{"id":136,"date":"2021-03-26T18:12:55","date_gmt":"2021-03-26T17:12:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/?p=136"},"modified":"2024-01-30T17:19:38","modified_gmt":"2024-01-30T16:19:38","slug":"lemploi-une-cause-patronale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/2021\/03\/26\/lemploi-une-cause-patronale\/","title":{"rendered":"L\u2019emploi, une cause patronale. \u00c0 propos des Gattaz, du pin\u2019s \u00e0 la sociodic\u00e9e."},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\" style=\"font-size:20px\">par Mathieu Gr\u00e9goire<\/h3>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Le monde des humains est ainsi fait qu\u2019une majorit\u00e9 d\u2019entre eux pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre guid\u00e9s et qu\u2019ils sont heureux de trouver une locomotive. Les gares de triage du ch\u00f4mage sont remplies de wagons qui attendent le tracteur lib\u00e9rateur.<br>D\u00e9noncer l\u2019emploi salari\u00e9 comme une calamit\u00e9 est une immense erreur. Merci aux employeurs d\u2019employer&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Yvon Gattaz, <em>\u00c9conomiquement v\u00f4tre<\/em>, 2018, p.&nbsp;147.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">\u00ab&nbsp;<em>\u00c0 Mitterrand, Yvon pr\u00e9tendait qu\u2019il allait cr\u00e9er des centaines de milliers d\u2019emplois avec des contraintes all\u00e9g\u00e9es. \u00c0 moi, Pierre en promet un million. La m\u00e9thode n\u2019a pas chang\u00e9 m\u00eame si le fils a doubl\u00e9 la mise du p\u00e8re&nbsp;!&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Fran\u00e7ois Hollande, <em>Les le\u00e7ons du pouvoir<\/em>, 2018, p.&nbsp;229.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Pierre Gattaz est dans son bureau, avenue Bosquet, au si\u00e8ge du Medef. Au bout de son bras tendu, entre son pouce et son index, il tient le pin\u2019s qu\u2019il a fait confectionner en plusieurs milliers d\u2019exemplaires et qu\u2019il portera d\u00e9sormais en permanence sur ses costumes. En lettres violettes, sur fond jaune moutarde, un simple slogan&nbsp;: \u00ab&nbsp;un million d\u2019emplois&nbsp;\u00bb. Ce slogan, dont il a fait son mantra d\u00e8s octobre 2013, trois mois apr\u00e8s son accession \u00e0 la pr\u00e9sidence du Medef<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, est d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 partir de septembre 2014 dans cette campagne de communication incarn\u00e9e par ce pin\u2019s et par \u00ab&nbsp;le petit livre jaune&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> qui l\u2019accompagne. Cette promesse d\u2019un million d\u2019emplois ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un coup de communication. La cause de l\u2019emploi et le \u00ab&nbsp;chantage&nbsp;\u00bb dont il est indissociable sont \u00e0 consid\u00e9rer comme le c\u0153ur d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de la strat\u00e9gie politique du Medef de Pierre Gattaz. Du bout de ses doigts, il (d\u00e9)tient symboliquement ce dont les fran\u00e7ais manquent le plus cruellement depuis plusieurs d\u00e9cennies que se succ\u00e8dent les promesses \u00e9lectorales de plein-emploi et que se maintient inexorablement un ch\u00f4mage de masse. Du bout de ses doigts, il (d\u00e9)tient aussi symboliquement la cl\u00e9 politique du quinquennat de Fran\u00e7ois Hollande qui a fait du renversement de la courbe du ch\u00f4mage le crit\u00e8re unique d\u2019\u00e9valuation de son action et de l\u2019emploi un imp\u00e9ratif inconditionnel, une cause nationale \u00e0 atteindre \u00ab&nbsp;co\u00fbte que co\u00fbte&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> Comme les commentateurs en ont fait la remarque dans la presse, ou comme il s\u2019en justifiera lui-m\u00eame plus tard<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, il ne s\u2019agit pas, pour Pierre Gattaz, de promettre un million d\u2019emplois, ni de s\u2019engager de quelconque mani\u00e8re. Il s\u2019agit de faire valoir le million d\u2019emplois comme l\u2019\u00e9ventuelle cons\u00e9quence heureuse de l\u2019observation scrupuleuse des prescriptions patronales. Il s\u2019agit \u00e9galement de faire comprendre aux fran\u00e7ais, mais aussi au gouvernement, que la cr\u00e9ation d\u2019emplois c\u2019est le Medef qui en a le monopole<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.<\/p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"410\" height=\"308\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Gattaz1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-443\" srcset=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Gattaz1.jpg 410w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Gattaz1-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 410px) 100vw, 410px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo: Eric Baudet<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Beaucoup de Fran\u00e7ais consid\u00e8rent que les trois priorit\u00e9s actuelles pour notre pays sont : &#8211; tout d&rsquo;abord l&#8217;emploi&nbsp;; &#8211; puis l&#8217;emploi&nbsp;; &#8211; et enfin l&#8217;emploi.&nbsp;\u00bb <\/em>(Le Monde, 1986)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Marteler, d\u00e9cliner sans d\u00e9cliner, \u00e9num\u00e9rer en se r\u00e9p\u00e9tant, le proc\u00e9d\u00e9 est simple et efficace&nbsp;: l\u2019emploi non seulement est une priorit\u00e9 mais est une priorit\u00e9 exclusive&nbsp;: il ne saurait y avoir de valeur concurrente \u00e0 cette valeur supr\u00eame. Comme nous le verrons, Pierre Gattaz propose m\u00eame de faire de \u00ab&nbsp;l\u2019Emploi, l\u2019Emploi, l\u2019Emploi&nbsp;\u00bb la devise nationale.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi le patronat fait-il de l\u2019emploi le c\u0153ur de sa strat\u00e9gie politique&nbsp;? Pourquoi l\u2019emploi occupe-t-il une place \u00e0 ce point centrale dans son discours&nbsp;? Dans cet article, on s\u2019int\u00e9resse au sens de cette promesse pour Pierre Gattaz et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, aux raisons pour lesquelles la cause de l\u2019emploi est \u00e9rig\u00e9e au rang de valeur supr\u00eame et plac\u00e9e au c\u0153ur de sa strat\u00e9gie politique par le patronat. Derri\u00e8re le pin\u2019s, on peut en effet d\u00e9celer beaucoup plus qu\u2019une simple strat\u00e9gie de communication. On ne peut gu\u00e8re davantage se contenter de la th\u00e9matique courante du \u00ab&nbsp;chantage \u00e0 l\u2019emploi&nbsp;\u00bb. Le chantage \u00e0 l\u2019emploi constitue certes la ressource la plus mobilis\u00e9e dans les rapports de force que le patronat entretient avec ses divers interlocuteurs (les salari\u00e9s, leurs repr\u00e9sentants syndicaux \u00e0 toutes les \u00e9chelles, le gouvernement, les collectivit\u00e9s\u2026). Mais c\u2019est en m\u00eame temps beaucoup plus que cela&nbsp;: derri\u00e8re ce pin\u2019s on peut d\u00e9celer une cosmologie sociale c\u2019est-\u00e0-dire un syst\u00e8me de croyances, de valeurs et une repr\u00e9sentation morale du monde social qui, fonctionnels aux int\u00e9r\u00eats de classe du patronat, donne \u00e0 voir l\u2019emploi comme un Bien sup\u00e9rieur, universel et imp\u00e9ratif. C\u2019est pourquoi, plus encore que d\u2019une strat\u00e9gie de chantage, la cause de l\u2019emploi est constitutive de ce qu\u2019on pourrait appeler, \u00e0 la suite de Pierre Bourdieu, une <em>strat\u00e9gie de sociodic\u00e9e<a href=\"#_ftn7\"><strong>[7]<\/strong><\/a><\/em> patronale. Qu\u2019est-ce \u00e0 dire&nbsp;? Pierre Bourdieu, \u00e0 la suite de Max Weber, d\u00e9signe par l\u00e0 une strat\u00e9gie des \u00ab&nbsp;dominants&nbsp;\u00bb de justification th\u00e9orique du fait qu\u2019ils sont privil\u00e9gi\u00e9s c\u2019est \u00e0-dire d\u2019une \u00ab th\u00e9odic\u00e9e de leur privil\u00e8ge \u00bb. Autrement dit, il s\u2019agit de promouvoir une repr\u00e9sentation du monde social qui justifie th\u00e9oriquement la position des employeurs par plusieurs biais&nbsp;: des id\u00e9es et des (pr\u00e9) notions) d\u2019une part, des valeurs d\u2019autre part. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, une th\u00e9odic\u00e9e est une th\u00e9orie qui tente de concilier le constat du mal et l\u2019existence de Dieu. Parall\u00e8lement, on parle de sociodic\u00e9e patronale de l\u2019emploi dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit d\u2019une strat\u00e9gie de justification th\u00e9orique des revendications et des conqu\u00eates patronales qui s\u2019op\u00e8re au nom du bien de la partie salari\u00e9e . &nbsp;<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Pour mener \u00e0 bien cette analyse, on s\u2019appuie d\u2019abord sur le discours qui accompagne la promotion de l\u2019emploi par Pierre Gattaz (ou par le Medef) durant son mandat, en particulier sur le \u00ab&nbsp;petit livre jaune&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de la campagne de communication \u00ab&nbsp;Un million d\u2019emplois&nbsp;\u00bb qui explicite les revendications de l\u2019organisation patronale et d\u00e9taille la fa\u00e7on dont il serait possible, selon elle, de cr\u00e9er ces emplois. Pour compl\u00e9ter ce mat\u00e9riau en prenant au s\u00e9rieux ce discours, il nous a paru heuristique de confronter la promesse de Pierre Gattaz avec les \u00e9crits de son p\u00e8re, Yvon Gattaz, lui-m\u00eame pr\u00e9sident du CNPF de 1981 \u00e0 1986, qui th\u00e9orise, dans plusieurs ouvrages, la centralit\u00e9 de l\u2019emploi depuis plus de 30 ans. En particulier nous nous sommes appuy\u00e9s sur quatre textes qui illustrent la constance d\u2019une strat\u00e9gie&nbsp;: une tribune parue dans le journal <em>Le Monde<\/em> le 5 mars 1986 puis trois de ses nombreux ouvrages&nbsp;: <em>Les patrons reviennent<\/em> (1988), <em>\u00c9conomiquement v\u00f4tre<\/em> (2018) et <em>L\u2019emploi, l\u2019emploi, l\u2019emploi. L\u2019indispensable r\u00e9volution<\/em>&nbsp;(2020)<a href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>.<\/p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"190\" height=\"270\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Gattaz2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-444\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Certes le fils n\u2019est pas le p\u00e8re. Mais, comme nous le montrerons au cours de cet article, il n\u2019y a pas que le capital et l\u2019ambition de repr\u00e9senter le patronat qui se transmettent en h\u00e9ritage&nbsp;: la continuit\u00e9 id\u00e9ologique et strat\u00e9gique entre le p\u00e8re et le fils est frappante et t\u00e9moigne \u00e0 elle seule du <em>leitmotiv<\/em> pour ne pas dire de l\u2019obsession que constitue pour eux la cause de l\u2019emploi. Par ailleurs, la mobilisation de l\u2019\u0153uvre d\u2019Yvon Gattaz a un second m\u00e9rite m\u00e9thodologique&nbsp;: Yvon Gattaz est acad\u00e9micien, il pense, il \u00e9crit (sa bibliographie compte, en 2020, 13&nbsp;ouvrages). Autrement dit, on peut avec ses publications s\u2019appuyer sur un mat\u00e9riau r\u00e9fl\u00e9chi, r\u00e9examin\u00e9 et \u00e0 nouveau valid\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises entre le milieu des ann\u00e9es 1980 et 2020. Enfin, il convient de souligner que le \u00ab&nbsp;style Gattaz&nbsp;\u00bb, lui aussi largement h\u00e9r\u00e9ditaire, est particuli\u00e8rement propice \u00e0 l\u2019analyse&nbsp;: l\u2019outrance, l\u2019absence de filtre ou de diplomatie sociale, le sens de la provocation, le go\u00fbt de l\u2019aphorisme et de la \u00ab&nbsp;punchline&nbsp;\u00bb efficace (ce qu\u2019Yvon Gattaz nomme lui-m\u00eame des \u00ab&nbsp;gattazeries&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>) permettent d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des raisonnements tr\u00e8s explicites qui n\u2019impliquent pas une ex\u00e9g\u00e8se trop sophistiqu\u00e9e.<\/p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;L\u2019emploi au c\u0153ur d\u2019une sociodic\u00e9e&nbsp;: la fabrique patronale de pr\u00e9-notions<\/h1>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le pin\u2019s \u00ab&nbsp;1 million d\u2019emplois&nbsp;\u00bb de Pierre Gattaz est d\u2019abord une d\u00e9monstration de force, la force de celui qui d\u00e9tient le monopole sur la principale valeur d\u00e9sir\u00e9e par tous, l\u2019emploi. C\u2019est donc d\u2019abord un rapport de force mat\u00e9riel d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 plusieurs \u00e9chelles et avec plusieurs interlocuteurs dont les Gattaz p\u00e8re et fils rappellent les termes&nbsp;: dans l\u2019entreprise vis-\u00e0-vis de ses salari\u00e9s, sur le march\u00e9 du travail vis-\u00e0-vis des demandeurs d\u2019emploi, sur un territoire local, r\u00e9gional ou national vis-\u00e0-vis de ses \u00e9lus et de sa population\u2026 Mais loin de se r\u00e9duire \u00e0 un rapport de force mat\u00e9riel, il s\u2019agit aussi d\u2019un rapport d\u2019intimidation qui passe par la production et la promotion d\u2019id\u00e9es. C\u2019est en ce sens qu\u2019on peut parler de fabrique patronale de pr\u00e9-notions.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p>Pour les Gattaz, les termes du rapport de force sont simples. Le ch\u00f4mage est un cancer pour chacun, c\u2019est aussi un cancer qui ronge la collectivit\u00e9 et qui est responsable d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s tous les maux sociaux. L\u2019emploi est, inversement, un bien indiscutable&nbsp;: le crit\u00e8re discriminant entre existence et mort sociales. Les employeurs en ont le monopole.<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le propos, dans cette partie, n\u2019est pas de nier les fondements mat\u00e9riels et objectifs qui mettent le patronat dans la position de pouvoir exercer ce chantage. Pour autant, l\u2019analyse du discours des Gattaz montre que le rapport de force ne se r\u00e9duit pas \u00e0 sa dimension mat\u00e9rielle. Il prend aussi la forme d\u2019un rapport d\u2019intimidation et de conviction. Susciter et entretenir une demande inconditionnelle d\u2019emploi d\u2019un c\u00f4t\u00e9, en monopoliser l\u2019offre de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;: la strat\u00e9gie comporte aussi une dimension symbolique et id\u00e9elle. L\u2019effort de mise en sc\u00e8ne d\u2019un ch\u00f4mage-mort sociale et d\u2019un emploi-Graal en t\u00e9moigne, tout comme la n\u00e9cessit\u00e9 de promouvoir des id\u00e9es ou des croyances permettant d\u2019entretenir ou de parfaire les termes de ce chantage \u00e0 l\u2019emploi.<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1.1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La mise en sc\u00e8ne du ch\u00f4mage comme cancer<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le premier \u00e9l\u00e9ment structurant du discours sur l\u2019emploi des Gattaz p\u00e8re et fils est l\u2019horreur anthropologique que repr\u00e9sente le ch\u00f4mage. On ne peut vivre sans emploi&nbsp;; du moins ne peut-on pas vivre dignement. Il est frappant de voir avec quelle application et force d\u00e9tails, la repr\u00e9sentation d\u2019un ch\u00f4mage \u00ab&nbsp;d\u00e9socialisant&nbsp;\u00bb assez proche de la repr\u00e9sentation qu\u2019on trouve dans la tradition sociologique des <em>Ch\u00f4meurs de Marienthal<\/em> de Jahoda, Lazarsfeld et Zeisel jusqu\u2019au <em>Perte d\u2019emploi, perte de soi<\/em> de Dani\u00e8le Linhart<a href=\"#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>, est mobilis\u00e9e et d\u00e9clin\u00e9e par les Gattaz p\u00e8re et fils pour insister sur le caract\u00e8re pathologique du ch\u00f4mage.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;L\u2019emploi, c\u2019est bien s\u00fbr la nourriture, l\u2019habillement et le logement, la survie en un mot, mais c\u2019est aussi partiellement le rem\u00e8de contre la pauvret\u00e9, la d\u00e9linquance, la maladie et, de plus, c\u2019est aussi la satisfaction de soi, l\u2019honorabilit\u00e9, la confiance, l\u2019\u00e9panouissement. Oui l\u2019emploi est bien une panac\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/em> (\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;150)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Outre l\u2019absence de revenus vitaux, le manque d\u2019objectifs, de r\u00e9alisations, d\u2019initiatives, de responsabilit\u00e9s, \u00e9l\u00e9ments d\u2019un v\u00e9ritable statut social honorable, est aggravant. Tous les ch\u00f4meurs nous l\u2019affirment&nbsp;\u00bb<\/em>. (\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;160).<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le <em>1 million d\u2019emplois C\u2019est possible<\/em> du Medef d\u00e9bute, d\u00e8s son avant-propos sign\u00e9 par Pierre Gattaz, d\u2019une fa\u00e7on spectaculairement similaire.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Car le ch\u00f4mage est le pire des fl\u00e9aux, c\u2019est celui qui sape les fondements de notre soci\u00e9t\u00e9 en aggravant les in\u00e9galit\u00e9s, en suscitant un profond sentiment d\u2019injustice parmi nos concitoyens, et en favorisant le d\u00e9veloppement de la pr\u00e9carit\u00e9 et de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Le ch\u00f4mage est ainsi aujourd\u2019hui la principale cause du pessimisme de nos concitoyens et de leur r\u00e9signation. Avoir un emploi, ce n\u2019est pas simplement avoir un salaire&nbsp;! C\u2019est d\u2019abord avoir un travail, une dignit\u00e9 et une existence sociale ; c\u2019est aussi avoir une reconnaissance, des amis, des coll\u00e8gues et \u0153uvrer pour la collectivit\u00e9. Enfin, avoir un emploi c\u2019est aussi exercer un m\u00e9tier, c\u2019est-\u00e0-dire avoir une qualification, un savoir-faire, une comp\u00e9tence.&nbsp;\u00bb<\/em> (1 million d\u2019emplois&#8230; C\u2019est possible, 2014, pp.&nbsp;7-8)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019instar de la \u00ab&nbsp;Jahoda\u2019s deprivation theory&nbsp;\u00bb, les Gattaz distinguent les fonctions manifestes (la rationalit\u00e9 \u00e9conomique du travailleur qui souhaite vivre de son travail) et les fonctions latentes de l\u2019emploi (une structuration des temps, un lien social, une identit\u00e9 et un statut \u2026). Les fonctions manifestes \u2013 que le ch\u00f4mage se traduise par une absence de salaire et de capacit\u00e9 mat\u00e9rielle de vie \u2013 sont quantit\u00e9 n\u00e9gligeable par rapport aux fonctions latentes \u2013 dans cette \u00e9preuve ce sont la dignit\u00e9, la capacit\u00e9 \u00e0 avoir une vie sociale, l\u2019estime de soi, la dignit\u00e9, l\u2019humanit\u00e9 etc. qui sont en jeu. La sollicitude des Gattaz envers les ch\u00f4meurs et leur insistance \u00e0 d\u00e9noncer les effets sociaux du ch\u00f4mage comme des pathologies sont ainsi indissociables de la pr\u00e9sentation de l\u2019emploi comme seule alternative souhaitable ou m\u00eame acceptable \u00e0 cette situation&nbsp;: l\u2019indemnisation du ch\u00f4mage ne saurait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e autrement que comme une aum\u00f4ne \u2013 parfois n\u00e9cessaire mais jamais suffisante \u2013 sans aucun effet sur ces fonctions que seul l\u2019emploi peut assurer.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;L\u2019emploi est spontan\u00e9ment revaloris\u00e9 par ceux-l\u00e0 m\u00eames qui n\u2019en n\u2019ont pas et qui le recherchent avec acharnement, parfois atteints par ces troubles psychiques du ch\u00f4meur malheureusement incontest\u00e9s. Et ceux-l\u00e0 subliment cet emploi miracle qui leur \u00e9chappe&nbsp;\u00bb. <\/em>(\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;144).<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Cette application, qui vise \u00e0 d\u00e9crire de fa\u00e7on apocalyptique le ch\u00f4mage, permet, entre les lignes, de mettre en garde et de tenir en respect \u00e0 la fois les salari\u00e9s et les pouvoirs publics. Il s\u2019agit certes de la logique \u00e9prouv\u00e9e du chantage \u00e0 l\u2019emploi&nbsp;: r\u00e9fr\u00e9ner toute vell\u00e9it\u00e9 de conflit ou de critique au sein de l\u2019entreprise en rappelant aux salari\u00e9s et \u00e0 leurs repr\u00e9sentants que la porte est toujours ouverte et que le ch\u00f4mage n\u2019est pas une sin\u00e9cure. Mais il s\u2019agit aussi de s\u2019adresser aux responsables politiques en mettant en avant l\u2019emploi comme source de solution \u00e0 une multitudes de probl\u00e8mes sociaux tels que la criminalit\u00e9, la d\u00e9linquance, la pauvret\u00e9, la maladie\u2026<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1.2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La fabrique patronale d\u2019une pr\u00e9notion&nbsp;: l\u2019emploi comme envers statistique du ch\u00f4mage<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 de l\u2019intimidation et de l\u2019effroi qu\u2019est suppos\u00e9 provoquer l\u2019\u00e9vocation du cancer du ch\u00f4mage, la strat\u00e9gie de sociodic\u00e9e de l\u2019emploi passe par la promotion de deux id\u00e9es qui sont martel\u00e9es tout en \u00e9tant mobilis\u00e9es comme des \u00e9vidences indiscutables&nbsp;: l\u2019id\u00e9e selon laquelle cr\u00e9er des emplois et faire reculer le ch\u00f4mage sont parfaitement \u00e9quivalents et l\u2019id\u00e9e selon laquelle les employeurs ont seuls le pouvoir de cr\u00e9er des emplois. Il est de ce point de vue int\u00e9ressant de noter que le degr\u00e9 d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 ces deux \u00ab&nbsp;\u00e9vidences&nbsp;\u00bb semble avoir progress\u00e9 en 30 ans&nbsp;: alors qu\u2019Yvon Gattaz dans ses premiers textes d\u00e9ploie un travail argumentatif pour emporter la conviction du lecteur, Pierre, trois d\u00e9cennies plus tard n\u2019a plus besoin de justifier des assertions tenues pour acquises. On peut ainsi se demander si, plus que la simple mobilisation de pr\u00e9notions, on n\u2019a pas affaire \u00e0 une participation active \u00e0 la <em>fabrique<\/em> de ces deux pr\u00e9notions depuis trente ans.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re de ces pr\u00e9notions est que l\u2019emploi constitue le seul rem\u00e8de au ch\u00f4mage. Plus exactement que toute baisse du ch\u00f4mage ne peut correspondre qu\u2019\u00e0 une hausse de l\u2019emploi et vice versa.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Ne nous trompons pas de m\u00e9thode : le ch\u00f4mage est d\u00fb tout d&rsquo;abord \u00e0 la diminution du nombre des emplois. D&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;OCDE, l&rsquo;\u00e9volution de l&#8217;emploi chez les sept Grands entre 1983 et 1985 montre que la France aura \u00e9t\u00e9, pendant cette p\u00e9riode, le seul grand pays moderne \u00e0 perdre des emplois, alors que les six autres pays en gagnaient&nbsp;\u00bb <\/em>(Le Monde, 1986)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Ce lien semble aujourd\u2019hui constituer une \u00e9vidence dans la mesure o\u00f9 c\u2019est aujourd\u2019hui une croyance fermement ancr\u00e9e dans les esprits&nbsp;: l\u2019id\u00e9e selon laquelle la cr\u00e9ation d\u2019emploi fait baisser le ch\u00f4mage est mobilis\u00e9e par les responsables politiques, les m\u00e9dias ou les \u00e9conomistes sans prudence particuli\u00e8re. La baisse du ch\u00f4mage et la hausse de l\u2019emploi sont consid\u00e9r\u00e9es comme les deux faces d\u2019une m\u00eame pi\u00e8ce ou plus exactement \u2013 rien ne se gagne rien ne se perd \u2013 selon une logique de vases communicants. C\u2019est pourtant une croyance pour le moins contestable pour ne pas dire fausse. Le graphique ci-dessous illustre depuis 1979 les \u00e9volutions des parts respectives de la population en emploi, de la population au ch\u00f4mage et de la population dite inactive dans la population en \u00e2ge de travailler (15-64 ans). Et il contredit profond\u00e9ment la repr\u00e9sentation dominante de l\u2019\u00e9volution de l\u2019emploi et du ch\u00f4mage depuis 40 ans.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Graphique&nbsp; 1&nbsp;: Solde en points de population de l&#8217;emploi, du ch\u00f4mage et de l&rsquo;inactivit\u00e9 dans la population des 15-64 ans depuis 1979 (Source INSEE. enqu\u00eate Emploi. def. BIT)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2090\" height=\"1210\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Gattaz3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-447\" srcset=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Gattaz3.jpg 2090w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Gattaz3-300x174.jpg 300w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Gattaz3-1024x593.jpg 1024w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Gattaz3-768x445.jpg 768w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Gattaz3-1536x889.jpg 1536w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/Gattaz3-2048x1186.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9volution des parts respectives de l\u2019emploi, du ch\u00f4mage et de l\u2019inactivit\u00e9 (c\u2019est-\u00e0-dire pour l\u2019essentiel de la jeunesse scolaris\u00e9e et des retrait\u00e9s) conna\u00eet deux phases bien distinctes. Dans la premi\u00e8re, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, la baisse de l\u2019emploi est concomitante d\u2019une hausse du ch\u00f4mage. Cela correspond bien \u00e0 l\u2019id\u00e9e selon laquelle le ch\u00f4mage et l\u2019emploi vont de pair. Toutefois, on mesure bien dans le graphique que la baisse de l\u2019emploi et la hausse du ch\u00f4mage n\u2019ont pas la m\u00eame ampleur. Une partie de la baisse de l\u2019emploi est absorb\u00e9e non par le ch\u00f4mage mais par l\u2019inactivit\u00e9 (les politiques de pr\u00e9-retraites, la r\u00e9forme des retraites de 1981 qui abaisse l\u2019\u00e2ge de d\u00e9part ou encore la dynamique de massification de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur jouent dans ce sens).<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Dans une seconde phase, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990, ce qui n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait juste devient presque totalement faux. L\u2019id\u00e9e selon laquelle le ch\u00f4mage baisse quand l\u2019emploi reprend ne repr\u00e9sente plus que l\u2019\u00e9cume des choses valable seulement parfois de fa\u00e7on tr\u00e8s conjoncturelle. La dynamique de fond est celle d\u2019une stabilit\u00e9 \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9 du ch\u00f4mage, concomitante \u00e0 une hausse de l\u2019emploi. Cette derni\u00e8re est enti\u00e8rement compens\u00e9e par la baisse de l\u2019inactivit\u00e9 (baisse de la part des retrait\u00e9s pour l\u2019essentiel). Au risque d\u2019insister&nbsp;: <em>depuis les ann\u00e9es 1990 l\u2019emploi occupe une part croissante de la population en \u00e2ge de travailler mais le ch\u00f4mage ne baisse pas<\/em>. La situation de 2019 est assez in\u00e9dite&nbsp;: la proportion de la population en \u00e2ge de travailler en emploi retrouve un niveau similaire \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 la fin des suppos\u00e9es \u00ab&nbsp;Trente glorieuses&nbsp;\u00bb et de son glorieux \u00ab&nbsp;plein emploi&nbsp;\u00bb. Mais contrairement \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, le niveau de ch\u00f4mage demeure tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Autrement dit, ce sont des travailleurs qui auraient \u00e9t\u00e9 en retraite avant les r\u00e9formes qu\u2019absorbe la croissance de l\u2019emploi et ce alors m\u00eame que le ch\u00f4mage continue d\u2019augmenter. En r\u00e9sumant cette dynamique \u00e0 grand traits, les emplois en plus se traduisent par des retrait\u00e9s en moins et non pas des ch\u00f4meurs en moins. Les flux entre inactivit\u00e9 et emploi sont ainsi beaucoup plus importants et significatifs que les flux entre emploi et ch\u00f4mage.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Cette mise en rapport d\u2019\u00e9l\u00e9ments objectifs et du discours des Gattaz p\u00e8re et fils est particuli\u00e8rement symptomatique de leur victoire id\u00e9ologique sur ce point (m\u00eame si ce travail id\u00e9ologique du patronat n\u2019en est peut-\u00eatre pas la cause efficiente). En effet, lorsque, au milieu des ann\u00e9es 1980, Yvon Gattaz explique que la seule cr\u00e9ation d\u2019emploi permet de lutter contre le ch\u00f4mage, force est de constater qu\u2019il doit faire preuve de beaucoup de \u00ab&nbsp;p\u00e9dagogie&nbsp;\u00bb pour imposer cette vue.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Il faut reconnaitre que le gouvernement socialiste en 1981 d\u00e9sirait sinc\u00e8rement s\u2019attaquer au probl\u00e8me du ch\u00f4mage qu\u2019il avait admis comme une priorit\u00e9. Son erreur f\u00fbt de ne pas comprendre assez vite la corr\u00e9lation ind\u00e9fectible entre ch\u00f4mage et emploi. En dehors des exp\u00e9dients, des subventions, des aides, du traitement social le ch\u00f4mage d\u00e9pend de l\u2019emploi en priorit\u00e9 m\u00eame s\u2019il est affect\u00e9 en plus par la d\u00e9mographie, le travail des femmes et quelques autres facteurs de soci\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/em> (Les patrons reviennent, 1988, p.&nbsp;133)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Autrement dit, cette assertion n\u2019\u00e9tait pas tenue pour une \u00e9vidence \u00e0 ce moment pr\u00e9cis alors qu\u2019elle correspondait au moins partiellement \u00e0 la dynamique objective de baisse de l\u2019emploi et de hausse du ch\u00f4mage. Trente ans plus tard, ni Yvon ni Pierre Gattaz n\u2019ont plus \u00e0 justifier cette assertion alors m\u00eame qu\u2019elle est devenue simplement fausse. Peu importe que la hausse importante de l\u2019emploi dans la population ne se soit pas traduite par un reflux du ch\u00f4mage depuis 30 ans, l\u2019id\u00e9e selon laquelle la cr\u00e9ation d\u2019emploi est la seule solution pour lutter contre le \u00ab&nbsp;fl\u00e9au&nbsp;\u00bb du ch\u00f4mage ne suscite plus aucune objection ou nuance.<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1.3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La fabrique patronale d\u2019une pr\u00e9notion (2)&nbsp;: l\u2019emploi comme monopole patronal<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Figure 1&nbsp;: la 4<sup>e<\/sup> de couverture du \u00ab&nbsp;petit livre jaune&nbsp;\u00bb du Medef (2014)<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"893\" height=\"1279\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Gattaz4b.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-519\" srcset=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Gattaz4b.jpg 893w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Gattaz4b-209x300.jpg 209w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Gattaz4b-715x1024.jpg 715w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/Gattaz4b-768x1100.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Une seconde assertion, toute aussi n\u00e9cessaire au d\u00e9ploiement de cette strat\u00e9gie rh\u00e9torique patronale, est martel\u00e9e aussi bien dans les publications d\u2019Yvon Gattaz que dans le \u00ab&nbsp;petit livre jaune&nbsp;\u00bb du Medef de 2014&nbsp;: les employeurs ont le monopole sur la cr\u00e9ation d\u2019emploi.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Si, \u00e0 juste titre, tous les Fran\u00e7ais et leurs dirigeants parlent du ch\u00f4mage avec \u00e9motion, qui peut mieux parler de l&#8217;emploi que ceux qui le cr\u00e9ent : les chefs d&rsquo;entreprise ?&nbsp;\u00bb (<\/em>Le Monde, 1986).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Seuls les employeurs connaissent les secrets de l\u2019emploi&nbsp;\u00bb <\/em>(\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;157).<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Cette id\u00e9e selon laquelle les employeurs sont seuls \u00e0 la source de l\u2019emploi pourrait \u00eatre discut\u00e9e de fa\u00e7on diverse. Si l\u2019employeur signe le contrat de travail, est-il pour autant l\u2019entrepreneur sans qui rien n\u2019aurait exister&nbsp;: ni le produit, ni la demande sur le march\u00e9 des produits, ni les travailleurs pour le produire etc. Comme le rappelle Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon en \u00e9voquant cette m\u00eame rh\u00e9torique patronale du monopole de la cr\u00e9ation d\u2019emploi, \u00ab&nbsp;En situation de passivit\u00e9 face \u00e0 cette formation de commandes, qu\u2019elles ne font qu\u2019<em>enregistrer,<\/em> les entreprises ne <em>cr\u00e9ent<\/em> donc aucun emploi, mais ne font que <em>convertir en emplois<\/em> les demandes de biens et services qui leurs sont adress\u00e9es. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019id\u00e9ologie patronale nous invite \u00e0 voir un acte d\u00e9miurgique devant tout \u00e0 la puissance souveraine (et b\u00e9n\u00e9fique) de l\u2019entrepreneur, il y a donc lieu de voir, \u00e0 moins grand spectacle, la m\u00e9canique totalement h\u00e9t\u00e9ronome de l\u2019offre r\u00e9pondant simplement \u00e0 la demande externe&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn12\">[12]<\/a><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Les angles morts de la cause de l\u2019emploi sont ainsi colmat\u00e9s un \u00e0 un par des pr\u00e9notions pour assurer qu\u2019un syllogisme parfait converge vers le patronat comme seul recours&nbsp;: le fl\u00e9au absolu et la source des autres fl\u00e9aux c\u2019est le ch\u00f4mage. La seule solution c\u2019est l\u2019emploi. Les employeurs ont le monopole de la cr\u00e9ation de l\u2019emploi. Pour Yvon, les employeurs ont donc un r\u00f4le social central de \u00ab&nbsp;locomotive salvatrice&nbsp;\u00bb. Pour Pierre, leur responsabilit\u00e9 sociale et la noblesse de leur mission sont immenses&nbsp;:<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;L\u2019entreprise d\u00e9tient dans ses mains 80 % des rem\u00e8des aux maux du pays : celui du pouvoir d\u2019achat et de la fiert\u00e9&nbsp;; celui du d\u00e9fi et de l\u2019ambition commune&nbsp;; celui de l\u2019int\u00e9gration sociale, de la r\u00e9alisation personnelle et collective. C\u2019est avant tout un lieu o\u00f9 l\u2019on peut avoir un emploi et un m\u00e9tier donc une existence personnelle et sociale, en un mot, un avenir.&nbsp;\u00bb <\/em>(1 million d\u2019emplois&#8230; C\u2019est possible, 2014, p.&nbsp;8)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">L\u2019employeur, qui d\u00e9tient seul les clefs du d\u00e9veloppement de l\u2019emploi, est donc incontournable. Lui seul est en mesure d\u2019\u00e9viter \u00e0 ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent ou ne peuvent qu\u2019\u00ab&nbsp;\u00eatre guid\u00e9s&nbsp;\u00bb le sort funeste qui les attendrait s\u2019ils ne rencontraient pas la locomotive salvatrice. \u00c0 ce titre, les employeurs m\u00e9ritent surtout qu\u2019on les remercie d\u2019employer. &nbsp;<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Employeur est, \u00e0 mon avis, le plus beau m\u00e9tier du monde&nbsp;: cr\u00e9er des emplois r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s pour ceux qui n\u2019en ont pas ou qui n\u2019ont pas la capacit\u00e9 de cr\u00e9er leur propre emploi comme entrepreneurs&nbsp;\u00bb <\/em>(\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;145).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;La multiplication des emplois passera par la multiplication des employeurs. Jeunes soyez employeurs&nbsp;! Et bienfaiteurs de ce fait&nbsp;!&nbsp;\u00bb <\/em>(L\u2019emploi\u2026, 2020, p.&nbsp;84)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le pin\u2019s tendu du bout des doigts par Pierre Gattaz prend ainsi tout son sens&nbsp;: l\u2019emploi est la seule valeur (mat\u00e9rielle et morale) et les employeurs en ont l\u2019exclusivit\u00e9. La description du rapport de force a le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre rendue simple par le patronat. Reste donc \u00e0 suivre l\u2019homme aux \u00e9cus pour conna\u00eetre les contreparties au pin\u2019s tendu. Autrement dit, le prix de l\u2019emploi \u00e0 tout prix.<\/p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le prix de \u00ab&nbsp;l\u2019emploi \u00e0 tout prix&nbsp;\u00bb<\/h1>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Devant la gravit\u00e9 du mal que repr\u00e9sente le ch\u00f4mage, il convient de d\u00e9cr\u00e9ter la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale et des th\u00e9rapies sans retenue, quitte \u00e0 occasionner quelques dommages collat\u00e9raux.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Devant une maladie aussi grave que le ch\u00f4mage, toutes les th\u00e9rapies doivent \u00eatre employ\u00e9es simultan\u00e9ment et massivement. (\u2026) Nous attendons cette mobilisation nationale et totale, reconnaissance de notre priorit\u00e9 d\u00e9finitive&nbsp;: l\u2019emploi&nbsp;\u00bb. <\/em>(\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;161)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Le ch\u00f4mage est un cancer qui ne se gu\u00e9rit pas facilement. Mais nous avons aujourd\u2019hui un arsenal de m\u00e9dicaments. Il est indispensable de les employer tous, m\u00eame si certains provoquent quelques r\u00e9actions secondaires plus ou moins bien support\u00e9es.&nbsp;\u00bb <\/em>(Les patrons reviennent,1988,&nbsp;p.&nbsp;134)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">De fa\u00e7on tout \u00e0 fait explicite, il s\u2019agit ainsi de promouvoir un emploi litt\u00e9ralement \u00ab&nbsp;\u00e0 tout prix&nbsp;\u00bb<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;La raret\u00e9 des emplois, (\u2026) la vision archa\u00efque de l\u2019emploi ali\u00e9nant, l\u2019image troublante des emplois p\u00e9nibles, le \u00ab&nbsp;burn out&nbsp;\u00bb, les troubles psychiques de l\u2019emploi et quelques autres pathologies que nous ne contestons pas ont particip\u00e9 grandement au d\u00e9samour des Fran\u00e7ais pour l\u2019emploi, opposition d\u00e9nonc\u00e9e souvent par nos voisins allemands, si proches, eux, de leur emploi. \u00c0 titre d\u2019exemple, l\u2019Allemagne a choisi d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment l\u2019\u00ab&nbsp;emploi \u00e0 tout prix&nbsp;\u00bb comme priorit\u00e9 absolue et les r\u00e9sultats de cet immense effort sont \u00e9vidents&nbsp;: le taux de ch\u00f4mage est pass\u00e9 de 11% \u00e0 4% entre 2005 et 2016. Qui dit mieux&nbsp;? Mais les Allemands ont accept\u00e9 cet effort et la l\u00e9g\u00e8re augmentation des in\u00e9galit\u00e9s qui en a r\u00e9sult\u00e9.&nbsp;\u00bb <\/em>(\u00c9conomiquement v\u00f4tre, p.&nbsp;144)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Quel est le prix de cet emploi \u00e0 tout prix&nbsp;? En structurant la cause de l\u2019emploi autour d\u2019un objectif \u00e9rig\u00e9 en bien public supr\u00eame et de moyens dont il est seul d\u00e9tenteur, le Medef se pose d\u2019autant plus confortablement en d\u00e9fenseur de l\u2019emploi \u00e0 \u00ab&nbsp;tout prix&nbsp;\u00bb que ce sont les salari\u00e9s et les pouvoirs publics qui sont suppos\u00e9s payer ce prix aux employeurs. Le prix de l\u2019emploi pour le patronat peut ainsi se r\u00e9sumer \u00e0 quatre grands enjeux.<\/p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"303\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/gattaz5.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-453\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2.1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La baisse de \u00ab&nbsp;co\u00fbt du travail&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le premier, c\u2019est <strong>la baisse du co\u00fbt du travail<\/strong> pour les employeurs et, au premier chef, la baisse de \u00ab&nbsp;charges&nbsp;\u00bb. D\u00e8s les ann\u00e9es 1980, Yvon Gattaz d\u00e9nonce les \u00ab&nbsp;taxes&nbsp;\u00bb mais aussi les \u00ab&nbsp;charges sociales&nbsp;\u00bb.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Les entreprises ne peuvent cr\u00e9er des emplois nouveaux que si elles sont certaines de rester comp\u00e9titives par rapport aux \u00e9trang\u00e8res et de grignoter ainsi des parts du march\u00e9 mondial. Le pr\u00e9l\u00e8vement obligatoire sur les entreprises est en France, en fin 1984, de 17,3 % du PIB, alors que pour la moyenne des autres pays de l&rsquo;OCDE, il est de l&rsquo;ordre de 9 %. Les imp\u00f4ts et charges sur les entreprises sont donc en France pr\u00e8s du double de ceux des pays modernes. (\u2026) les charges sociales, extr\u00eamement lourdes dans notre pays, freinent l&#8217;embauche.&nbsp;\u00bb<\/em> (Le Monde, 1986)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">La sociodic\u00e9e de l\u2019emploi se traduit ainsi d\u2019abord par des revendications de baisse d\u2019imp\u00f4t \u00e0 la production ou de baisse des cotisations sociales. D\u00e8s 1993, le CNPF obtient un m\u00e9canisme d\u2019exon\u00e9ration gr\u00e2ce auquel l\u2019\u00c9tat se substitue aux employeurs pour financer leurs obligations en termes de protection sociale pour les salaires les plus bas.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Alors que cet axe revendicatif n\u2019\u00e9tait qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment parmi d\u2019autres pour Yvon Gattaz dans les ann\u00e9es 1980, c\u2019est devenu la premi\u00e8re revendication pour Pierre Gattaz. La contrepartie au million d\u2019emplois du pin\u2019s est d\u2019ailleurs souvent r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 la demande de 100 milliards d\u2019euros sur 5 ans. C\u2019est d\u2019ailleurs exactement ce montant qu\u2019il a obtenu avec le cr\u00e9dit d\u2019imp\u00f4t pour la comp\u00e9titivit\u00e9 et l\u2019emploi (CICE). Comme le revendiquait \u00e9galement le Medef, il s\u2019agissait de ne plus r\u00e9server la \u00ab&nbsp;baisse du co\u00fbt du travail&nbsp;\u00bb aux bas salaires comme c\u2019est le cas depuis le d\u00e9but des politiques d\u2019exon\u00e9ration de cotisations mais de g\u00e9n\u00e9raliser le dispositif \u00e0 l\u2019ensemble des salari\u00e9s. Comme le r\u00e9sume le MEDEF de Pierre Gattaz&nbsp;:<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;S\u2019il est indispensable de relancer un dynamique d\u2019emploi qualifi\u00e9s (\u2026) il ne faut pas n\u00e9gliger l\u2019attractivit\u00e9 de notre territoire pour les emplois hautement qualifi\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/em> (1 million d\u2019emplois&#8230; C\u2019est possible, 2014, p.&nbsp;14)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Chaque cotisation nouvelle sur les entreprises entraine du ch\u00f4mage. Chaque contrainte nouvelle sur les entreprises entraine du ch\u00f4mage. Chaque taxe nouvelle sur les entreprises entraine du ch\u00f4mage.&nbsp;\u00bb<\/em> (1 million d\u2019emplois&#8230; C\u2019est possible, 2014, p.&nbsp;23)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">La baisse du co\u00fbt du travail, c\u2019est aussi la d\u00e9nonciation permanente du SMIC accus\u00e9 de condamner ceux dont l\u2019emploi ne m\u00e9rite pas un tel salaire \u00e0 une oisivet\u00e9 forc\u00e9e. Autrement dit, derri\u00e8re la d\u00e9nonciation du SMIC, il y a aussi une d\u00e9fense des \u00ab&nbsp;petits jobs&nbsp;\u00bb et de la \u00ab&nbsp;<em>gig econom<\/em>y<a href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Le Smic pav\u00e9 de bonnes intentions incontest\u00e9es, renvoie sans appel les jeunes peu ou pas qualifi\u00e9s \u00e0 la cas \u00ab&nbsp;ch\u00f4mage subventionn\u00e9&nbsp;\u00bb, r\u00e9put\u00e9e honorable bien que d\u00e9sesp\u00e9rante, simple case que m\u00e9riteraient, para\u00eet-il, ces jeunes, alors que d\u2019autres pays \u00e0 faible taux de ch\u00f4mage acceptent la <\/em>gig economy <em>celle des petits jobs.&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp; (\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.156).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;L\u2019erreur de notre pr\u00e9somption intellectuelle fran\u00e7aise, c\u2019est d\u2019avoir d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 que les emplois qui ne m\u00e9ritaient pas le SMIC \u00e9taient d\u00e9gradant et que, de ce fait, les int\u00e9ress\u00e9s \u00e9taient interdits d\u2019emploi, clo\u00eetr\u00e9s dans une agence nationale de ch\u00f4mage et subventionn\u00e9s a minima par la collectivit\u00e9, qui doit se montrer solidaire. C\u2019est l\u2019interdiction du petit job et l\u2019assistanat v\u00eatu de sa robe immacul\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/em> (\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.159)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le prix de l\u2019emploi \u00e0 tout prix c\u2019est donc aussi l\u2019acceptation du d\u00e9veloppement d\u2019une fraction importante d\u2019emplois pr\u00e9caires et mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s sur le mod\u00e8le allemand ou britannique.<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2.2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;La \u00ab&nbsp;flexibilit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">On rejoint ici, avec cette critique du SMIC, le deuxi\u00e8me enjeu structurant du prix demand\u00e9 par les Gattaz, qui peut se r\u00e9sumer sous l\u2019intitul\u00e9 de demande de \u00ab&nbsp;flexibilit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;LA FLEXIBILIT\u00c9, c&rsquo;est l&rsquo;inverse des rigidit\u00e9s qui \u00e9touffent nos entreprises. C&rsquo;est la souplesse, la mobilit\u00e9, l&rsquo;adaptation, la remise en cause, le changement, en un mot, c&rsquo;est la vie. La vie de l&rsquo;entreprise. Et c&rsquo;est en m\u00eame temps un progr\u00e8s social, contrairement \u00e0 une id\u00e9e r\u00e9pandue. On a cru longtemps que le progr\u00e8s social c&rsquo;\u00e9tait la s\u00e9curit\u00e9, la rigidit\u00e9, la r\u00e9glementation et l&rsquo;irr\u00e9versibilit\u00e9 des avantages acquis. Or, aujourd&rsquo;hui, le vrai progr\u00e8s social, c&rsquo;est l&#8217;emploi pour lequel nous devons tous nous coaliser. Et cet emploi est bloqu\u00e9 par les rigidit\u00e9s.&nbsp;\u00bb <\/em>(Le Monde, 1986)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Yvon Gattaz revendique la paternit\u00e9 du mot d\u2019ordre de \u00ab&nbsp;flexibilit\u00e9&nbsp;\u00bb devenu tout \u00e0 fait banal. Une des constantes des revendications patronales r\u00e9side ainsi dans la d\u00e9nonciation assez g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et multiforme des normes qui encadrent l\u2019emploi. Yvon Gattaz en son temps avait propos\u00e9 une nouvelle formule d\u2019emploi, les ENCA pour \u00ab&nbsp;Emplois nouveaux \u00e0 contraintes all\u00e9g\u00e9es&nbsp;\u00bb qui devaient abattre les murs des contraintes administratives, sociales et fiscales. Il s\u2019agissait en particulier de d\u00e9noncer les \u00ab&nbsp;seuils sociaux&nbsp;\u00bb (\u00e0 10 puis \u00e0 50 salari\u00e9s) qui emp\u00eachaient des entreprises \u00ab&nbsp;qui avaient vraisemblablement des emplois disponibles&nbsp;\u00bb de recruter car elles \u00e9taient \u00ab&nbsp;terroris\u00e9es par le franchissement de ces seuils&nbsp;\u00bb (<em>Les patrons reviennent, 1988, p.130<\/em>). La flexibilit\u00e9 c\u2019est d\u2019abord la libert\u00e9 pour l\u2019entreprise de moduler ses effectifs. La suppression de l\u2019autorisation administrative de licenciement constituait ainsi le cheval de bataille principal d\u2019Yvon Gattaz avant qu\u2019il n\u2019obtienne finalement satisfaction en juillet 1986, sous le gouvernement Chirac.<\/p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/gattaz7-196x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-457\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Plus g\u00e9n\u00e9ralement, la promotion de la \u00ab&nbsp;flexibilit\u00e9&nbsp;\u00bb peut se d\u00e9cliner comme une revendication de libert\u00e9 dans la fixation des conditions de travail et des horaires en particulier avec l\u2019annualisation du temps de travail (revendication satisfaite par les lois Aubry de 1998 et 2000 sur la r\u00e9duction du temps de travail), mais aussi de la libert\u00e9 de r\u00e9viser les salaires \u00e0 la baisse.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;La flexibilit\u00e9 n\u2019existe pas que dans le domaine des conditions et des horaires de travail. Pour qu\u2019une entreprise puisse adapter ses co\u00fbts salariaux \u00e0 son activit\u00e9 du moment, les flexibilit\u00e9s peuvent s\u2019appliquer aux effectifs, mais aussi aux horaires, et m\u00eame aux salaires. (\u2026) Rappellerai-je qu\u2019aux \u00c9tats-Unis on a vu des salari\u00e9s de grandes entreprises accepter de tr\u00e8s fortes baisses provisoires de salaires pour pr\u00e9server leur emploi&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em> (Les patrons reviennent, 1988, p.&nbsp;139)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Au final toute norme d\u2019emploi doit pouvoir \u00eatre mise en cause ce qui incite l\u2019organisation patronale \u00e0 contester le principe m\u00eame de norme et \u00e0 privil\u00e9gier l\u2019\u00e9chelon de l\u2019entreprise pour un dialogue \u00ab&nbsp;personnalis\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Quant aux fameuses conventions entre employeurs et employ\u00e9s, elles deviendront de moins en moins collectives, malgr\u00e9 leur appellation traditionnelle, et de plus en plus personnalis\u00e9es. \u00c0 l\u2019\u00e9poque du rebroussement historique du syndical vers le social puis du social vers l\u2019humain personnalis\u00e9, nous constatons un v\u00e9ritable retournement de l\u2019histoire depuis la collectivisation de la fin du XIXe si\u00e8cle&nbsp;\u00bb. <\/em>(\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;159)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Du point de vue de la m\u00e9thode, il s\u2019agit aussi de limiter le champ d\u2019intervention de la loi ou du code du travail, un code qui repr\u00e9sente \u00ab&nbsp;plus de 2000 pages&nbsp;\u00bb alors que \u00ab&nbsp;les d\u00e9crets, circulaires d\u2019application et conventions collectives [en repr\u00e9sentent] beaucoup plus de 10000&nbsp;\u00bb. D\u00e9j\u00e0, est affirm\u00e9e la n\u00e9cessit\u00e9 de promouvoir l\u2019accord d\u00e9centralis\u00e9 c\u2019est-\u00e0-dire de faire primer l\u2019accord d\u2019entreprise (ou mieux le r\u00e9f\u00e9rendum d\u2019entreprise ou encore mieux l\u2019accord de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9) sur toute autre norme de port\u00e9e sup\u00e9rieure.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;La flexibilit\u00e9, c\u2019est l\u2019adaptation, le changement, la d\u00e9r\u00e8glementation, la d\u00e9s\u00e9tatisation, la lib\u00e9ralisation, l\u2019accord d\u00e9centralis\u00e9&nbsp;\u00bb <\/em>(Les patrons reviennent, 1988, p.&nbsp;136).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;C\u2019est le secret final de l\u2019emploi de demain&nbsp;: un dialogue humain intense, local, direct et personnalis\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em> (\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;158)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 encore Pierre Gattaz s\u2019inscrit dans la droite ligne de son p\u00e8re&nbsp;:<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Le c\u0153ur de la d\u00e9finition des r\u00e8gles sociales doit d\u00e9sormais \u00eatre l\u2019entreprise. (&#8230;) Cela suppose une r\u00e9volution importante car, aujourd\u2019hui, c\u2019est la loi qui fixe, souvent de mani\u00e8re tatillonne, ces r\u00e8gles (\u2026) [il faut] refonder notre dialogue social pour limiter la d\u00e9rive l\u00e9gislative en privil\u00e9giant le niveau de l\u2019entreprise, \u00e0 d\u00e9faut la branche et de mani\u00e8re exceptionnelle le niveau national&nbsp;\u00bb<\/em> (1 million d\u2019emplois\u2026 C\u2019est possible, 2014, pp.&nbsp;28-29)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le bilan du CNPF puis du Medef avec, en particulier, la loi du 4 mai 2004 puis la loi El Khomry adopt\u00e9e, au moyen d\u2019un \u00ab&nbsp;49-3&nbsp;\u00bb, en mai 2016, est tout \u00e0 fait positif.<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2.3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019employabilit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me enjeu est <strong>\u00ab&nbsp;l\u2019employabilit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Le mot d\u00e9riv\u00e9 [du mot \u00ab&nbsp;emploi&nbsp;\u00bb] et moderne est employabilit\u00e9 pas assez employ\u00e9 lui aussi. C\u2019est la capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre employable donc employ\u00e9. Capacit\u00e9 majeure \u00e0 d\u00e9velopper chez les mineurs&nbsp;! Jeunes, cultivez sans cesse votre employabilit\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/em> (L\u2019emploi\u2026,&nbsp; 2020, p.172)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le prix de l\u2019emploi \u00e0 tout prix c\u2019est aussi la subordination du syst\u00e8me de formation aux besoins de l\u2019entreprise et l\u2019id\u00e9e selon laquelle, le march\u00e9 de l\u2019emploi \u00e9tant une r\u00e9alit\u00e9 permanente pour les salari\u00e9s y compris lorsqu\u2019ils sont d\u00e9j\u00e0 en emploi, ils doivent en permanence cultiver leur employabilit\u00e9. Bref il s\u2019agit de promouvoir une <em>\u00ab&nbsp;formation adapt\u00e9e (\u2026) une formation adapt\u00e9e aux besoins des entreprises, adapt\u00e9e au march\u00e9 ambiant, adapt\u00e9e aux nouvelles technologies, adapt\u00e9es aux nouveaux m\u00e9tiers&nbsp;\u00bb (L\u2019emploi, \u2026, 2020, p.&nbsp;120)<\/em><\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enjeu pour la jeunesse est en particulier d\u2019adapter l\u2019enseignement secondaire et l\u2019enseignement sup\u00e9rieur aux besoins de l\u2019entreprise ce qui est d\u00e9sign\u00e9 sous le vocable d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;ad\u00e9quationnisme&nbsp;\u00bb dans le vocabulaire d\u2019Yvon Gattaz.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;La seule v\u00e9ritable angoisse des jeunes, c\u2019est le ch\u00f4mage. Poursuivre des \u00e9tudes, s\u2019adapter aux nouvelles m\u00e9thodes, tenter d\u2019acqu\u00e9rir un m\u00e9tier et, au bout du tunnel, hanter les couloirs de P\u00f4le emploi peut \u00eatre stressant. Nous devrons adapter notre enseignement et particuli\u00e8rement notre enseignement sup\u00e9rieur \u00e0 cette imp\u00e9rieuse finalit\u00e9&nbsp;: l\u2019emploi.&nbsp;\u00bb<\/em> (L\u2019emploi\u2026,&nbsp; 2020, p.172)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;La g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019alternance, de l\u2019apprentissage ou de formations \u00ab&nbsp;professionnalisantes&nbsp;\u00bb constitue ainsi un pilier des revendications patronales. Il en va de m\u00eame pour la formation continue&nbsp;:<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Compte tenu de l\u2019\u00e9volution de plus en plus rapide des m\u00e9tiers auxquels nous devons nous adapter&nbsp;; les experts nous affirment qu\u2019un m\u00e9tier sur deux \u00e9voluera profond\u00e9ment dans les dix ans.(\u2026) Tous devront \u00e9voluer sans cesse. Et ceux \u00e0 qui les syndicats feront encore croire qu\u2019ils peuvent avoir un m\u00e9tier \u00e0 vie avec IAA (irr\u00e9versibilit\u00e9 des avantages acquis) seront lourdement d\u00e9\u00e7us.&nbsp;\u00bb <\/em>(L\u2019emploi\u2026, 2020, p.178)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Sur cet enjeu aussi, Yvon Gattaz consid\u00e8re la mise en place du Compte personnel de formation (CPF en 2013) comme une victoire du Medef et de son fils Pierre.<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2.4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019incitation au travail<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le quatri\u00e8me enjeu est <strong>l\u2019incitation au travail<\/strong>. Le dispositif de protection sociale et, au premier chef, celui de l\u2019indemnisation ch\u00f4mage, doivent inciter <em>\u00ab&nbsp;le ch\u00f4meur \u00e0 sortir de son canap\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/em> Par exemple, Yvon Gattaz sugg\u00e8re un plafond d\u2019allocation inf\u00e9rieur au SMIC.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Il faut en r\u00e9alit\u00e9 que l\u2019allocation maximale aux ch\u00f4meurs reste sensiblement inf\u00e9rieure au revenu minimal du travail, cette diff\u00e9rence \u00e9tant la v\u00e9ritable incitation pour les jeunes \u00e0 chercher un emploi. C\u2019est l\u2019incitatif \u00e0 respecter sans c\u00e9der aux appels larmoyants d\u2019aides croissantes aux sans-emploi.&nbsp;\u00bb<\/em> (\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.150)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">En un mot, il s\u2019agit de rendre parfaitement exceptionnelle une solidarit\u00e9 par ailleurs r\u00e9duite \u00e0 la portion congrue pour les ch\u00f4meurs.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Les aides (\u2026) peuvent d\u00e9panner provisoirement les exclus mais ne remplaceront pas de fait cet emploi mythique.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>Les subventions, c\u2019est la survie.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br>Mais l\u2019emploi c\u2019est la vie.&nbsp;\u00bb <\/em>(L\u2019emploi\u2026, p. 82)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Sur ce dernier point encore, Pierre Gattaz et le Medef ne sont pas en reste. Le \u00ab&nbsp;petit livre jaune&nbsp;\u00bb mentionne ainsi la n\u00e9cessit\u00e9 de<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>&nbsp;\u00ab&nbsp;poursuivre la r\u00e9forme de l\u2019assurance ch\u00f4mage pour acc\u00e9l\u00e9rer le retour \u00e0 l\u2019emploi des ch\u00f4meurs, (\u2026) pour qu\u2019elle soit plus incitative [et pour] mettre en place un r\u00e9el contr\u00f4le de la recherche d\u2019emploi quasi inexistant aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb. <\/em>(1 million d\u2019emplois\u2026 C\u2019est possible, 2014, pp.&nbsp;36-37)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Dans des d\u00e9clarations plus fracassantes \u00e0 la presse, Pierre Gattaz s\u2019\u00e9tait m\u00eame prononc\u00e9 pour \u00ab&nbsp;un contr\u00f4le journalier des ch\u00f4meurs&nbsp;\u00bb afin d\u2019\u00e9viter que \u00ab l\u2019assurance ch\u00f4mage [leur] donne un confort fictif&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn14\">[14]<\/a> De son c\u00f4t\u00e9, Yvon Gattaz, pour illustrer cette posture morale vis-\u00e0-vis des ch\u00f4meurs, aime rappeler son adage mille fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;Tout salaire m\u00e9rite travail&nbsp;\u00bb (cf. figure 2. ci-dessous).<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Figure 2&nbsp;: Une devise d\u2019Yvon Gattaz illustr\u00e9e (\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;167).<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"215\" height=\"300\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/gattaz6-215x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-452\" srcset=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/gattaz6-215x300.jpg 215w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/gattaz6.jpg 693w\" sizes=\"auto, (max-width: 215px) 100vw, 215px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si ce n\u2019est peut-\u00eatre pas son intention, ce slogan r\u00e9sume assez bien la philosophie qui anime Yvon Gattaz et permet de bien caract\u00e9riser le prix de l\u2019emploi \u00e0 tout prix. Il s\u2019agit non seulement d\u2019\u00e9viter de verser du salaire \u00e0 des ch\u00f4meurs consid\u00e9r\u00e9s comme oisifs mais plus g\u00e9n\u00e9ralement de r\u00e9duire la sph\u00e8re de reconnaissance du salaire au seul travail concret. Toute forme socialis\u00e9e ou institutionnalis\u00e9e de salaire est \u00e0 condamner&nbsp;: l\u2019ensemble du financement de la protection sociale par de la cotisation et toute forme de \u00ab&nbsp;salaire indirect&nbsp;\u00bb d\u2019une part, l\u2019ensemble des normes qui encadrent le salaire et en font un objet politique collectif, d\u2019autre part. Il s\u2019agit en d\u2019autres termes de d\u00e9tricoter ce que Bernard Friot d\u00e9signe comme le \u00ab&nbsp;salaire socialis\u00e9&nbsp;\u00bb mais aussi l\u2019emploi comme institution au sens que lui donne Claude Didry lorsqu\u2019il fait l\u2019histoire de l\u2019emploi comme support de droit, de normes qui permettent pr\u00e9cis\u00e9ment de s\u2019abstraire du seul travail concret<a href=\"#_ftn15\"><em><strong>[15]<\/strong><\/em><\/a>. Le prix de l\u2019emploi \u00e0 tout prix c\u2019est bien d\u2019abord le sacrifice de l\u2019emploi con\u00e7u comme institution norm\u00e9e et socialis\u00e9e (le droit du travail, les conventions collectives de branche, le salaire \u00ab&nbsp;indirect&nbsp;\u00bb, etc.) au profit d\u2019une simple relation de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9.<\/p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019emploi au c\u0153ur d\u2019une sociodic\u00e9e patronale&nbsp;: valeurs et harmonie sociale<\/h1>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">On a pr\u00e9c\u00e9demment soulign\u00e9 la strat\u00e9gie de promotion d\u2019id\u00e9es qui accompagne le chantage patronal. Il convient aussi d\u2019en prendre la mesure proprement morale. La bataille patronale pour l\u2019emploi vise \u00e0 imposer des id\u00e9es mais aussi et peut-\u00eatre surtout des valeurs. Il s\u2019agit de promouvoir l\u2019emploi comme bien commun au sein de l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 et, ce faisant, de l\u00e9gitimer tous les moyens \u2013 la plupart du temps de l\u2019ordre de la saign\u00e9e pour les salari\u00e9s \u2013 pour y parvenir. C\u2019est enfin une proposition de communion derri\u00e8re ce bien commun qui rassemble toute la Nation au-del\u00e0 de tous les clivages sociaux, politiques, religieux, ethniques\u2026 mais surtout au-del\u00e0 de tout antagonisme de classe entre salariat et patronat.<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3.1&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La dimension morale de l\u2019emploi<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation manich\u00e9enne d\u2019un emploi-paradis et d\u2019un ch\u00f4mage d\u00e9shumanisant \u2013 quoi qu\u2019elle soit parfaitement fonctionnelle aux int\u00e9r\u00eats de classe du patronat \u2013 ne saurait \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un simple opportunisme instrumental.&nbsp; Elle t\u00e9moigne d\u2019une repr\u00e9sentation morale du monde plus fondamentale et correspond \u00e0 l\u2019expression d\u2019une rationalit\u00e9 plus axiologique. En t\u00e9moigne un passage \u00e9tonnant mais tr\u00e8s significatif de<em> \u00c9conomiquement v\u00f4tre<\/em>&nbsp;(2018) dans lequel Yvon Gattaz \u00e9voque les proph\u00e9ties de fin de l\u2019emploi qui se multiplient depuis quelques ann\u00e9es.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>&nbsp;\u00ab&nbsp;Pour tenter de convaincre ceux qui refusent la priorit\u00e9 absolue \u00e0 l\u2019emploi, essayons de leur montrer ce qu\u2019il adviendrait si les automatisations, m\u00e9canisations, robotisations, \u00e9lectronisations, num\u00e9risations, intelligences artificielles et objets connect\u00e9s s\u2019emparaient totalement du march\u00e9.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Cette exp\u00e9rience de pens\u00e9e d\u2019une \u00e9conomie sans emploi est l\u2019occasion d\u2019un d\u00e9rapage non contr\u00f4l\u00e9 de son raisonnement qui <em>in fine<\/em> va aboutir au recours \u00e0 un pur argument d\u2019autorit\u00e9.&nbsp; Loin de discuter le caract\u00e8re improbable \u00e9conomiquement d\u2019une telle perspective, c\u2019est une r\u00e9action profond\u00e9ment morale et politique qui justifie en effet son rejet d\u2019une telle hypoth\u00e8se. La perspective d\u2019un monde productif enti\u00e8rement automatis\u00e9 ne suscite pas chez lui d\u2019effroi proprement \u00e9conomique dans la mesure o\u00f9 chacun pourrait vivre de ce que produisent les machines.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Les emplois disparaitraient, sauf quelques-uns tr\u00e8s \u00e9volu\u00e9s. Les hommes seraient condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019inaction et seraient nourris par leur robot pensants.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Mais ce qui constitue un paradis pour certains<a href=\"#_ftn16\">[16]<\/a> (retrouvant le rapport grec \u00e0 l\u2019activit\u00e9 mais cette fois-ci en pratiquant un esclavage non sur des humains mais sur des machines), suscite chez Yvon Gattaz un effroi moral absolu&nbsp;:<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Des peuples entiers sans emploi demanderaient alors de nouveaux ministres du Temps libre. Le malheur s\u2019abattrait sur l\u2019humanit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/em> (\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.160)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">La seule r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019intitul\u00e9 de ce minist\u00e8re des gouvernements Mauroy de 1981 \u00e0 1984 suffit ainsi \u00e0 susciter chez lui, sans autre d\u00e9tour de raisonnement, la crainte d\u2019un ch\u00e2timent divin. Cet \u00e9trange t\u00eate-\u00e0-queue eschatologique peut sembler relever de la boutade ou de l\u2019autod\u00e9rision. Il en dit long cependant sur sa repr\u00e9sentation de l\u2019emploi comme imp\u00e9ratif moral davantage que comme un imp\u00e9ratif \u00e9conomique. Ce primat moral de l\u2019emploi n\u2019est d\u2019ailleurs pas sans faire \u00e9cho sur l\u2019insistance des Gattaz sur les effets d\u00e9shumanisant et socialisant de l\u2019oisivet\u00e9 et du ch\u00f4mage. Dans une exp\u00e9rience de pens\u00e9e comme celle de l\u2019inutilit\u00e9 absolue de l\u2019emploi d\u2019un point de vue \u00e9conomique (les machines assurant \u00e0 tous la satisfaction de leurs besoins et davantage encore) il faudrait encore trouver le moyen d\u2019employer les hommes du futur pour les valeurs morales que cela repr\u00e9sente.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Il faudra chercher comment employer (les) populations dans l\u2019avenir. Cette recherche difficile sera en tout cas bien meilleure que la solution du \u00ab&nbsp;revenu pour tous&nbsp;\u00bb, qui peut assurer la survie certes mais n\u2019incitera personne au travail, aux initiatives et aux responsabilit\u00e9s, vertus que nous attendons des jeunes de demain&nbsp;\u00bb.<\/em> (\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, pp.&nbsp;160-161)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Peu importe au fond de mesurer la part de sinc\u00e9rit\u00e9 et d\u2019arri\u00e8re-pens\u00e9e dans cette v\u00e9n\u00e9ration absolue de la valeur emploi. Le caract\u00e8re de n\u00e9cessit\u00e9 anthropologique et morale de l\u2019emploi ne fait qu\u2019alimenter, dans cette rh\u00e9torique, la fuite en avant dans les moyens \u00e0 employer et l\u2019absolue n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas consid\u00e9rer d\u2019autre crit\u00e8re ou d\u2019autre valeur que l\u2019emploi.<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3.2&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour une communion autour de l\u2019emploi&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019emploi&nbsp;; l\u2019emploi, l\u2019emploi&nbsp;\u00bb comme devise nationale<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Trente ans apr\u00e8s la tribune du Monde Yvon Gattaz propose, dans une surench\u00e8re dont il a le secret, le remplacement de la devise nationale en substituant \u00ab&nbsp;L\u2019emploi, l\u2019emploi, l\u2019emploi&nbsp;\u00bb \u00e0 \u00ab&nbsp;Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\">[17]<\/a>.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Cette devise nationale a magnifiquement servi depuis 172 ans. (\u2026) En r\u00e9alit\u00e9 ces trois \u00e9minents facteurs, grandioses en 1848 encore en r\u00e9volution, sont aujourd\u2019hui bien moins imp\u00e9ratifs (\u2026) Est-ce qu\u2019un Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique n\u2019acquerrait pas une dimension exceptionnelle et historique en proposant une nouvelle devise nationale qui deviendrait, de ce fait, un imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em> (L\u2019emploi\u2026, 2020, p.&nbsp;60)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">On ne sait jamais trop avec les Gattaz, p\u00e8re ou fils, o\u00f9 s\u2019arr\u00eatent le s\u00e9rieux et la provocation. Mais le message a le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre clair. L\u2019emploi n\u2019est pas seulement une priorit\u00e9. C\u2019est un imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique mais aussi un imp\u00e9ratif universel&nbsp;: toute la Nation, au-del\u00e0 de ses clivages et de ses diff\u00e9rences, devrait le faire sien.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Avec la cause de l\u2019emploi, le patronat articule ainsi avec bonheur un int\u00e9r\u00eat particulier, qu\u2019on peut d\u00e9signer comme un int\u00e9r\u00eat de classe, avec un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment la cause de l\u2019emploi est, pour le patronat, la formule magique qui lui permet dans le m\u00eame temps de se poser en h\u00e9raut d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 du seul bien commun envisageable tout en d\u00e9fendant ses int\u00e9r\u00eats de classe les plus directs.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Mais cette articulation \u2013 heureuse pour le patronat \u2013 n\u2019a rien de fortuit ni de naturel. Du moins Yvon Gattaz y voit davantage le r\u00e9sultat d\u2019un travail politique et id\u00e9ologique men\u00e9 en toute conscience.<\/p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"209\" height=\"138\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/gattaz8.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-456\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Dans son \u00ab&nbsp;petit livre jaune&nbsp;\u00bb, le Medef insiste sur le fait que la cause de l\u2019emploi se doit absolument d\u2019\u00eatre universelle. On observera que le pin\u2019s \u00ab&nbsp;1 million d\u2019emplois&nbsp;\u00bb ne porte pas le sigle du Medef. Ce n\u2019est pas le fruit du hasard mais l\u2019effet d\u2019un choix explicitement assum\u00e9.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Ce pin\u2019s devrait \u00eatre port\u00e9 par tous les acteurs, syndicalistes, \u00e9lus, citoyens qui partagent l\u2019ambition de lutter r\u00e9ellement contre le ch\u00f4mage&nbsp;\u00bb. <\/em>(1 million d\u2019emplois\u2026 C\u2019est possible, 2014, 4<sup>e<\/sup> de couverture)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Quoique cela puisse para\u00eetre curieux ou provocateur, ce pin\u2019s avait vocation, pour le Medef, \u00e0 \u00eatre port\u00e9 par tous et toutes, repr\u00e9sentants des salari\u00e9s et \u00e9lus au premier chef.<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3.3&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Substituer une lutte des classes \u00e0 une autre<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enjeu de la cause de l\u2019emploi pour le patronat d\u00e9passe celui d\u2019une pr\u00e9sentation rh\u00e9torique habile de ses revendications et de ses int\u00e9r\u00eats particuliers. Il ne s\u2019agit pas seulement, avec la cause de l\u2019emploi, de construire un paravent aux atours universels pour ce qui se r\u00e9duirait \u00e0 une cause de classe. L\u2019emploi constitue, plus fondamentalement, le pilier d\u2019un vrai \u00ab&nbsp;projet de soci\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb. La cause de l\u2019emploi est l\u2019instrument d\u2019une ambition d\u2019harmonie et de communion sociales. La cause de l\u2019emploi est finalement l\u2019instrument du d\u00e9passement de la lutte des classes.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Le respect de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, aujourd\u2019hui appel\u00e9 plut\u00f4t le bien commun, n\u2019appara\u00eet pas comme une obligation premi\u00e8re de l\u2019entreprise. Et pourtant, il est essentiel pour cette r\u00e9putation m\u00eame de l\u2019entreprise aupr\u00e8s de nos concitoyens. Pendant des d\u00e9cennies, celle-ci a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme le \u00ab&nbsp;champ clos de la lutte des classes&nbsp;\u00bb (\u2026) Dans les ann\u00e9es 1982-1986, nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 la r\u00e9habiliter au moment pr\u00e9cis o\u00f9 elle \u00e9tait la plus meurtrie par des mesures et des pr\u00e9l\u00e8vements inqui\u00e9tants, et c\u2019est \u00e0 ce moment pr\u00e9cis qu\u2019elle fut enfin reconnue cr\u00e9atrice de richesses et d\u2019emplois, fonction d\u2019une exceptionnelle noblesse sociale&nbsp;\u00bb.<\/em> (L\u2019emploi\u2026, 2020, pp.&nbsp;94-95)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">La tentative d\u2019Yvon Gattaz, en acad\u00e9micien, de faire l\u2019\u00e9tymologie du mot \u00ab&nbsp;emploi&nbsp;\u00bb illustre bien cet enjeu de d\u00e9passement du clivage salarial.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;L\u2019origine du mot \u00ab&nbsp;emploi&nbsp;\u00bb est le latin implicare qui signifie impliquer.&nbsp;\u00bb <\/em>(\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.145)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Cette \u00e9tymologie est douteuse. \u00ab&nbsp;Implicare&nbsp;\u00bb ne signifie pas \u00ab&nbsp;impliquer&nbsp;\u00bb, il conviendrait plut\u00f4t d\u2019y voir une racine commune \u00e0 \u00ab&nbsp;emploi&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;impliquer&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>. Mais peu importe la v\u00e9racit\u00e9 de l\u2019\u00e9tymologie. Le plus important reste qu\u2019Yvon Gattaz insiste sur la proximit\u00e9 de sens entre \u00ab&nbsp;emploi&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;implication&nbsp;\u00bb. L\u2019emploi c\u2019est pour lui l\u2019implication du salari\u00e9 dans l\u2019entreprise, le fait qu\u2019il se plie \u00e0 ses exigences productives, le fait qu\u2019il love ses propres int\u00e9r\u00eats dans ceux de l\u2019entreprise. En un mot, l\u2019emploi est fonctionnel chez Yvon Gattaz d\u2019une repr\u00e9sentation essentiellement paternaliste du capitalisme. Dans ce lib\u00e9ralisme teint\u00e9 d\u2019humanisme paternaliste, l\u2019hypoth\u00e8se toujours en suspens de la perte d\u2019emploi constitue pour le salari\u00e9 un motif d\u2019implication essentiel. Non seulement, le salari\u00e9 s\u2019implique pour ne pas perdre son emploi, mais il s\u2019implique aussi parce qu\u2019il ne veut pas que son emploi disparaisse. Il ne veut pas mourir socialement de la mort \u00e9conomique de son entreprise et de son employeur dont il doit souhaiter avant tout la prosp\u00e9rit\u00e9. Il y est int\u00e9ress\u00e9 parce qu\u2019il est employ\u00e9 mais aussi parce qu\u2019il pourrait ne plus l\u2019\u00eatre. Au clivage salarial, la cause de l\u2019emploi permet de substituer un autre clivage qui a le m\u00e9rite de ne plus opposer les acteurs de l\u2019entreprise mais l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019entreprise.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Qu&rsquo;on y prenne garde : si une explosion sociale devait se produire un jour en France, elle viendrait non plus de salari\u00e9s plus ou moins satisfaits de leur travail ou de leur salaire, mais de jeunes ch\u00f4meurs d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s \u00e0 qui la soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;aurait pas su trouver d&rsquo;autres perspectives que le triste m\u00e9tier de ch\u00f4meur&nbsp;\u00bb.<\/em> (Le Monde, 1986)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Dans un avenir proche, la v\u00e9ritable in\u00e9galit\u00e9 sera l\u2019emploi. La division finale explosera entre deux groupes, ceux auront un emploi et ceux qui n\u2019en auront pas, avec le risque d\u2019une r\u00e9volte des seconds contre les premiers. Un jour ou l\u2019autre, l\u2019emploi et le d\u00e9semploi partageront le monde&nbsp;\u00bb. <\/em>(\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;161-162)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Ce triple coup de canon \u00ab&nbsp;l\u2019emploi, l\u2019emploi, l\u2019emploi&nbsp;\u00bb pourra se transformer \u00e0 termes en trois bombes non d\u00e9samorc\u00e9es. Ce serait alors la r\u00e9volution des sans-emploi, des laiss\u00e9s pour compte, ceux que certains pensent encore totalement anesth\u00e9si\u00e9s par une indemnit\u00e9 de survie, ceux qui n\u2019ont aucun espoir de s\u2019en sortir et qui r\u00e9agiront par la violence. In\u00e9vitable&nbsp;! \u00bb.&nbsp;<\/em>(L\u2019emploi\u2026, 2020, p.&nbsp;52).<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Ainsi l\u2019emploi permet \u00e0 Yvon Gattaz, qui mobilise ainsi \u00e0 nouveau frais la th\u00e9orie de l\u2019arm\u00e9e de r\u00e9serve, de substituer \u00e0 la lutte des classes, \u00e0 l\u2019opposition salari\u00e9\/patron, un autre clivage structurant, l\u2019emploi et le d\u00e9semploi (souvent redoubl\u00e9 de l\u2019opposition int\u00e9gr\u00e9s- exclus).<\/p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3.4&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La promotion d\u2019un rapport religieux \u00e0 l\u2019emploi<\/h2>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">La revendication d\u2019Yvon Gattaz de faire de \u00ab&nbsp;l\u2019emploi, l\u2019emploi, l\u2019emploi&nbsp;\u00bb la devise nationale \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un mot d\u2019ordre \u00e0 la fois imp\u00e9ratif et universel \u2013 m\u00e9rite, malgr\u00e9 son allure de fanfaronnade, d\u2019\u00eatre prise au s\u00e9rieux&nbsp;: il y a une dimension religieuse et un pros\u00e9lytisme assum\u00e9 dans sa d\u00e9marche. Yvon Gattaz n\u2019est jamais loin de se consid\u00e9rer comme le proph\u00e8te de l\u2019emploi comme religion d\u2019\u00c9tat. Il manie d\u2019ailleurs un vocabulaire religieux et \u00e9voque emploi \u00ab&nbsp;mythique&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;divin&nbsp;\u00bb sans aucune retenue.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le plus \u00e9tonnant peut-\u00eatre est le succ\u00e8s de cette entreprise d\u2019h\u00e9g\u00e9monie culturelle, pour reprendre le concept classique d\u2019Antonio Gramsci<a href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>. Yvon Gattaz se f\u00e9licite ainsi que son pros\u00e9lytisme pour l\u2019emploi et pour l\u2019emploi \u00e0 tout prix ait fini par provoquer des conversions y compris chez ceux auxquels le clivage salarial a donn\u00e9 une raison d\u2019\u00eatre.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Ce qui est certain, et je crois que les syndicats eux-m\u00eames l\u2019ont bien compris, c\u2019est que le vrai progr\u00e8s social, c\u2019est l\u2019emploi. Il m\u00e9rite la coalition de tous les fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em> (Les patrons reviennent, 1988, p.&nbsp;134)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;L\u2019emploi est donc enfin un th\u00e8me qui fait enfin l\u2019unanimit\u00e9 politique, ethnique, religieuse, sociale et \u00e9conomique, comme dans le pass\u00e9, la libert\u00e9 et le bonheur, si souvent d\u00e9voy\u00e9s, il est vrai.&nbsp;\u00bb.<\/em> (\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;149)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;R\u00e9jouissons-nous que les initiatives pour l\u2019emploi se multiplient en France. Subrepticement, notre \u00ab&nbsp;emploi prioritaire&nbsp;\u00bb s\u2019impose peu \u00e0 peu et sa recherche devient un noble objectif national. Enfin&nbsp;! Et le r\u00eave du \u00ab&nbsp;plein emploi&nbsp;\u00bb hante peu \u00e0 peu nos nuits (\u2026). C\u2019est la ru\u00e9e mythique si longtemps esp\u00e9r\u00e9e&nbsp;\u00bb <\/em>(L\u2019emploi\u2026, 2020, pp.&nbsp;105-106)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Sur la victoire id\u00e9ologique de l\u2019emploi \u00e0 tout prix, et m\u00eame si la question de l\u2019influence r\u00e9elle des Gattaz et plus largement du patronat est difficile \u00e0 mesurer, il est bien difficile de lui donner tort<a href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>. Ainsi se f\u00e9licite-il, dans <em>\u00c9conomiquement v\u00f4tre<\/em> qu\u2019il soit devenu, en 2018, selon un sondage de BVA, de loin la premi\u00e8re des pr\u00e9occupations des fran\u00e7ais.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;En r\u00e9alit\u00e9 l\u2019emploi n\u2019est pas une aurore bor\u00e9ale qui illumine le ciel sans intervention humaine. C\u2019est au contraire le r\u00e9sultat d\u2019une volont\u00e9 clairement exprim\u00e9e et r\u00e9alis\u00e9e.&nbsp;\u00bb <\/em>(\u00c9conomiquement v\u00f4tre, 2018, p.&nbsp;145)<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Le commentaire certes sibyllin (parle-t-il de la cr\u00e9ation de l\u2019emploi&nbsp;? de l\u2019emploi comme pr\u00e9occupation des fran\u00e7ais&nbsp;?) peut se comprendre comme une revendication de paternit\u00e9.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Au final, il convient de prendre au s\u00e9rieux la proposition d\u2019Yvon Gattaz de faire de \u00ab&nbsp;l\u2019Emploi, l\u2019emploi, l\u2019emploi&nbsp;\u00bb une devise nationale car il s\u2019agit bien de faire de l\u2019emploi le support d\u2019une strat\u00e9gie de sociodic\u00e9e patronale. Une sociodic\u00e9e qui est la condition d\u2019efficacit\u00e9 du chantage \u00e0 l\u2019emploi.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">L\u2019emploi fait l\u2019objet d\u2019un chantage d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 plusieurs \u00e9chelles \u00e0 destination de diff\u00e9rents acteurs (les salari\u00e9s dans l\u2019entreprise, les salari\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral, les ch\u00f4meurs, les jeunes en formation, les collectivit\u00e9s locales, le gouvernement\u2026). Dans chacun de ces rapports de force (qui sont articul\u00e9s les uns aux autres), le spectre du ch\u00f4mage et la promesse d\u2019emploi constituent les ressources patronales par excellence. C\u2019est le levier qui lui permet de faire avancer ses revendications&nbsp;: baisse du co\u00fbt du travail, flexibilit\u00e9, employabilit\u00e9, incitation \u00e0 l\u2019emploi.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Une partie de cet agenda, on le voit, concerne des int\u00e9r\u00eats patronaux directs (la baisse du co\u00fbt du travail par exemple) mais une grande partie des revendications patronales sont \u00e0 consid\u00e9rer comme un investissement indirect&nbsp;: le chantage \u00e0 l\u2019emploi y a pour fonction de satisfaire des revendications visant \u00e0 parfaire les conditions dans lesquelles peut s\u2019op\u00e9rer le chantage \u00e0 l\u2019emploi (promouvoir un dialogue social personnalis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019entreprise, r\u00e9duire les droits de ch\u00f4meurs afin de les inciter \u00e0 l\u2019emploi\u2026). Autrement dit, il ne s\u2019agit pas directement de satisfaire des int\u00e9r\u00eats directs mais de construire les conditions de f\u00e9licit\u00e9 du chantage \u00e0 l\u2019emploi en fa\u00e7onnant le champ de bataille avant de mener la bataille. Il s\u2019agit de parfaire une situation de captivit\u00e9 de la partie salari\u00e9e en rendant le besoin d\u2019emploi le plus vital possible tout en construisant les conditions d\u2019un monopole patronal sur l\u2019emploi. Cette mise en abime du chantage \u00e0 l\u2019emploi &#8211; le chantage \u00e0 l\u2019emploi \u00e9tant mobilis\u00e9 pour parfaire le chantage \u00e0 l\u2019emploi &#8211; n\u2019a rien d\u2019anecdotique&nbsp;: elle montre que cette arme patronale du chantage \u00e0 l\u2019emploi n\u2019est pas une donn\u00e9e intangible constitutive d\u2019un syst\u00e8me mais qu\u2019elle est, au moins pour partie, une construction, le r\u00e9sultat d\u2019un travail patronal de longue haleine visant \u00e0 b\u00e2tir les conditions dans lesquelles ce rapport d\u2019intimidation sociale peut s\u2019exprimer avec le plus d\u2019efficacit\u00e9 possible.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Un des \u00e9l\u00e9ments les plus frappant \u00e0 la lecture d\u2019Yvon Gattaz est que cette \u00ab&nbsp;construction&nbsp;\u00bb n\u2019est pas que mat\u00e9rielle mais aussi symbolique ou id\u00e9elle. Il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019investissement dans des dispositifs qui contraignent mat\u00e9riellement et objectivement les salari\u00e9s \u00e0 accepter les conditions patronales. Il s\u2019agit aussi d\u2019un investissement \u00ab&nbsp;symbolique&nbsp;\u00bb, d\u2019un travail visant \u00e0 promouvoir (ou entretenir) des id\u00e9es et des croyances, mais aussi des valeurs et plus g\u00e9n\u00e9ralement une repr\u00e9sentation du monde social qui sont toutes fonctionnelles aux int\u00e9r\u00eats du patronat.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit \u00e0 un premier niveau d\u2019une strat\u00e9gie qu\u2019on pourrait assimiler \u00e0 la strat\u00e9gie d\u2019h\u00e9g\u00e9monie culturelle telle que la con\u00e7oit Antonio Gramsci, \u00e0 savoir le fait de promouvoir au sein du salariat (et de la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral) une s\u00e9rie de croyances qui confortent la position patronale dans le rapport de force salarial. Ces id\u00e9es sont martel\u00e9es&nbsp;: le ch\u00f4mage est la cause de tous les maux sociaux&nbsp;; la cr\u00e9ation d\u2019emploi est la solution au ch\u00f4mage&nbsp;; les employeurs ont seuls les clefs de l\u2019emploi. Ces valeurs sont promues&nbsp;: l\u2019emploi est une question morale avant d\u2019\u00eatre une question \u00e9conomique. Avoir un emploi c\u2019est une question de dignit\u00e9 sociale, une raison d\u2019\u00eatre etc. M\u00eame dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un monde sans besoin \u00e9conomique d\u2019emploi, on aurait ainsi encore besoin d\u2019emploi et d\u2019employeurs.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">Mais s\u2019il est int\u00e9ressant de qualifier cette ambition de sociodic\u00e9e c\u2019est aussi, \u00e0 un deuxi\u00e8me niveau, parce qu\u2019il s\u2019agit, au-del\u00e0 de croyances ponctuelles sur des sujets ponctuels de promouvoir une repr\u00e9sentation globale de la soci\u00e9t\u00e9. En l\u2019occurrence il s\u2019agit, avec le chantage \u00e0 l\u2019emploi, de substituer une lutte de classes \u00e0 une autre lutte des classes&nbsp;: \u00e0 l\u2019antagonisme salari\u00e9s \u2013 employeurs il s\u2019agit de substituer un antagonisme des inclus (dans l\u2019emploi) et des exclus. Dans ce premier groupe des inclus, il y a certes des fractions de classes d\u00e9pendant les unes des autres, les employeurs \u00e9tant les locomotives et les bienfaiteurs de ceux qui ne peuvent faire autrement que d\u2019\u00eatre des salari\u00e9s. Mais ces deux fractions partagent un int\u00e9r\u00eat de classe commun&nbsp;: la d\u00e9fense de l\u2019emploi, des ressources \u00e9conomiques et de l\u2019harmonie sociale qu\u2019il garantit.<\/p><\/p>\n\n\n\n<p><p style=\"text-align: justify;\">A un troisi\u00e8me niveau, cette lecture patronale peut \u00eatre comprise comme une sociodic\u00e9e dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit \u2013 \u00e0 l\u2019instar des th\u00e9odic\u00e9es qui inspire ce n\u00e9ologisme \u2013 de consid\u00e9rer ou de pr\u00e9senter le n\u00e9gatif comme un signe ou une condition du positif. <em>Les Essais de Th\u00e9odic\u00e9e<\/em> de Leibniz visaient \u00e0 montrer que le mal \u00e9tait le signe du Bien et la preuve de l\u2019existence de Dieu. On se souvient de la fa\u00e7on dont Voltaire se moque de cette th\u00e9odic\u00e9e dans son <em>Candide<\/em>&nbsp;: les malheurs qui s\u2019abattent sur lui ou sur l\u2019humanit\u00e9 \u2013 le vol de tous ses biens, le s\u00e9isme de Lisbonne, l\u2019Inquisition et ses autodaf\u00e9s, l\u2019esclavage au Surinam, \u2026\u2013 sont th\u00e9oris\u00e9s par le ma\u00eetre Pangloss comme le signe que \u00ab&nbsp;tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes&nbsp;\u00bb, que le malheur \u00e0 une cause n\u00e9cessaire et que cette cause n\u00e9cessaire trouve son origine dans la bont\u00e9 et la justice de Dieu. \u00ab Les malheurs particuliers font le bien g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;\u00bb . Ce sont des sch\u00e8mes de pens\u00e9e similaires qui structurent la sociodic\u00e9e patronale&nbsp;: l\u2019emploi (ainsi que le bonheur et l\u2019harmonie sociale) doivent naitre de la baisse des salaires, de la suppression du SMIC, du transfert de 100 milliards d\u2019euros de CICE des caisses publiques \u00e0 celle des entreprises, de la flexibilisation du travail, de l\u2019ad\u00e9quation des projets de la jeunesse aux besoins des entreprises, de la mise en cause du droit \u00e0 l\u2019indemnisation du ch\u00f4mage\u2026 Tous ces maux \u2013 puisque c\u2019en sont pour les salari\u00e9s \u2013 sont justifi\u00e9s par un Bien sup\u00e9rieur&nbsp;: l\u2019emploi. Reste, en dernier ressort, \u00e0 croire et \u00e0 faire croire en cette sup\u00e9riorit\u00e9 absolue, inconditionnelle, universelle et exclusive de l\u2019emploi con\u00e7u comme valeur supr\u00eame. C\u2019est la dimension proprement religieuse de cette sociodic\u00e9e patronale.&nbsp;<\/p><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> \u00ab&nbsp;Medef : Pierre Gattaz propose de cr\u00e9er 1 million d&#8217;emplois sur cinq ans&nbsp;\u00bb, <em>Les \u00c9chos<\/em>, 10 octobre, 2013.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Medef, <em>Un million d\u2019emplois&#8230; C\u2019est possible<\/em>, <em>Les propositions du Medef<\/em>, Septembre 2014, https:\/\/www.medef.com\/fr\/content\/1-million-demplois-cest-possible<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Comme, par exemple, lors de ses v\u0153ux pour 2013 : \u00ab Toutes nos forces seront tendues vers un seul but : inverser la courbe du ch\u00f4mage d\u2019ici un an. Nous devrons y parvenir co\u00fbte que co\u00fbte. (\u2026) le cap est fix\u00e9 : tout pour l\u2019emploi, la comp\u00e9titivit\u00e9 et la croissance. Ce cap sera tenu. Contre vents et mar\u00e9es. Je n\u2019en d\u00e9vierai pas. Non par obstination, mais par conviction. C\u2019est l\u2019int\u00e9r\u00eat de la France. \u00bb <em>Allocution de Fran\u00e7ois Hollande, Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique <\/em>(31 d\u00e9cembre 2012).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Adrien S\u00e9n\u00e9cat, \u00ab&nbsp;Les mirages de Pierre Gattaz sur l\u2019op\u00e9ration \u00ab Un million d\u2019emplois \u00bb&nbsp;\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 26 avril 2018. https:\/\/www.lemonde.fr\/les-decodeurs\/article\/2018\/04\/26\/les-mirages-de-pierre-gattaz-sur-l-operation-un-million-d-emplois_5291147_4355770.html<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Et peu importe si le pin\u2019s, command\u00e9 en plusieurs milliers d\u2019exemplaires par l\u2019organisation patronale, a \u00e9t\u00e9 confectionn\u00e9 dans une usine en R\u00e9publique tch\u00e8que comme le r\u00e9v\u00e8le le <em>Canard Enchain\u00e9<\/em> quelques jours plus tard (\u00ab&nbsp;Un pin\u2019s dur \u00e0 avaler&nbsp;\u00bb, <em>Le Canard Encha\u00een\u00e9, <\/em>n\u00b04899, 17 septembre 2014). Il s\u2019agit en soi d\u2019une d\u00e9monstration des obstacles et des difficult\u00e9s, pour les entreprises fran\u00e7aises \u00e0 produire et \u00e0 employer en France.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Il est possible que la source d\u2019inspiration initiale soit une sc\u00e8ne fameuse du film de Claude Zidi, \u00ab&nbsp;La zizanie&nbsp;\u00bb sorti en 1978, dans lequel Louis de Fun\u00e8s, alias \u00ab&nbsp;Guillaume Daubray-Lacaze&nbsp;\u00bb, un industriel de province, se pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019\u00e9lection municipale avec pour unique programme \u00ab&nbsp;en trois points&nbsp;: premi\u00e8rement le plein-emploi, deuxi\u00e8mement le plein-emploi, troisi\u00e8mement le plein-emploi&nbsp;\u00bb. Mais l\u2019origine de l\u2019expression nous importe moins que les raisons de sa centralit\u00e9 affirm\u00e9e et r\u00e9affirm\u00e9e et ses usages. Ce qui est frappant \u00e0 la lecture de l\u2019article de 1986, des trois livres d\u2019Yvon Gattaz et du \u00ab&nbsp;petit livre jaune&nbsp;\u00bb du Medef, c\u2019est l\u2019invariance du slogan mais aussi l\u2019omnipr\u00e9sence de la mobilisation de la cause de l\u2019emploi comme justification ultime d\u2019une s\u00e9rie de raisonnements, de revendications et de strat\u00e9gies sur des enjeux variables et parfois plus ou moins conjoncturels.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Bourdieu P., \u00ab&nbsp;Strat\u00e9gies de reproduction et modes de domination&nbsp;\u00bb. <em>Actes de la recherche en sciences sociales<\/em>. Vol. 105, d\u00e9cembre 1994, pp. 3-12.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Medef, <em>op. cit.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Gattaz Y., <em>Les patrons reviennent<\/em>, Robert Laffont, 1988. Gattaz Y., <em>\u00c9conomiquement V\u00f4tr<\/em>e, \u00c9ditions du Cherche Midi, 2018. Gattaz Y.,<em> L\u2019emploi, l\u2019emploi, l\u2019emploi. L\u2019indispensable r\u00e9volution, <\/em>\u00c9ditions Jacques-Marie Laffont, 2020. Notons toutefois que le dernier opus est constitu\u00e9 pour un tiers d\u2019auto citation, pour un tiers d\u2019auto plagiat et pour un dernier tiers d\u2019\u00e9l\u00e9ments apparemment originaux.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Pour illustrer ce \u00ab&nbsp;style Gattaz&nbsp;\u00bb on peut citer un passage d\u2019<em>\u00c9conomiquement v\u00f4tre<\/em>, parmi beaucoup d\u2019autres possibles, dans lequel Yvon Gattaz parle de Jack Ralite, ministre des affaires sociales lorsqu\u2019il \u00e9tait lui-m\u00eame pr\u00e9sident du CNPF, et qui avait ironis\u00e9 dans un article de l\u2019<em>Humanit\u00e9<\/em> sur sa proposition d\u2019emplois nouveaux \u00e0 contraintes all\u00e9g\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;Jack Ralite a eu, je le reconnais, le m\u00e9rite d\u2019introduire l\u2019humour chez les communistes qui y \u00e9taient peu pr\u00e9par\u00e9s. Or on sait que l\u2019humour vient aux communistes comme l\u2019esprit vient aux filles&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;132).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Jahoda, M., Lazarsfeld, P., Zeisel, H., <em>Marienthal&nbsp;: the sociography of an unemployed community<\/em>, Routledge, 1971. Linhart D., Rist B., Durand E., <em>Perte d\u2019emploi, perte de soi<\/em>, \u00c9d. \u00c9r\u00e8s, 2002. Selon cette th\u00e9orie sociologique \u2013 n\u00e9e de la premi\u00e8re enqu\u00eate sociologique men\u00e9e dans les ann\u00e9es 1930 dans le village autrichien de Marienthal par Jahoda, Lazarsfeld et Zeisel \u2013 il convient de distinguer les fonctions manifestes et latentes de l\u2019emploi. La fonction manifeste de l\u2019emploi renvoie d\u2019abord \u00e0 la rationalit\u00e9 \u00e9conomique de l\u2019entreprise qui produit des biens et en tire un profit. Elle renvoie aussi \u00e0 la rationalit\u00e9 \u00e9conomique du travailleur qui souhaite vivre de son travail. Mais Jahoda insiste sur les fonctions latentes de l\u2019emploi : une structuration des temps, un lien social, une identit\u00e9 et un statut social\u2026 La sociologie, et apr\u00e8s elle, de nombreux acteurs sociaux \u2013 \u00e0 l\u2019instar de ceux du secteur de \u00ab&nbsp;l\u2019insertion&nbsp;\u00bb \u2013 con\u00e7oivent l\u2019\u00e9preuve du ch\u00f4mage d\u2019abord par le prisme de cette m\u00e9canique d\u2019exclusion sociale li\u00e9e \u00e0 la mise en cause de ces fonctions latentes de l\u2019emploi.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Lordon F., \u00ab&nbsp;Les entreprises ne cr\u00e9ent pas l\u2019emploi&nbsp;\u00bb, <em>Le Monde diplomatique, <\/em>mars 2014.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> La <em>gig economy<\/em> d\u00e9signe en anglais le secteur du capitalisme de plateformes qui g\u00e9n\u00e8re de nombreux emplois non-salari\u00e9s et mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> B. Bissuel, \u00ab&nbsp;Contr\u00f4le des ch\u00f4meurs : la proposition de Gattaz fait pol\u00e9mique&nbsp;\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 19 octobre 2017.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Didry C., <em>L\u2019institution du travail. Droit et salariat dans l\u2019histoire<\/em>, \u00c9ditions La Dispute, 2016. Friot B., <em>Puissances du salariat<\/em>, nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e, \u00c9ditions La Dispute, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Voir par exemple dans cette perspective&nbsp;: Dunlop T., <em>Why the future is Workless&nbsp;?<\/em>, NewSouth Publishing, 2016.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> Le chapitre 6de <em>\u00c9conomiquement v\u00f4tre<\/em> s\u2019intitule cette fois-ci <em>\u00ab&nbsp;Une nouvelle devise nationale&nbsp;: l\u2019emploi, l\u2019emploi, l\u2019emploi&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> Si l\u2019on s\u2019en fie au TLFi, <em>Implicare<\/em> c\u2019est plut\u00f4t \u00ab plier dans \u00bb d&rsquo;o\u00f9 \u00ab entortiller dans, emm\u00ealer, enlacer \u00bb et \u00ab mettre, placer \u00bb. https:\/\/www.cnrtl.fr\/etymologie\/employer<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a> Gramsci A. <em>Quaderni del carcere<\/em>, \u00e9dition de V.&nbsp; Gerratana, Einaudi, Turin, 1975. Hoare G., Sperber N., \u00ab&nbsp;L&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em> Hoare G (dir.), <em>Introduction \u00e0 Antonio Gramsci. <\/em>Paris, La D\u00e9couverte, \u00ab&nbsp;Rep\u00e8res&nbsp;\u00bb, 2013, p. 93-112.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a> Comme il l\u2019analyse \u00e0 propos de son \u00e9chec \u00e0 imposer un autre mot d\u2019ordre, celui de la flexibilit\u00e9, l\u2019efficacit\u00e9 d\u2019une entreprise d\u2019h\u00e9g\u00e9monie culturelle pour les patrons r\u00e9side parfois pr\u00e9cis\u00e9ment dans le fait de ne pas en \u00eatre identifi\u00e9 comme la source.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Il est dommage que ce mot de flexibilit\u00e9 ait connu une attitude de rejet de la part des syndicats qui consid\u00e9raient que l\u00e0 encore il s\u2019agissait d\u2019un \u00ab Gattazisme \u00bb provocateur (\u2026) Avec un peu de recul on peut se demander pourquoi cette flexibilit\u00e9 a tant heurt\u00e9 les syndicats (\u2026). Peut-\u00eatre (\u2026) a-t-elle \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme une initiative trop \u00ab patronale \u00bb. Peut-\u00eatre aurait-il fallu introduire cette in\u00e9vitable notion de flexibilit\u00e9 de fa\u00e7on plus souple, peut-\u00eatre m\u00eame avec un d\u00e9tour diplomatique par un syndicat qui en serait devenu le d\u00e9couvreur g\u00e9nial \u00bb (Les patrons reviennent, 1988, p. 139)<\/p>\n\n\n\n<p>Le mot d\u2019ordre de l\u2019emploi \u2013 et de l\u2019emploi \u00e0 tout prix \u2013 n\u2019a pas connu on le voit le m\u00eame sort.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par Mathieu Gr\u00e9goire &nbsp; \u00ab&nbsp;Le monde des humains est ainsi fait qu\u2019une majorit\u00e9 d\u2019entre eux pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre guid\u00e9s et qu\u2019ils sont heureux de trouver une locomotive. Les gares de triage du ch\u00f4mage sont remplies de wagons qui attendent le tracteur lib\u00e9rateur.D\u00e9noncer l\u2019emploi salari\u00e9 comme une calamit\u00e9 est une immense erreur. Merci aux employeurs d\u2019employer&nbsp;!&nbsp;\u00bb Yvon &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/2021\/03\/26\/lemploi-une-cause-patronale\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;L\u2019emploi, une cause patronale. \u00c0 propos des Gattaz, du pin\u2019s \u00e0 la sociodic\u00e9e.&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1246,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,5],"tags":[],"class_list":["post-136","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses","category-notes-et-analyses"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/136","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=136"}],"version-history":[{"count":27,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/136\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1278,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/136\/revisions\/1278"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1246"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=136"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=136"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=136"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}