00e0 un pic d\u2019activit\u00e9 pour ces secteurs, la crise sanitaire a priv\u00e9 les travailleur\u00b7ses en emplois discontinus \u00e0 la fois d\u2019un salaire d\u2019activit\u00e9 et de la possibilit\u00e9 de constituer de nouveaux droits essentiels \u00e0 la nature intermittente de leur activit\u00e9. Le confinement montre bien que la s\u00e9curit\u00e9 des revenus dans le cadre de l\u2019emploi est adapt\u00e9e surtout aux salari\u00e9\u00b7es en emploi stable mais assez peu efficace pour les salari\u00e9\u00b7es en emplois pr\u00e9caires et intermittents.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Enfin, les salari\u00e9\u00b7es \u00e0 statuts (dans la fonction publique et ce qui reste des anciennes entreprises publiques) ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 pour leur part du fait que leur qualification est li\u00e9e \u00e0 leur personne et non au poste qu\u2019ils ou elles occupent : leurs ressources ne d\u00e9pendent ni de leur capacit\u00e9 \u00e0 vendre le produit de leur travail, ni de la mesure de leur travail, ni encore de la tenue d\u2019un poste. Le confinement n\u2019a donc pas mis les fonctionnaires au ch\u00f4mage, il n\u2019a pas remis en cause leur traitement car celui-ci est fonction de la qualification de leur personne.<\/p><\/p>\n\n\n\n<figure>\r\n<blockquote>\r\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #808080;\">L\u2019institution de l\u2019emploi a jou\u00e9 son r\u00f4le dans la protection des travailleuses et des travailleurs mais force est de constater que nous nous heurtons rapidement aux limites de droits salariaux assis sur le poste de travail.<\/span><\/p>\r\n<\/blockquote>\r\n<\/figure>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le confinement massif le met en \u00e9vidence : une v\u00e9ritable s\u00e9curit\u00e9 sociale professionnelle suppose une d\u00e9connexion des ressources de toute forme de validation marchande du travail, que ce soit par le march\u00e9 des biens et services ou par le march\u00e9 de l\u2019emploi. Les travailleuses et travailleurs titulaires de leur qualification sont les seuls \u00e0 conna\u00eetre une forme d\u2019institution du travail v\u00e9ritablement s\u00e9curisante. Toute forme de reconnaissance du travail qui conditionne les droits (\u00e0 la tenue d\u2019un poste de travail ou \u00e0 la vente d\u2019un service sur le march\u00e9) est source d\u2019ins\u00e9curit\u00e9, de subordination et de chantage. Certes, l\u2019emploi tel qu\u2019il s\u2019est institu\u00e9 au cours du 20e si\u00e8cle est plus s\u00e9curisant que le louage d\u2019ouvrage d\u2019hier ou le paiement \u00e0 la t\u00e2che r\u00e9activ\u00e9 dans le travail uberis\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui. Mais le chantage \u00e0 l\u2019emploi reste intrins\u00e8que \u00e0 l\u2019institution de l\u2019emploi. Il entretient structurellement les bas salaires notamment dans des m\u00e9tiers dont le confinement a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le caract\u00e8re essentiel (i. e. m\u00e9tiers de l\u2019assainissement, du nettoyage, de l\u2019alimentation, des transports, etc.). Et la crise \u00e9conomique post-Covid montre d\u00e9j\u00e0 comment la classe dirigeante cherche \u00e0 se servir de ce chantage \u00e0 l\u2019emploi pour augmenter le temps de travail, imposer des conditions de travail d\u00e9grad\u00e9es ou baisser les salaires.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Il convient donc de s\u2019interroger sur les revendications de renforcement des droits des travailleur\u00b7ses dans le \u00ab&nbsp;monde d\u2019apr\u00e8s&nbsp;\u00bb qui continuent pourtant \u00e0 en appeler \u00e0 l\u2019emploi comme cadre de ces droits. La revendication post-keyn\u00e9sienne d\u2019employeur en dernier ressort [Dammerer &amp; al., 2018], notamment port\u00e9e par une partie des d\u00e9mocrates aux \u00c9tats-Unis \u00e0 travers le projet de job guarantee et que certain\u00b7es aimeraient exporter, a r\u00e9-\u00e9merg\u00e9 dans le d\u00e9bat public [Battilana &amp; al., 2020]. Certain\u00b7es voient d\u2019ailleurs dans l\u2019exp\u00e9rimentation \u00ab&nbsp;territoire z\u00e9ro ch\u00f4meur de longue dur\u00e9e&nbsp;\u00bb un embryon de cette garantie d\u2019emploi [B\u00e9raud, Higel\u00e9, 2020]. Le pendant de l\u2019emploi comme forme de mise au travail pens\u00e9e comme ind\u00e9passable est la revendication d\u2019un revenu de base, l\u00e0 encore raviv\u00e9e par le confinement [Smith, Shanahan, 2020], qui pour \u00eatre non conditionnel doit \u00eatre a minima. Autant de solutions qui certes pourraient adoucir le chantage \u00e0 l\u2019emploi mais qui ne s\u2019attaquent pas \u00e0 la racine du probl\u00e8me.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, nombre de travaux des chercheur\u00b7es de l\u2019IES ont montr\u00e9 que, du statut des fonctionnaires au droit \u00e0 la retraite du r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral, de l\u2019assurance-ch\u00f4mage des ann\u00e9es 1960 et 1970 au statut des cheminot\u00b7es ou des personnels gaziers, il est possible de d\u00e9connecter le droit au salaire de la mesure marchande du travail. Le salaire \u00e0 la qualification personnelle permet de penser un droit au salaire \u00e0 vie, de l\u2019\u00e2ge de la majorit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la mort. L\u2019analyse que l\u2019IES m\u00e8ne collectivement aussi bien des conqu\u00eates sociales que du projet des r\u00e9formateurs depuis les ann\u00e9es 1980 en mati\u00e8re de travail, d\u2019emploi, de protection sociale (cf. la quarantaine de Notes de l\u2019IES publi\u00e9es), montre que cette d\u00e9connexion du salaire et de l\u2019emploi est l\u2019enjeu central des luttes sur les formes d\u2019institution du travail. Enjeu central parce que cette d\u00e9connexion attache les droits \u00e0 la personne et ne rend donc plus les travailleuses et travailleurs d\u00e9pendants ni du march\u00e9 des biens et services, ni de l\u2019employeur qui reporte sur les salari\u00e9.es en emploi les fluctuations de ce march\u00e9 des biens et services. C\u2019est cette ind\u00e9pendance des travailleur\u00b7ses que les r\u00e9formateurs ne cessent de remettre en cause car elle met directement en question le pouvoir sur le travail et donc sur la valeur \u00e9conomique. L\u2019enjeu du salaire \u00e0 la qualification personnelle et de son mode de financement par socialisation des ressources (cotisations sociales et imp\u00f4t) n\u2019est donc pas seulement enjeu de s\u00e9curit\u00e9 de revenu mais bien enjeu d\u2019\u00e9mancipation du travail [Friot, 2014].<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Red\u00e9finir le travail : reprendre le pouvoir<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\"><br>La crise de la Covid 19, en interrogeant le caract\u00e8re essentiel ou utile de certains m\u00e9tiers et leur r\u00e9mun\u00e9ration, en soulignant l\u2019importance des t\u00e2ches relevant de la sph\u00e8re reproductive (soin, \u00e9ducation, garde des enfants\u2026), a rendu davantage visible l\u2019enjeu de la d\u00e9finition de ce qui est travail et donc de ce qui produit de la valeur \u00e9conomique et \u00e0 quelle hauteur.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le confinement a d\u2019abord soulign\u00e9 les rapports de domination sociale. Tout \u00e0 coup, a saut\u00e9 aux yeux de toutes et tous que nous avions bien plus besoin de caissi\u00e8res, d\u2019aides-soignantes et d\u2019\u00e9boueurs, que de consultants, de publicitaires ou de managers, alors m\u00eame que les seconds voient leur travail bien plus valoris\u00e9 que les premier\u00b7\u00e8res. Sans doute, le confinement a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 certains hommes la p\u00e9nibilit\u00e9 des t\u00e2ches domestique dont le d\u00e9ni comme travail (ayant donc une valeur \u00e9conomique) reste la r\u00e8gle. Paradoxalement, les m\u00e9dias ont lou\u00e9 simultan\u00e9ment la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 des couturi\u00e8res se mettant \u00e0 produire gratuitement des masques pour suppl\u00e9er \u00e0 la gestion catastrophique des bureaucrates de la sant\u00e9 publique. La d\u00e9valorisation admise du travail \u00e9tabli comme f\u00e9minin les cantonne donc \u00e0 la solidarit\u00e9 et \u00e0 la gratuit\u00e9 [Simonet, 2020 a &amp; b]. Sans doute enfin, faudrait-il mesurer que celles et ceux qui ont continu\u00e9 \u00e0 travailler durant le confinement sont souvent non seulement les plus d\u00e9pendants \u00e9conomiquement, les moins bien pay\u00e9s, mais sont aussi certainement plus souvent des femmes et des personnes \u00ab&nbsp;racis\u00e9es&nbsp;\u00bb. Les dominations de classe, de genre et de \u00ab&nbsp;race&nbsp;\u00bb se sont davantage r\u00e9v\u00e9l\u00e9es avec le confinement.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9finition des t\u00e2ches qui m\u00e9ritent d\u2019avoir une valeur \u00e9conomique (et non seulement symbolique), d\u2019\u00eatre pay\u00e9es et donc d\u2019\u00eatre d\u00e9finies comme travail, tout comme la d\u00e9termination du niveau de leur r\u00e9mun\u00e9ration supposent de s\u2019affronter aux dominations sociales telles qu\u2019elles s\u2019expriment aujourd\u2019hui. Deux voies de cet affrontement paraissent centrales pour que les travailleurs et les travailleuses soient en capacit\u00e9 de prendre le pouvoir sur la d\u00e9finition du travail et de la valeur : 1\/ sortir du d\u00e9ni de travail toute une s\u00e9rie d\u2019activit\u00e9s ; 2\/ se r\u00e9approprier le pouvoir sur le travail contre la bureaucratie publique et priv\u00e9e. De ce point de vue encore, la S\u00e9curit\u00e9 sociale comme mod\u00e8le de financement de la production est un outil prometteur.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #808080;\">Les travailleur.ses et leurs organisations ne doivent plus se contenter de revendications sur le nombre et les conditions d\u2019emploi mais faire en sorte que la ma\u00eetrise du contenu du travail et des objectifs de production soit de leur fait.<\/span><\/p>\n<\/blockquote><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote alignright is-style-default\"><\/figure>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Sortir du d\u00e9ni de travail, c\u2019est changer le regard sur le travail gratuit ou sous-pay\u00e9. Il concerne avant tout les femmes et les jeunes. Le travail f\u00e9minis\u00e9, dans les m\u00e9tiers du soin et du nettoyage notamment, au nom de la \u00ab comp\u00e9tence naturelle \u00bb des femmes comme m\u00e8re ou conjointe, ne m\u00e9riterait pas un salaire \u00e9lev\u00e9 ou m\u00eame pas de salaire du tout. Les jeunes, au nom de la citoyennet\u00e9 et de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi, devraient encha\u00eener stages, services civiques et toutes autres formes de travail gratuit, dans l\u2019espoir qu\u2019on leur accorde un jour un salaire et donc qu\u2019on reconnaisse enfin leur travail. Les th\u00e9ories f\u00e9ministes pour la reconnaissance du travail m\u00e9nager [cf. Simonet, 2018] comme la \u00ab&nbsp;pratique f\u00e9ministe de la gr\u00e8ve&nbsp;\u00bb dont la vis\u00e9e est de r\u00e9v\u00e9ler le travail gratuit invisibilis\u00e9 [Yon, 2020] sont des points d\u2019appui n\u00e9cessaires pour une re-d\u00e9finition de ce qui est qualifi\u00e9 de travail et de qui est travailleur ou travailleuse, donc pour une r\u00e9-institution du travail.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">La question du pouvoir sur le contenu du travail a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 mise en lumi\u00e8re par la crise sanitaire. Le diagnostic sur le tournant gestionnaire de l\u2019h\u00f4pital a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli bien avant la pand\u00e9mie [Pierru, 2007] et cette derni\u00e8re n\u2019a fait que r\u00e9v\u00e9ler la mani\u00e8re dont le Nouveau management public, en mettant la production de soins sous la coupe de gestionnaires, a abim\u00e9 le travail hospitalier et en a r\u00e9duit les capacit\u00e9s d\u2019action dans son \u00e9tendue et dans sa qualit\u00e9. Cela ne signifie pas qu\u2019un retour au pouvoir mandarinal soit souhaitable, mais que les \u00e9quipes m\u00e9dicales doivent reprendre le pouvoir sur le travail concret. Ce que l\u2019h\u00f4pital vit, c\u2019est toute la production du service public qui le subit du fait de la mani\u00e8re dont les pouvoirs publics ont \u00ab&nbsp;r\u00e9invent\u00e9 l\u2019\u00c9tat&nbsp;\u00bb dans les ann\u00e9es 1990 [Bez\u00e8s, 2009] par l\u2019importation de formes de mesure de productivit\u00e9 et de valorisation para-marchande des productions (tarification \u00e0 l\u2019activit\u00e9, financement par projet\u2026). Mais la bureaucratisation n\u00e9olib\u00e9rale du travail [Hibou, 2013] est tout autant au c\u0153ur de l\u2019asservissement du travail dans le secteur priv\u00e9. Le succ\u00e8s de la notion de Bullshit jobs [Graeber, 2013] r\u00e9v\u00e8le cette perte de sens au travail du fait de l\u2019emprise manag\u00e9riale sur les moyens et les fins de ce travail. L\u2019enjeu que souligne encore davantage la contre-exp\u00e9rience du travail des personnels soignants durant la pand\u00e9mie, c\u2019est qu\u2019on travaille mieux sans la normalisation gestionnaire qui produit au contraire de la souffrance au travail en g\u00e9n\u00e9rant un sentiment de qualit\u00e9 emp\u00each\u00e9e et de perte de sens du travail. Les travailleur\u00b7ses et leurs organisations ne doivent plus se contenter de revendications sur le nombre et les conditions d\u2019emploi mais faire en sorte que la ma\u00eetrise du contenu du travail et des objectifs de production soit le fait des travailleurs et travailleuses elles-m\u00eames [Coutrot, 2018].<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Pour se r\u00e9approprier collectivement le p\u00e9rim\u00e8tre et le sens du travail, il faut cr\u00e9er les formes d\u2019institution du travail qui rendent les travailleur\u00b7ses collectivement ind\u00e9pendants. Cela ne passe ni par la revendication d\u2019un revenu de base qui nous nie comme producteur ou productrice, ni d\u2019un droit \u00e0 l\u2019emploi qui laisse dans les mains des employeurs et des propri\u00e9taires des moyens de production le soin de d\u00e9finir ce qui est \u00ab&nbsp;travail&nbsp;\u00bb. L\u2019attribution d\u2019un salaire \u00e0 la qualification personnelle par la socialisation des ressources via la cotisation sociale est une premi\u00e8re \u00e9tape de cette ind\u00e9pendance. Elle en est une condition n\u00e9cessaire mais non suffisante. Car la ma\u00eetrise du travail suppose de ma\u00eetriser \u00e9galement l\u2019investissement n\u00e9cessaire \u00e0 son d\u00e9ploiement. De ce point de vue, l\u2019exp\u00e9rience de la S\u00e9curit\u00e9 sociale est un point d\u2019appui, non pas seulement parce qu\u2019elle permet d\u2019attribuer un salaire d\u00e9connect\u00e9 de l\u2019emploi notamment \u00e0 des millions de retrait\u00e9\u00b7es qui peuvent d\u00e8s lors travailler librement [Friot, 2019], mais parce qu\u2019elle est aussi un mod\u00e8le de production sanitaire. Les cotisations croissantes d\u2019assurance maladie de la Lib\u00e9ration jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1970 \u2013 g\u00e9r\u00e9es par les repr\u00e9sentant\u00b7es \u00e9lu\u00b7es des travailleur\u00b7ses jusqu\u2019en 1967 avant que, du paritarisme \u00e0 l\u2019\u00e9tatisation, la gestion de l\u2019assurance maladie ne finisse par retomber dans les mains de la classe dirigeante \u2013 ont permis de subventionner l\u2019investissement hospitalier et de conventionner les soignants et soignantes lib\u00e9rales. Le mod\u00e8le de la S\u00e9curit\u00e9 sociale de production sanitaire peut \u00eatre am\u00e9lior\u00e9 et \u00e9tendu \u00e0 d\u2019autres productions, comme l\u2019alimentation [Collectif, 2020], en socialisant les ressources n\u00e9cessaires \u00e0 financer les activit\u00e9s jug\u00e9es utiles par des assembl\u00e9es d\u00e9mocratiques plut\u00f4t que par des employeurs et pr\u00eateurs capitalistes et en conventionnant les entreprises pour s\u2019assurer que le b\u00e9n\u00e9fice de cette socialisation soit conforme \u00e0 nos exigences d\u00e9mocratiquement d\u00e9cid\u00e9es [Friot, 2020]. Mettre en s\u00e9curit\u00e9 sociale nos productions gr\u00e2ce \u00e0 la technologie de la cotisation sociale &#8211; productions d\u00e9cid\u00e9es d\u00e9mocratiquement &#8211; nous permet \u00e0 la fois de s\u00e9curiser les conditions mat\u00e9rielles des travailleur\u00b7ses en les lib\u00e9rant de la d\u00e9pendance de leurs revenus au march\u00e9 du travail ou au march\u00e9 des biens et services par l\u2019attribution d\u2019un salaire \u00e0 la qualification personnelle, mais aussi de nous r\u00e9approprier collectivement le p\u00e9rim\u00e8tre et le niveau de reconnaissance du travail. Cela n\u2019assure pas que cette reconnaissance n\u2019\u00e9chappe \u00e0 des formes de domination sociale mais cela ouvre le jeu pour transformer les hi\u00e9rarchies socio-professionnelles et sortir du d\u00e9ni de travail une partie des t\u00e2ches aujourd\u2019hui invisibilis\u00e9es.<\/p><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-spacer\" style=\"height: 100px;\" aria-hidden=\"true\">\u00a0<\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Jean-Pascal Higel\u00e9<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-spacer\" style=\"height: 100px;\" aria-hidden=\"true\">\u00a0<\/div>\n\n\n\n<h4 class=\"has-text-align-left wp-block-heading\">R\u00e9f\u00e9rences :<\/h4>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00e9raud Mathieu &amp; Higel\u00e9 Jean-Pascal (2020), \u00ab&nbsp;Territoire z\u00e9ro ch\u00f4meur de longue dur\u00e9e : les luttes d\u2019interpr\u00e9tation d\u2019un droit \u00e0 l\u2019emploi&nbsp;\u00bb, <em>Nouvelle revue du travail<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Bez\u00e8s Philippe (2009), <em>R\u00e9inventer l\u2019\u00c9tat. Les r\u00e9formes de l\u2019administration fran\u00e7aise (1962-2008)<\/em>, PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Battilana Julie, Cag\u00e9 Julia, Ferreras Isabelle, Herzog Lisa, Landemore H\u00e9l\u00e8ne, M\u00e9da Dominique, Tcherneva Pavlina, (2020), \u00ab&nbsp;D\u00e9mocratiser l\u2019entreprise pour d\u00e9polluer la plan\u00e8te&nbsp;\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 18 mai.<\/p>\n\n\n\n<p>Collectif (2020), \u00ab&nbsp;Cr\u00e9ons une s\u00e9curit\u00e9 sociale de l\u2019alimentation pour enrayer la faim&nbsp;\u00bb, <em>Reporterre<\/em>, 18 mai.<\/p>\n\n\n\n<p>Coutrot Thomas (2018), <em>Lib\u00e9rer le travail<\/em>, Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Dammerer Quirin, Godin Antoine &amp; Lang Dany (2018), \u00ab&nbsp;L\u2019employeur en dernier ressort : une id\u00e9e post-keyn\u00e9sienne pour assurer le plein-emploi permanent&nbsp;\u00bb, in E. Berr, V. Monvoisin, J.-F. Ponsot (dir.), <em>L\u2019\u00e9conomie post-keyn\u00e9sienne, histoire, th\u00e9ories et politiques<\/em>, Paris, Seuil, p.336-355.<\/p>\n\n\n\n<p>Didry Claude (2016), <em>L\u2019institution du travail. Droit et salariat dans l\u2019histoire<\/em>, La Dispute.<\/p>\n\n\n\n<p>Friot Bernard (2014), <em>\u00c9manciper le travail<\/em>, La Dispute.<\/p>\n\n\n\n<p>Friot Bernard (2019), <em>Le travail, enjeu des retraites<\/em>, La dispute.<\/p>\n\n\n\n<p>Friot Bernard (2020), \u00ab&nbsp;Une s\u00e9curit\u00e9 sociale des productions&nbsp;\u00bb, <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em>, 20 mai.<\/p>\n\n\n\n<p>Graeber David (2013), \u00ab&nbsp;On the Phenomenon of Bullshit Jobs : A Work Rant&nbsp;\u00bb, <em>Strike ! Magazine<\/em>, August.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierru Fr\u00e9d\u00e9ric (2007), <em>Hippocrate malade de ses r\u00e9formes<\/em>, \u00c9ditions du Croquant.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e9goire Mathieu, Viv\u00e9s Claire &amp; Deyris J\u00e9r\u00f4me (2020), <em>Quelle \u00e9volution des droits \u00e0 l\u2019assurance ch\u00f4mage ? (1979-2020)<\/em>, rapport pour l\u2019IRES, juin.<\/p>\n\n\n\n<p>Hibou B\u00e9atrice (dir.) (2013), <em>La bureaucratisation n\u00e9olib\u00e9rale<\/em>, La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Lebas Chlo\u00e9 (2020), \u00ab&nbsp;Livrer des burgers au temps du Covid-19. Pour le capitalisme de plateforme, la crise comme opportunit\u00e9&nbsp;\u00bb, <em>Contretemps<\/em> (en ligne), 20 mai.<\/p>\n\n\n\n<p>Shanahan Genevi\u00e8ve &amp; Smith Mark (2020), \u00ab&nbsp;Le revenu universel inconditionnel pl\u00e9biscit\u00e9 en Europe&nbsp;\u00bb, <em>The conversation<\/em>, 20 avril.<\/p>\n\n\n\n<p>Simonet Maud (2018), <em>Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?<\/em>, Textuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Simonet Maud (2020a), \u00ab&nbsp;\u00abLa base et l\u2019envers\u00bb des labos aux h\u00f4pitaux. Entrevue avec Maud Simonet&nbsp;\u00bb, <em>Ouvrage<\/em>, mai.<\/p>\n\n\n\n<p>Simonet Maud (2020b), \u00ab&nbsp;Travail gratuit et guerre des valeurs&nbsp;\u00bb, <em>La vie des id\u00e9es<\/em>, juin.<\/p>\n\n\n\n<p>Yon Karel (2020), \u00ab&nbsp;Le syndicalisme, la retraite et les gr\u00e8ves&nbsp;\u00bb, <em>Contretemps<\/em>, n\u00b0 45, mai.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les notes de l\u2019IES \u2013&nbsp; n\u00b043 \u2013 juin 2020 par Jean-Pascal Higel\u00e9 \u00a0 L\u2019actuelle pand\u00e9mie et l\u2019exp\u00e9rience du confinement ont rappel\u00e9 qu\u2019en mati\u00e8re de travail, in\u00e9gales valeurs, utilit\u00e9s, reconnaissances et protections pr\u00e9dominent. Cette note de l&rsquo;IES en forme de bilan et d\u2019ouverture tire les premiers enseignements de la crise sanitaire. 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