{"id":1359,"date":"2024-06-04T18:20:52","date_gmt":"2024-06-04T16:20:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/?p=1359"},"modified":"2024-06-05T10:08:33","modified_gmt":"2024-06-05T08:08:33","slug":"introduction-du-n1-paru-en-novembre-2022","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/2024\/06\/04\/introduction-du-n1-paru-en-novembre-2022\/","title":{"rendered":"Pourquoi la revue \u00ab\u00a0Salariat\u00a0\u00bb?"},"content":{"rendered":"\n<p>Introduction du n\u00b01 paru en novembre 2022<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Par <a>Nicolas Castel<\/a><a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>, Mathieu Gr\u00e9goire<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, Jean-Pascal Higel\u00e9<a id=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, Maud Simonet<a id=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Le salariat a longtemps eu mauvaise presse. Au milieu des ann\u00e9es 1860, dans un chapitre in\u00e9dit du <em>Capital<\/em>, Karl Marx \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>D\u00e8s que les individus se font face comme des personnes libres, sans salariat pas de production de survaleur, sans production de survaleur pas de production capitaliste, donc pas de capital et pas de capitaliste&nbsp;! Capital et travail salari\u00e9 (c\u2019est ainsi que nous appelons le travail du travailleur qui vend sa propre capacit\u00e9 de travail) n\u2019expriment que les deux facteurs d\u2019un seul et m\u00eame rapport<\/em>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui dit salariat dit capitalisme et inversement. Marx invite ainsi les travailleurs et les travailleuses r\u00e9uni\u00b7es dans la <em>Premi\u00e8re internationale<\/em>, \u00e0 substituer au slogan \u00ab&nbsp;<em>un salaire \u00e9quitable pour une journ\u00e9e de travail \u00e9quitable<\/em>&nbsp;\u00bb, le mot d\u2019ordre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Abolition du salariat&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle et demi plus tard non seulement le salariat n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 aboli, mais il est devenu d\u00e9sirable pour nombre d\u2019individus et d\u2019organisations syndicales. Cela ne fait gu\u00e8re myst\u00e8re&nbsp;: le salariat observ\u00e9 par Marx et ses contemporains n\u2019est plus celui que nous observons aujourd\u2019hui. En tant que rapport social, le salariat a \u00e9t\u00e9 un champ de bataille. Il a donn\u00e9 lieu \u00e0 des strat\u00e9gies d\u2019\u00e9mancipation qui se sont parfois \u2013 souvent&nbsp;! \u2013 traduites en victoires et en conqu\u00eates. Les institutions du salariat que nous connaissons aujourd\u2019hui sont les buttes t\u00e9moins de ces batailles pass\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>La revue<em> Salariat <\/em>nait ainsi d\u2019un questionnement&nbsp;: les sciences sociales ont-elles pris la mesure d\u2019une telle transformation&nbsp;? Certes, l\u2019id\u00e9e d\u2019une bascule dans l\u2019appr\u00e9ciation du salariat \u2013 de condition honnie \u00e0 statut d\u00e9sir\u00e9 \u2013 est un poncif&nbsp;: l\u2019inscription puis le retrait de la revendication \u00ab&nbsp;<em>d\u2019abolition du salariat<\/em>&nbsp;\u00bb dans les statuts de la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du travail sont souvent mobilis\u00e9s comme manifestation de cette id\u00e9e. Mais on peut se demander si la fa\u00e7on dont les sciences sociales con\u00e7oivent le salariat a, parall\u00e8lement, \u00e9volu\u00e9 en prenant toute la mesure de ses transformations historiques qui, pr\u00e9cis\u00e9ment, expliquent ce basculement radical d\u2019appr\u00e9ciation. C\u2019est justement en partant de l\u2019explicitation de ce paradoxe que nous souhaitons introduire le projet intellectuel de la revue<em> Salariat<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi questionner le \u00ab&nbsp;salariat&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le salariat du xix<sup>e<\/sup> si\u00e8cle n\u2019est pas le salariat du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et ne sera pas, on peut en faire l\u2019hypoth\u00e8se, celui du xxi<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Si au premier abord, il s\u2019agit d\u2019un rapport social consubstantiel au capitalisme, on aurait tort d\u2019arr\u00eater l\u00e0 l\u2019analyse&nbsp;: le salariat s\u2019est transform\u00e9 en devenant, par certains aspects, plus complexe et, par d\u2019autres, plus simple.<\/p>\n\n\n\n<p>Le salariat est d\u2019abord devenu plus complexe car le rapport social salari\u00e9s\/employeurs ne s\u2019exprime plus \u00e0 la seule \u00e9chelle de la fabrique ou de l\u2019entreprise, ni \u00e0 celle d\u2019un face \u00e0 face entre un ou des travailleurs et un capitaliste. Ce rapport se joue \u00e0 plusieurs \u00e9chelles comme par exemple la branche et l\u2019\u00e9chelon interprofessionnel. Il s\u2019est par ailleurs cristallis\u00e9 dans des institutions et dans le droit.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le salariat est aussi devenu plus simple car dans la premi\u00e8re partie du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il est encore possible d\u2019associer le rapport salarial \u00e0 une classe sociale parmi d\u2019autres, la classe ouvri\u00e8re, dont les luttes, les repr\u00e9sentations syndicales, les institutions et le droit, n\u2019engagent pas n\u00e9cessairement ou pas directement les autres classes sociales. Les paysans, les employ\u00e9s, les professions intellectuelles par exemple peuvent ainsi encore s\u2019imaginer un futur dans lequel \u2013 \u00e0 l\u2019instar des ouvriers mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019eux \u2013 ils pourront construire un droit sp\u00e9cifique, des protections sociales sp\u00e9cifiques et ce, gr\u00e2ce \u00e0 des organisations syndicales sp\u00e9cifiques. Pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle plus tard, le salariat s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 num\u00e9riquement et la cat\u00e9gorie de salariat a solidaris\u00e9 des segments de travailleurs et de travailleuses&nbsp;: au groupe social \u00ab&nbsp;ouvrier&nbsp;\u00bb sont venus s\u2019ajouter le groupe social \u00ab&nbsp;employ\u00e9&nbsp;\u00bb ainsi que les \u00ab&nbsp;cadres&nbsp;\u00bb dont il faut noter que leur int\u00e9gration au salariat fut un retournement de l\u2019histoire particuli\u00e8rement significatif<a id=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. Qui plus est, ces segments de travailleurs et de travailleuses ont \u00e9t\u00e9 solidaris\u00e9s dans un m\u00eame rapport social qui les oppose \u00e0 des employeurs ou des employeuses de fa\u00e7on en apparence plus simple et plus claire que par le pass\u00e9. Ironie de l\u2019histoire ou diversion, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 cette lutte entre deux classes prend sa forme la plus \u00e9vidente que la lutte des classes est d\u00e9clar\u00e9e obsol\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous semble donc qu\u2019au lieu de prendre toute la mesure de ces profondes transformations sociohistoriques du salariat, l\u2019usage de cette notion par les sciences sociales s\u2019est singuli\u00e8rement appauvri. Pour Marx et ses contemporains \u2013 quelle que soit par ailleurs leur sensibilit\u00e9<a id=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> \u2013, le salariat est d\u2019abord une notion forg\u00e9e pour identifier, d\u00e9crire et expliquer une relation \u00e9conomique, un rapport social tr\u00e8s androcentr\u00e9 qui appara\u00eet central dans la soci\u00e9t\u00e9 du xix<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Pour le dire dans un vocabulaire anachronique, c\u2019est donc avant tout un <em>concept<\/em> des sciences sociales qui donne lieu \u00e0 des controverses, des interrogations. Philosophes, \u00e9conomistes, sociologues s\u2019en saisissent comme d\u2019un outil pour d\u00e9crire le r\u00e9el qu\u2019ils ont sous les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Un si\u00e8cle et demi plus tard, force est de constater que le terme salariat n\u2019est plus questionn\u00e9. Il est tr\u00e8s souvent, pour les sciences sociales, une simple r\u00e9alit\u00e9 juridico-administrative, une \u00ab&nbsp;donn\u00e9e&nbsp;\u00bb ne posant pas question et au mieux une cat\u00e9gorie mais jamais un concept. Chacun ou chacune est ou n\u2019est pas juridiquement \u00ab&nbsp;salari\u00e9&nbsp;\u00bb tandis que, statistiquement, l\u2019Insee comptabilise un nombre de \u00ab&nbsp;salari\u00e9s&nbsp;\u00bb et un nombre d\u2019\u00ab&nbsp;ind\u00e9pendants&nbsp;\u00bb puis mesure l\u2019\u00e9volution de leur part respective. Certes, que les sciences sociales s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019\u00eatre ou non juridiquement \u00ab&nbsp;salari\u00e9&nbsp;\u00bb, par exemple lorsqu\u2019on \u00e9tudie la condition des travailleurs et des travailleuses des plateformes, est utile. Mais c\u2019est un salariat comme cat\u00e9gorie molle et non comme concept que le sociologue et\/ou l\u2019\u00e9conomiste prennent dans leur bo\u00eete \u00e0 outils pour d\u00e9signer ou interroger les relations \u00e9conomiques dans lesquelles se trouvent pr\u00e9cis\u00e9ment toutes ces personnes en situation d\u2019emploi. Cela s\u2019explique certainement par un m\u00e9canisme assez paradoxal&nbsp;: cette forme juridique, <em>salariale<\/em> donc, est le fruit d\u2019une histoire qui a vu un concept et des th\u00e9ories s\u2019incarner dans le droit<a id=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>. En effet, ce concept analytique a infus\u00e9 le droit jusqu\u2019\u00e0 structurer une grande part des r\u00e9alit\u00e9s du travail et de ses \u00ab&nbsp;r\u00e9gulations&nbsp;\u00bb dans une bonne partie de l\u2019Europe continentale, au Japon, aux \u00c9tats-Unis et ailleurs. Cependant, cette cristallisation dans le droit s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019une baisse du pouvoir analytique du concept, voire d\u2019une neutralisation scientifique d\u2019un concept qui n\u2019est plus \u2013 sauf \u00e0 de rares exceptions<a id=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> \u2013 interrog\u00e9. La cristallisation dans le droit s\u2019est ainsi accompagn\u00e9e d\u2019une vitrification conceptuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans quels termes a-t-on donc arr\u00eat\u00e9 de penser la question salariale&nbsp;? Dans une d\u00e9finition-essentialisation&nbsp;: le salariat c\u2019est l\u2019emploi&nbsp;; le salariat c\u2019est la subordination. Plus exactement, cette d\u00e9finition-essentialisation est sous-tendue par une th\u00e9orie implicite&nbsp;: celle de l\u2019\u00e9change d\u2019une subordination contre une protection. Ce \u00ab&nbsp;compromis&nbsp;\u00bb \u2013 fordien ou autre \u2013, est devenu un <em>cela va de soi<\/em> ou un implicite th\u00e9orique, presque un r\u00e9cit mythique des sciences sociales. Les analyses de Robert Castel dans <em>Les m\u00e9tamorphoses de la question sociale<\/em> sont \u00e0 ce titre souvent mobilis\u00e9es pour opposer diam\u00e9tralement deux p\u00e9riodes historiques. Dans la premi\u00e8re, le salariat de la r\u00e9volution industrielle serait profond\u00e9ment asym\u00e9trique, l\u2019\u00e9galit\u00e9 formelle des parties donnant lieu \u00e0 une in\u00e9galit\u00e9 de fait et au paup\u00e9risme. Dans la seconde, un droit du travail et des droits sociaux octroy\u00e9s par l\u2019\u00c9tat seraient venus compenser cette asym\u00e9trie initiale et r\u00e9\u00e9quilibrer l\u2019\u00e9change salarial<a id=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;: subordination contre protection, \u00ab&nbsp;compromis fordiste&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Trente glorieuses&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;plein-emploi&nbsp;\u00bb comme nouvelle \u00e9tape d\u2019un rapport salarial enfin r\u00e9\u00e9quilibr\u00e9. L\u2019\u00e9tat de \u00ab&nbsp;compromis&nbsp;\u00bb est alors plus ou moins implicitement con\u00e7u comme un <em>climax<\/em>, un optimum ind\u00e9passable. Dans un tel cadre d\u2019analyse, on ne pourra ensuite que penser des reculs, l\u2019\u00ab&nbsp;effritement de la &nbsp;soci\u00e9t\u00e9 salariale&nbsp;\u00bb, et ce, dans la nostalgie d\u2019un pass\u00e9 certes glorieux, mais malheureusement r\u00e9volu. Droits octroy\u00e9s et \u00e9quilibre de l\u2019\u00e9change retrouv\u00e9&nbsp;: dans une telle perspective th\u00e9orique, on le voit, l\u2019univers des possibles du salariat est relativement bien born\u00e9 par cet \u00e9tat d\u2019harmonie sociale et d\u2019int\u00e9gration de la classe ouvri\u00e8re que l\u2019on pr\u00eate \u00e0 la p\u00e9riode d\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, pleine de conflits, de conqu\u00eates, d\u2019\u00e9mancipations, la r\u00e9alit\u00e9 sociohistorique sur plus d\u2019un si\u00e8cle d\u00e9passe les termes de l\u2019\u00e9change et du compromis. Penser ainsi non pas en termes de compromis mais en termes de luttes et d\u2019\u00e9mancipation, \u00e9vite de pr\u00e9sumer des d\u00e9finitions et limites du salariat. La r\u00e9alit\u00e9 du salariat a chang\u00e9 parce que des batailles relatives au travail et\/ou \u00e0 la citoyennet\u00e9 \u00e9conomique et politique ont \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9es. Oui, le salariat est consubstantiel au capitalisme mais il est travers\u00e9 en permanence, par des formes de subversion de la logique capitaliste.Le rapport salarial, en ses contradictions et ses puissances, est le point nodal de la lutte des classes et en la mati\u00e8re, la messe n\u2019est pas dite tant au point de vue des structures objectives que des structures subjectives&nbsp;: rien ne permet de conclure que ce rapport social n\u2019est qu\u2019enr\u00f4lement au d\u00e9sir-ma\u00eetre capitaliste<a id=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. Si le r\u00e9gime de d\u00e9sir est bien celui de d\u00e9sirer selon l\u2019ordre des choses capitalistes (<em>i.&nbsp;e.<\/em> une <em>\u00e9pithum\u00e8 <\/em>capitaliste<a id=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>), il n\u2019en demeure pas moins que depuis la th\u00e9orisation produite par Marx, tout un maillage institutionnel de droits salariaux subversifs du capitalisme a pris forme au c\u0153ur du rapport salarial (s\u00e9curit\u00e9 sociale, cotisations sociales, conventions collectives, minima salariaux, droit du travail, statuts de la fonction publique et des entreprises publiques, etc.). En mati\u00e8re de salariat, on ne peut donc en rester \u00e0 la th\u00e9orie implicite du xix<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et son acquis d\u2019une protection contreune subordination. Ce n\u2019est pas une simple donn\u00e9e juridique incontestable (\u00eatre ou ne pas \u00eatre \u00ab&nbsp;salari\u00e9&nbsp;\u00bb) mais un concept qui doit \u00eatre discut\u00e9, d\u00e9battu, interrog\u00e9, mis en question, caract\u00e9ris\u00e9 et caract\u00e9ris\u00e9 \u00e0 nouveau, au fil du temps et des luttes sociales qui s\u2019y rattachent. Si domination, exploitation, ali\u00e9nation, invisibilisation il y a, il s\u2019agit aussi de comprendre ce qui se joue dans le salariat en termes d\u2019\u00e9mancipation des femmes et des hommes. Certes, le salariat n\u2019est pas qu\u2019\u00e9mancipation et on peut songer \u00e0 d\u2019autres possibles pour les travailleurs et les travailleuses que ceux qui s\u2019organisent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du salariat, mais cette dimension \u00e9mancipatrice ne doit pas faire l\u2019objet d\u2019une occultation. Il nous parait donc n\u00e9cessaire de saisir le salariat dans son \u00e9paisseur sociohistorique, dans les contradictions qui le traversent, les luttes qui le d\u00e9finissent et le red\u00e9finissent, pour \u00e9clairer la question du travail aussi bien dans sa dimension abstraite que concr\u00e8te. On l\u2019aura compris, il s\u2019agit donc ici d\u2019interroger le salariat en lui redonnant toute sa force historique, heuristique et pol\u00e9mique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le salariat, nous l\u2019avons dit, est devenu un rapport social qui s\u2019exprime \u00e0 de multiples \u00e9chelles et qui d\u00e9passent de beaucoup le simple face \u00e0 face \u00e9voqu\u00e9 dans la deuxi\u00e8me section du <em>Capital<\/em> o\u00f9 un employeur, l\u2019homme aux \u00e9cus, se tient devant un salari\u00e9 ne pouvant s\u2019attendre qu\u2019\u00e0 \u00eatre tann\u00e9<a id=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>. Chacune de ces \u00e9chelles constitue un champ de bataille, avec ses contraintes et ses strat\u00e9gies d\u2019\u00e9mancipation sp\u00e9cifiques. \u00c0 chacune de ces \u00e9chelles, le rapport social salarial s\u2019exprime dans des collectifs, dans des solidarit\u00e9s et des conflictualit\u00e9s articul\u00e9es les unes aux autres. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019entreprise se jouent par exemple de nombreuses luttes pour l\u2019emploi ou pour les salaires. \u00c0 celui de la branche, par le biais des conventions collectives, se joue notamment le contr\u00f4le de la concurrence sur les salaires entre entreprises d\u2019un m\u00eame secteur. \u00c0 l\u2019\u00e9chelon interprofessionnel et national se jouent l\u2019essentiel du droit du travail et des m\u00e9canismes de socialisation du salaire propres \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 sociale ou \u00e0 l\u2019assurance ch\u00f4mage. Le salariat est donc bien loin de la r\u00e9mun\u00e9ration marchande de la force de travail du xix<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Les champs de bataille se sont d\u00e9multipli\u00e9s tout en s\u2019articulant les uns aux autres. Qu\u2019on pense \u00e0 l\u2019importance des conventions collectives en termes de salaire et de conditions de travail pour articuler les combats dans l\u2019entreprise et dans la branche. Qu\u2019on pense au r\u00f4le d\u2019activation ou au contraire d\u2019\u00e9radication des logiques d\u2019arm\u00e9e de r\u00e9serve que peut jouer un m\u00e9canisme d\u2019assurance ch\u00f4mage sur le march\u00e9 du travail. Qu\u2019on pense \u00e9galement aux m\u00e9canismes de s\u00e9curit\u00e9 sociale en mati\u00e8re de sant\u00e9 et de retraites en France. Ces derniers se sont constitu\u00e9s en salaire socialis\u00e9 engageant dans une relation l\u2019ensemble des employeurs ou des employeuses et l\u2019ensemble des salari\u00e9\u00b7es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle interprofessionnelle l\u00e0 o\u00f9, dans un pays comme les \u00c9tats-Unis, la protection contre ces \u00ab&nbsp;risques&nbsp;\u00bb est demeur\u00e9e li\u00e9e \u00e0 la politique salariale d\u2019un ou d\u2019une employeur\u00b7se \u00e0 travers des <em>benefits<\/em> par un salaire indirect mais non socialis\u00e9<a id=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>. Qu\u2019on pense \u00e9galement au salaire \u00e0 la qualification personnelle qui \u00e9mancipe largement les fonctionnaires des logiques de march\u00e9 du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Comprendre ce que vit individuellement un salari\u00e9 ou une salari\u00e9e <em>hic et nunc<\/em>, suppose de prendre en consid\u00e9ration l\u2019ensemble de ces dimensions collectives articul\u00e9es, les dynamiques historiques, les luttes, les strat\u00e9gies et la fa\u00e7on dont l\u2019\u00e9tat des rapports de force sur chacun de ces champs de bataille s\u2019est cristallis\u00e9 dans des institutions.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il est un objet qui nous rappelle tous les mois que ce rapport social se joue \u00e0 plusieurs \u00e9chelles, c\u2019est bien la fiche de paye. Elle est une symbolisation d\u2019un salaire dit \u00ab&nbsp;individuel&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;direct&nbsp;\u00bb en m\u00eame temps que le lieu d\u2019un \u00ab&nbsp;salaire collectif&nbsp;\u00bb et ce, \u00e0 plusieurs \u00e9gards. En effet, quant \u00e0 sa d\u00e9termination, le salaire est particuli\u00e8rement redevable au collectif. Les forfaits salariaux n\u00e9goci\u00e9s dans les grilles de classification des conventions collectives de branches et au niveau de l\u2019entreprise ou encore les grades et \u00e9chelons de la fonction publique sont des \u00e9l\u00e9ments structurants du salaire. \u00c0 cet \u00ab&nbsp;individuel&nbsp;\u00bb s\u2019ajoute une autre dimension collective dont la fiche de paye fait \u00e9tat, c\u2019est la part directement socialis\u00e9e du salaire \u00e0 une \u00e9chelle nationale et interprofessionnelle <em>via<\/em> des cotisations ou des imp\u00f4ts. Ces \u00e9chelles et institutions plurielles ne sont pas r\u00e9ductibles \u00e0 une fonction de protection l\u00e9gitim\u00e9e par une subordination mais sont beaucoup plus largement le produit des dimensions collectives et conflictuelles du salaire. Et l\u2019on voit l\u00e0, pour le dire en passant, ce qu\u2019a d\u2019inepte la lecture marchande et purement calculatoire du salaire, \u00e9conomicisme malheureusement dominant. Derri\u00e8re la plus ou moins grande socialisation des salaires, c\u2019est la question des modes de valorisation du travail qui se pose&nbsp;: \u00e0 travers la qualification et la cotisation, le salaire n\u2019a plus grand-chose \u00e0 voir avec la fiction du prix du travail (<em>cf. infra<\/em>). Enfin, derri\u00e8re la ma\u00eetrise ou non de cette socialisation, c\u2019est aussi la bataille pour la ma\u00eetrise du travail concret qui se joue&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire ma\u00eetriser ses finalit\u00e9s, ma\u00eetriser la d\u00e9finition de ce qui doit \u00eatre produit ou pas, ma\u00eetriser les moyens et les conditions de la production.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 tout ce qu\u2019une lecture en termes de conflictualit\u00e9 et d\u2019\u00e9mancipation, et non seulement de protection\/subordination, s\u2019autorise \u00e0 penser.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi une revue&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La revue<em> Salariat <\/em>est la poursuite du projet intellectuel et \u00e9ditorial que l\u2019<em>Institut Europ\u00e9en du Salariat<\/em> (IES) porte depuis sa cr\u00e9ation en 2008. La revue vise donc \u00e0 accueillir des contributions qui prendront au s\u00e9rieux les enjeux du salariat de fa\u00e7on ouverte et contradictoire. Il s\u2019agit de promouvoir des analyses du salariat issues des sciences sociales au sens large (sociologie, science politique, histoire, \u00e9conomie, droit\u2026) mais aussi des d\u00e9bats ou des controverses qui ne s\u2019interdisent pas de tirer des conclusions politiques de ces analyses scientifiques<a id=\"_ftnref16\" href=\"#_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>. La revue est ainsi largement ouverte \u00e0 diverses disciplines et \u00e0 une pluralit\u00e9 de registres de scientificit\u00e9. Les travaux empiriques pourront ainsi c\u00f4toyer des r\u00e9flexions th\u00e9oriques. Des textes fond\u00e9s sur un registre tr\u00e8s descriptif pourront dialoguer avec des approches plus politiques d\u00e9fendant telle ou telle strat\u00e9gie d\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 ce dialogue qu\u2019on esp\u00e8re f\u00e9cond, nous entendons mettre la production intellectuelle de la recherche au service du d\u00e9bat public et des luttes politiques et sociales qui se d\u00e9ploient dans les domaines du travail concret et de sa valorisation. Notre revue souhaite ainsi faire vivre le d\u00e9bat intellectuel, le dialogue interdisciplinaire et constituer un espace de libert\u00e9 scientifique en autorisant des approches diverses et non format\u00e9es, ce qui suppose en particulier que le d\u00e9bat puisse s\u2019\u00e9panouir le plus possible \u00e0 l\u2019abri \u2013 voire m\u00eame en dehors \u2013 des enjeux relatifs au \u00ab&nbsp;march\u00e9 du travail&nbsp;\u00bb acad\u00e9mique. Si la revue entend publier des articles d\u2019auteurs et d\u2019autrices dont on appr\u00e9cie les qualit\u00e9s de chercheurs et de chercheuses, elle d\u00e9nonce avec d\u2019autres<a id=\"_ftnref17\" href=\"#_ftn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a> la fonction d\u2019\u00e9valuation et <em>in fine <\/em>de classement des recherches et des chercheurs et chercheuses que les politiques de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et de la recherche tendent de plus en plus \u00e0 assigner aux revues. Nous souhaiterions \u2013 autant que possible \u2013 ne pas constituer un outil de l\u00e9gitimation suppl\u00e9mentaire d\u2019un \u00ab&nbsp;march\u00e9 du travail&nbsp;\u00bb acad\u00e9mique dans lequel de jeunes chercheurs et chercheuses \u2013 de moins en moins jeunes en fait\u2026 \u2013 font face \u00e0 une p\u00e9nurie extr\u00eame de postes et sont soumis \u00e0 la loi du \u00ab&nbsp;<em>publish or perish<\/em>&nbsp;\u00bb ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019inflation bibliom\u00e9trique qui, paradoxalement, nuit \u00e0 la qualit\u00e9 de la production scientifique. Cela signifie en pratique et entre autres, que nous voudrions rester en dehors de cette logique de \u00ab&nbsp;classement&nbsp;\u00bb des revues et donc ne pas figurer dans les listes officielles des revues dans lesquelles il conviendrait pour les candidats et les candidates \u00e0 la carri\u00e8re acad\u00e9mique de publier, les crit\u00e8res bibliom\u00e9triques permettant aux \u00e9valuateurs et aux \u00e9valuatrices de se passer d\u2019un travail de discussion sur le fond. Cela signifie \u00e9galement que la composition du comit\u00e9 de r\u00e9daction de la revue n\u2019est pas d\u00e9pendante du statut sous lequel les membres exercent leur qualit\u00e9 de chercheur\u00b7se&nbsp;: doctorant\u00b7e, titulaire ou non titulaire, chercheur\u00b7se dans ou hors des institutions de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et de la recherche. Nous nous concevons ainsi comme un groupe ouvert \u00e0 toutes celles et tous ceux qui souhaitent travailler \u00e0 un projet intellectuel et proposer aux lecteurs et aux lectrices un contenu de qualit\u00e9, int\u00e9ressant \u00e0 la fois d\u2019un point de vue scientifique et d\u2019un point de vue politique.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce sens, nous proposons plusieurs rubriques pour apporter divers \u00e9clairages ou points d\u2019entr\u00e9e d\u2019un m\u00eame questionnement puisque nous avons l\u2019objectif de structurer chaque num\u00e9ro annuel autour d\u2019une probl\u00e9matique commune. La rubrique <em>Arr\u00eat sur image<\/em> invite \u00e0 d\u00e9crypter les enjeux derri\u00e8re une image choisie, la rubrique <em>Lectures et d\u00e9bats<\/em> ouvre \u00e0 la discussion avec des publications acad\u00e9miques ou litt\u00e9raires et la rubrique <em>Brut<\/em> est un espace de mise en valeur de donn\u00e9es empiriques diverses. Ces mani\u00e8res d\u2019aborder la probl\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale du num\u00e9ro sont compl\u00e9t\u00e9es par des articles dans une rubrique plus g\u00e9n\u00e9raliste, <em>Notes et analyses<\/em>. Mais ces rubriques, plus largement pr\u00e9sent\u00e9es sur le site <em>web <\/em>de la revue<a id=\"_ftnref18\" href=\"#_ftn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>, ne doivent pas constituer des carcans et elles sont elles-m\u00eames susceptibles d\u2019\u00e9voluer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Droit \u00e0 l\u2019emploi ou droit au salaire&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ce premier num\u00e9ro est ainsi l\u2019occasion de tester l\u2019int\u00e9r\u00eat ou la validit\u00e9 de notre parti-pris analytique consistant \u00e0 penser le salariat comme un concept de sciences sociales \u00e0 vocation heuristique en d\u00e9voilant ses contradictions et ce faisant, des chemins possibles d\u2019\u00e9mancipation. La question g\u00e9n\u00e9rale que nous posons dans ce num\u00e9ro est la suivante&nbsp;: qu\u2019est-il pr\u00e9f\u00e9rable de garantir, un droit \u00e0 l\u2019emploi ou un droit au salaire&nbsp;? Pour celles et ceux qui restent indiff\u00e9rent\u00b7es \u00e0 une r\u00e9flexion de fond sur les institutions salariales, cette question n\u2019a pas lieu d\u2019\u00eatre car \u00ab&nbsp;<em>qui dit emploi dit salaire et qui dit salaire dit emploi, garantir l\u2019un, revient donc \u00e0 garantir l\u2019autre<\/em>&nbsp;\u00bb. Une telle remarque passerait pourtant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un enjeu essentiel car il y a l\u00e0 \u2013 en premi\u00e8re analyse et pour la p\u00e9riode qui nous occupe, \u00e0 savoir fin du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et d\u00e9but du xxi<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u2013 deux voies d\u2019\u00e9mancipation salariale structur\u00e9es autour de deux grandes familles de strat\u00e9gies possibles&nbsp;: celles qui concourent \u00e0 promouvoir l\u2019emploi et notamment le plein-emploi et celles qui s\u2019en d\u00e9partissent et promeuvent un droit au salaire ou font du droit au salaire un pr\u00e9alable. Ce d\u00e9bat, s\u2019il est contemporain, n\u2019est pas totalement nouveau et deux grandes organisations syndicales, la CGT et la CFDT s\u2019en sont empar\u00e9 avec leurs projets respectifs de <em>s\u00e9curit\u00e9 sociale professionnelle<\/em> ou de <em>s\u00e9curisation des parcours professionnels<\/em>. Il s\u2019agit bien de projets diff\u00e9rents dans lesquels l\u2019emploi et le salaire ne recouvrent pas une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9. \u00ab&nbsp;Emploi&nbsp;\u00bb, voire m\u00eame \u00ab&nbsp;plein-emploi&nbsp;\u00bb peuvent prendre des sens diff\u00e9rents et leur \u00e9ventuelle garantie ne dit rien de la n\u00e9cessit\u00e9 du salaire ou de ressources au-del\u00e0 de l\u2019emploi pr\u00e9cis\u00e9ment. La question pos\u00e9e dans le pr\u00e9sent num\u00e9ro est donc loin d\u2019\u00eatre anodine et c\u2019est pourquoi nous y r\u00e9fl\u00e9chissons depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es<a id=\"_ftnref19\" href=\"#_ftn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a> et la remettons aujourd\u2019hui sur le m\u00e9tier. Et de ce point de vue, l\u2019exp\u00e9rience du confinement a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice de ce que les diff\u00e9rentes formes d\u2019institutions du travail produisent en termes de droits salariaux, comme le met en lumi\u00e8re Jean-Pascal Higel\u00e9 dans une note \u2013 r\u00e9vis\u00e9e \u2013 de l\u2019IES que nous publions ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous proposons donc dans ce num\u00e9ro de r\u00e9fl\u00e9chir au sens que l\u2019on peut donner \u00e0 cette promotion de l\u2019emploi qui se d\u00e9ploie depuis plus de quarante ans. Peut-\u00eatre faut-il d\u00e9j\u00e0 souligner le paradoxe selon lequel on ne cesse de d\u00e9fendre l\u2019emploi \u00e0 tout prix et de d\u00e9plorer une p\u00e9nurie d\u2019emplois alors m\u00eame qu\u2019on n\u2019a jamais eu autant de personnes en emploi. Il ne s\u2019agit pas de nier l\u2019exp\u00e9rience du ch\u00f4mage mais de rappeler que le plein-emploi <em>des hommes<\/em> durant nos mythiques \u00ab&nbsp;Trente glorieuses&nbsp;\u00bb est bien en de\u00e7\u00e0 de celui des hommes <em>et <\/em>des femmes d\u2019aujourd\u2019hui. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1960, ce sont 28&nbsp;% des 25-49 ans qui ne sont pas en situation d\u2019emploi \u2013 ils sont inactifs ou au ch\u00f4mage \u2013 tandis qu\u2019au milieu des ann\u00e9es 2010, c\u2019est 20&nbsp;% de cette m\u00eame tranche d\u2019\u00e2ge qui est en non-emploi<a id=\"_ftnref20\" href=\"#_ftn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>. Par ailleurs, sur cette m\u00eame p\u00e9riode, on ne constate pas une plus grande instabilit\u00e9 de l\u2019emploi&nbsp;; c\u2019est l\u2019insertion dans la vie active \u2013 et notamment celle des jeunes hommes \u2013 qui appara\u00eet aujourd\u2019hui plus chaotique. La confusion savamment entretenue au sujet des 18-25 ans entre le taux de ch\u00f4mage des jeunes actifs et jeunes actives (de 25&nbsp;%) et des jeunes en g\u00e9n\u00e9ral (autour de 8&nbsp;%) est l\u00e0 pour faire diversion sur l\u2019enjeu premier de mise en cause du salaire dont les jeunes actifs et actives ont \u00e9t\u00e9 le laboratoire. L\u2019emphase sur les jeunes et leur insertion \u00e0 travers des formes d\u00e9grad\u00e9es de droits salariaux dans des contrats jeunes de toutes sortes, jusqu\u2019au travail gratuit des stagiaires, a surtout \u00e9t\u00e9 le moyen de ne leur garantir ni emploi, ni salaire. Le probl\u00e8me n\u2019est plus de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 comment faciliter l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi et \u00e0 une relative stabilit\u00e9 dans les d\u00e9buts de son cycle de vie active mais de dire qu\u2019il y a un \u00ab&nbsp;probl\u00e8me du ch\u00f4mage des jeunes&nbsp;\u00bb pour en conclure que le probl\u00e8me, c\u2019est les jeunes. Est embl\u00e9matique \u00e0 cet \u00e9gard la campagne publicitaire que Florence Ihaddadene prend comme support pour analyser l\u2019instrumentalisation politique du service civique. Dernier avatar des mesures et dispositifs d\u00e9ploy\u00e9s pour favoriser l\u2019emploi ou l\u2019insertion des jeunes, le service civique ne se cache plus derri\u00e8re le pr\u00e9texte de l\u2019engagement et annonce clairement la couleur&nbsp;: le travail (presque) gratuit pour prouver son employabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend donc que le droit \u00e0 l\u2019emploi dont il semblait \u00eatre question au premier abord est en fait une injonction \u00e0 soigner son employabilit\u00e9&nbsp;: il y a des jeunes rencontrant des difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019emploi, activons les jeunes. Et les mesures d\u2019abord d\u00e9ploy\u00e9es pour la jeunesse sont ensuite \u00e9tendues \u00e0 d\u2019autres publics&nbsp;: il y a des ch\u00f4meurs et des ch\u00f4meuses, activons-les. Cela n\u2019est pas propre \u00e0 la France, comme l\u2019illustre Hadrien Clouet dans son commentaire des \u00ab&nbsp;bonnes feuilles&nbsp;\u00bb qu\u2019il a traduites de l\u2019\u00e9tude de Bettina Grimmer sur les <em>job centers <\/em>en Allemagne. La promesse d\u2019\u00e9mancipation en devenant \u00ab&nbsp;acteur de son parcours&nbsp;\u00bb, soutenu par des interm\u00e9diaires du march\u00e9 du travail au service de l\u2019entreprise de soi, est un \u00e9cran de fum\u00e9e pour une institution de l\u2019emploi fondamentalement disciplinaire, qui rejoint en cela le projet manag\u00e9rial dans lequel l\u2019autonomie se r\u00e9sume surtout \u00e0 une \u00ab&nbsp;libert\u00e9 d\u2019ob\u00e9ir&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref21\" href=\"#_ftn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le droit \u00e0 l\u2019emploi compris comme devoir d\u2019employabilit\u00e9 prend alors toute sa signification. Il s\u2019agit de socialiser les individus \u2013 ici des jeunes, l\u00e0 des ch\u00f4meurs et des ch\u00f4meuses \u2013 \u00e0 une forme de docilit\u00e9. Ils doivent \u00eatre en capacit\u00e9 d\u2019accepter ce qu\u2019on leur propose, peu importe ce qu\u2019on leur propose\u2026 Ils doivent se soumettre au chantage \u00e0 l\u2019emploi dont le patronat fran\u00e7ais a su faire son miel, depuis \u00ab&nbsp;la bataille des charges&nbsp;\u00bb men\u00e9e au nom de l\u2019emploi par Gattaz-p\u00e8re lorsqu\u2019il dirigeait le CNPF jusqu\u2019\u00e0 la promesse par Gattaz-fils, lorsqu\u2019il \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate du Medef, d\u2019un million d\u2019emploi en \u00e9change de la mise en cause des droits salariaux. Et la <em>sociodic\u00e9e<\/em> en termes de d\u00e9fense de l\u2019emploi des Gattaz, mise en lumi\u00e8re par Mathieu Gr\u00e9goire, nous fait bien comprendre que dans l\u2019esprit patronal, \u00ab&nbsp;d\u00e9fendre l\u2019emploi&nbsp;\u00bb veut dire attaquer les salaires directs et indirects. Ici, un \u00e9ventuel \u00ab&nbsp;droit&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019emploi doit \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 comme une arme de guerre contre un droit au salaire. On comprend ainsi \u2013 sans trop forcer le trait \u2013 que le <em>travailler gratuitement<\/em> de la dystopie de Daniele Zito que pr\u00e9sente Karel Yon, est un des horizons possibles du d\u00e9sir patronal.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si le plaidoyer pour l\u2019emploi s\u2019est mu\u00e9 en injonction \u00e0 l\u2019employabilit\u00e9 et finalement en attaque des droits salariaux, il ne doit pas nous faire oublier que l\u2019emploi est aussi une institution historique du travail salari\u00e9 et donc pas seulement ce cache-sexe patronal que nous venons d\u2019\u00e9voquer. En effet, l\u2019emploi s\u2019est construit tout au long du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle comme support de droits et en cela, il devient, pour toute une partie des travailleuses et des travailleurs uberis\u00e9\u00b7es et donc rel\u00e9gu\u00e9\u00b7es dans des situations d\u2019<em>infra-emploi<\/em>, d\u00e9sirable. On le voit lorsqu\u2019ils et elles luttent pour que leur situation d\u2019employ\u00e9\u00b7es soit reconnue et donc que les plateformes num\u00e9riques assument enfin leur r\u00f4le d\u2019employeur avec les responsabilit\u00e9s aff\u00e9rentes. Cette \u00ab&nbsp;bataille des statuts&nbsp;\u00bb \u00e9tudi\u00e9e dans ce num\u00e9ro par Anne Dufresne se joue aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne et mondiale. Elle est men\u00e9e sur plusieurs fronts&nbsp;: dans diverses juridictions pour savoir si nous avons affaire \u00e0 de faux-ind\u00e9pendants vrais-salari\u00e9s et <em>vice<\/em> <em>versa&nbsp;<\/em>; et sur le terrain de nouvelles luttes sociales avec de nouveaux acteurs comme les coursiers de l\u2019<em>Alianza unidos world action<\/em> dont nous donnons \u00e0 entendre les revendications en publiant leur brochure dans la rubrique <em>Brut<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi le plaidoyer pour l\u2019emploi ne se r\u00e9sume-t-il ni au chantage patronal, ni \u00e0 sa version ordolib\u00e9rale telle qu\u2019on peut l\u2019entendre dans diverses instances europ\u00e9ennes. Au surplus et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ou au-del\u00e0 de la r\u00e9actualisation de la bataille pour le contrat de travail que l\u2019on pensait pourtant acquise au d\u00e9but du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, nous pouvons observer aujourd\u2019hui divers collectifs associatifs et politiques revendiquant un droit \u00e0 l\u2019emploi particulier. Il s\u2019agit d\u2019un droit \u00e0 l\u2019emploi, non pas sous la forme d\u2019une obligation de moyens visant \u00e0 accro\u00eetre l\u2019employabilit\u00e9 des demandeurs ou des demandeuses d\u2019emploi, mais comme une obligation de r\u00e9sultats faisant de l\u2019\u00c9tat un employeur en dernier ressort \u00e0 m\u00eame de <em>garantir<\/em> \u2013 justement \u2013 des emplois \u00e0 tous ceux et toutes celles qui le souhaitent. C\u2019est ce d\u00e9bat sur le sens d\u2019une <em>garantie d\u2019emploi<\/em> que Jean-Pascal Higel\u00e9 \u2013 inform\u00e9 de ce qu\u2019il observe dans la mise en \u0153uvre d\u2019une exp\u00e9rience concr\u00e8te de droit \u00e0 l\u2019emploi qu\u2019est l\u2019exp\u00e9rimentation \u00ab&nbsp;territoires z\u00e9ro ch\u00f4meur de longue dur\u00e9e&nbsp;\u00bb \u2013 discute pour en montrer les contradictions et les limites.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9fendre et revendiquer l\u2019emploi pour pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier des droits et de la reconnaissance dont il est le support repr\u00e9sente-t-il le seul chemin pour les luttes sociales&nbsp;? En mati\u00e8re de d\u00e9ploiement des nouvelles formes d\u2019exploitation, l\u2019uberisation du travail en tant que d\u00e9ni d\u2019emploi n\u2019est pas la seule voie emprunt\u00e9e par le Capital pour d\u00e9ployer de nouvelles sources d\u2019accumulation&nbsp;: il faut aussi consid\u00e9rer le d\u00e9ni de travail lui-m\u00eame. En effet, le travail gratuit, d\u00e9ni\u00e9 comme travail et donc invisibilis\u00e9 comme tel \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse du <em>hope labor<\/em> des artistes, des producteurs de contenus en ligne ou des stagiaires, ou encore, du travail de redevabilit\u00e9 des ch\u00f4meuses et ch\u00f4meurs soumis\u00b7es aux politiques <em>workfaristes<\/em> \u2013 constitue aujourd\u2019hui une exp\u00e9rience massive d\u2019exploitation du travail. Fanny Gallot, Giulia Mensitieri, \u00c8ve Meuret-Campfort et Maud Simonet en \u00e9tudient un nouveau pan en revenant sur l\u2019\u00e9pisode de la production de masques au d\u00e9but de la pand\u00e9mie de Covid-19. La mobilisation de couturi\u00e8res b\u00e9n\u00e9voles fut exemplaire de cette forme de mise au travail gratuit des femmes \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un r\u00e9gime dit \u00ab&nbsp;d\u2019exception&nbsp;\u00bb. Elle illustre \u00e9galement les modalit\u00e9s par lesquelles le Capital peut tirer profit de ce brouillage des fronti\u00e8res entre travail et hors travail, entre le productif et le non productif. \u00c0 cet \u00e9gard, il n\u2019est pas \u00e9tonnant de retrouver sur le chemin de la conceptualisation du travail gratuit et des luttes contre la gratuitisation du travail, une pens\u00e9e f\u00e9ministe nourrie des d\u00e9bats sur le travail domestique. Car pour sortir du d\u00e9ni de travail dont certains travailleurs et surtout certaines travailleuses sont l\u2019objet, une s\u00e9rie de collectifs et de mouvements de lutte se sont inscrits ces derni\u00e8res ann\u00e9es dans la filiation du mouvement international pour le salaire au travail m\u00e9nager initi\u00e9 dans les ann\u00e9es 1970. C\u2019est cette filiation entre le \u00ab&nbsp;<em>Wages for housework<\/em>&nbsp;\u00bb qui fait du droit au salaire un point d\u2019appui de la subversion du capitalisme et les autres mouvements du \u00ab&nbsp;<em>Wages for<\/em>&nbsp;\u00bb (<em>i.&nbsp;e. Facebook<\/em>, <em>Artwork<\/em> et <em>Students<\/em>) que Maud Simonet pr\u00e9sente et interroge.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment faire ainsi du salaire une institution r\u00e9volutionnaire&nbsp;? C\u2019est la question que pose Bernard Friot et \u00e0 laquelle il se propose de r\u00e9pondre. Le salariat n\u2019est pas seulement pass\u00e9 de l\u2019indignit\u00e9 \u00e0 la protection par la qualification du poste de travail dans l\u2019institution de l\u2019emploi-salari\u00e9 \u2013 s\u00e9curisant les travailleurs et les travailleuses par la d\u00e9connexion entre le salaire et la mesure du travail \u2013, il s\u2019est \u00e9galement d\u00e9ploy\u00e9 sous la forme du statut chez les fonctionnaires et chez les agents et agentes des entreprises publiques, statut dans lequel la qualification est celle de la personne et non du poste. Ce salaire \u00e0 la qualification personnelle, point de d\u00e9part d\u2019un statut communiste de la personne travailleuse, Bernard Friot propose de le d\u00e9fendre et de l\u2019\u00e9tendre, justement contre les projets de droit \u00e0 l\u2019emploi. Le salaire \u00e0 la qualification personnelle n\u2019est pas seulement une garantie de droits salariaux, c\u2019est un point d\u2019appui pour la conqu\u00eate d\u2019une souverainet\u00e9 des travailleurs et des travailleuses sur le travail abstrait comme sur le travail concret. Bref, seul un v\u00e9ritable droit au salaire, et non un droit \u00e0 l\u2019emploi, est en mesure de contester le monopole capitaliste sur les fins et les moyens du travail dont on voit qu\u2019il conduit \u00e0 l\u2019\u00e9puisement des femmes et des hommes aussi bien qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement de la plan\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"714\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/travail-gratuit-bulles-714x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1355\" style=\"width:318px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/travail-gratuit-bulles-714x1024.jpg 714w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/travail-gratuit-bulles-209x300.jpg 209w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/travail-gratuit-bulles-768x1102.jpg 768w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/travail-gratuit-bulles-1071x1536.jpg 1071w, https:\/\/www.revue-salariat.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/travail-gratuit-bulles.jpg 1272w\" sizes=\"auto, (max-width: 714px) 100vw, 714px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Cr\u00e9dit: C\u00e9line Martinet<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> 2L2S, Universit\u00e9 de Lorraine, nicolas.castel@univ-lorraine.fr.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> IDHE.S, Universit\u00e9 Paris Nanterre, mgregoire@parisnanterre.fr.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> 2L2S, Universit\u00e9 de Lorraine, jean-pascal.higele@univ-lorraine.fr.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> IDHE.S, Universit\u00e9 Paris Nanterre, CNRS, msimonet@parisnanterre.fr.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Karl Marx, <em>Le chapitre VI, manuscrits de 1863-1867<\/em> &#8211; Le Capital, Livre I, Paris, les \u00e9ditions sociales (LDES), 2010, p.&nbsp;159.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Karl Marx, \u00ab&nbsp;salaire, prix et plus-value (1865)&nbsp;\u00bb <em>in \u0152uvres I, \u00c9conomie I<\/em>, Paris, \u00c9ditions Gallimard, <em>nrf<\/em>, <em>biblioth\u00e8que de la pl\u00e9iade<\/em>, 1963, p.&nbsp;533.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Luc Boltanski, <em>Les cadres. La formation d\u2019un groupe <\/em><em>social<\/em>, Paris, Les \u00e9ditions de minuit, 1982. Bernard Friot, <em>Puissances du salariat. Emploi et protection sociale \u00e0 la fran\u00e7aise<\/em>, Paris, La Dispute, 1998.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Qu\u2019on pense, parmi des dizaines d\u2019autres possibles, au socialiste Eug\u00e8ne Buret, \u00e0 l\u2019anarchiste Pierre-Joseph Proudhon ou au lib\u00e9ral Fr\u00e9d\u00e9ric Bastiat\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Comme le soulignent, non sans humour, Thierry Pillon et Fran\u00e7ois Vatin lorsqu\u2019ils nous disent que la th\u00e9orie de Marx est entr\u00e9e dans le droit fran\u00e7ais, <em>cf. <\/em>\u00ab&nbsp;Chapitre premier. La question salariale&nbsp;: actualit\u00e9 d\u2019un vieux probl\u00e8me&nbsp;\u00bb <em>in <\/em>Fran\u00e7ois Vatin (dir.), Sophie Bernard (coll.), <em>Le salariat. Th\u00e9orie, histoire et formes<\/em>, Paris, La Dispute, 2007, p.&nbsp;33.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Outre l\u2019ouvrage dirig\u00e9 par Fran\u00e7ois Vatin (<em>op<\/em>. <em>cit<\/em>.) mentionnons p\u00eale-m\u00eale et sans soucis d\u2019exhaustivit\u00e9 les ouvrages suivants qui apportent une r\u00e9flexion int\u00e9ressante sur notre objet&nbsp;: Robert Castel, <em>Les m\u00e9tamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat<\/em>, Paris, Fayard, 1995&nbsp;; Pierre Rolle, <em>O\u00f9 va le salariat&nbsp;?<\/em>, Lausanne, \u00c9ditions Page deux, 1997&nbsp;; Bernard Friot, <em>Puissances du salariat. Emploi et protection sociale \u00e0 la fran\u00e7aise<\/em>, Paris, La Dispute, 1998&nbsp;; Robert Boyer, <em>\u00c9conomie politique des capitalismes. Th\u00e9orie de la r\u00e9gulation et des crises<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2015&nbsp;; Claude Didry, <em>L\u2019Institution du travail. Droit et salariat dans l\u2019histoire<\/em>, Paris, La Dispute, 2016&nbsp;; Sylvie Monchatre, <em>Sociologie du travail salari\u00e9<\/em>, Paris, Armand Colin, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>Cf.<\/em> <strong>Claude <\/strong>Didry<strong>, Bernard <\/strong>Friot<strong>, Robert <\/strong>Castel, \u00ab&nbsp;Symposium sur <em>Les m\u00e9tamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat<\/em>, de Robert Castel&nbsp;\u00bb, <em>Sociologie du travail<\/em>, Vol.&nbsp;43, n<sup>o<\/sup>&nbsp;2, 2001, p.&nbsp;235-263 et, sur le salariat chez les \u00e9conomistes r\u00e9gulationnistes, <em>cf<\/em>. Guillaume Gourgues, Karel Yon, \u00ab&nbsp;Rapport salarial&nbsp;\u00bb <em>in<\/em> Colin Hay, Andy Smith (dir.), <em>Dictionnaire d\u2019\u00e9conomie politique<\/em>, Paris, Presses de Sciences Po, 2018, p.&nbsp;391-402.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Cf. <\/em>Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, <em>Capitalisme, d\u00e9sir et servitude. Marx et Spinoza<\/em>, Paris, La fabrique \u00e9ditions, 2010.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>Ibid<\/em>.,p.&nbsp;73-77.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> \u00ab&nbsp;<em>Au moment o\u00f9 nous prenons cong\u00e9 de cette sph\u00e8re de la circulation simple ou de l\u2019\u00e9change des marchandises, \u00e0 laquelle le libre-\u00e9changiste vulgaris emprunte les conceptions, les notions et les normes du jugement qu\u2019il porte sur la soci\u00e9t\u00e9 du capital et du travail salari\u00e9, il semble que la physionomie de nos dramatis personae se transforme d\u00e9j\u00e0 quelque peu. L\u2019ancien possesseur d\u2019argent marche devant, dans le r\u00f4le du capitaliste, le possesseur de force de travail le suit, dans celui de son ouvrier&nbsp;; l\u2019un a aux l\u00e8vres le sourire des gens importants et br\u00fble d\u2019ardeur affairiste, l\u2019autre est craintif, r\u00e9tif comme quelqu\u2019un qui a port\u00e9 sa propre peau au march\u00e9 et qui, maintenant, n\u2019a plus rien \u00e0 attendre \u2026que le tannage.<\/em>&nbsp;\u00bb, Karl Marx, <em>Le Capital, livre 1<\/em>, Paris, les \u00e9ditions sociales (LDES), 2016, p.&nbsp;172.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Cette protection peut aussi d\u00e9pendre de la pr\u00e9sence ou non sur le site d\u2019un syndicat pouvant n\u00e9gocier collectivement (<em>bargain<\/em>) pour l\u2019ensemble des travailleurs et des travailleuses qu\u2019il repr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Delphine Naudier, Maud Simonet (dir.), <em>Des sociologues sans qualit\u00e9s&nbsp;? Pratiques de recherche et engagements<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2011.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Cf.<\/em> la mobilisation des revues en lutte https:\/\/universiteouverte.org\/category\/revues-en-lutte\/ et la plateforme issue du Parlement des revues inaugur\u00e9 en novembre 2020&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> http:\/\/www.revue-salariat.fr\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> <em>Cf. <\/em>Jean-Pascal Higel\u00e9, \u00ab&nbsp;S\u00e9curisation des parcours professionnels et s\u00e9curit\u00e9 sociale professionnelle&nbsp;: deux projets antinomiques pour le travail&nbsp;\u00bb, <em>les notes de l\u2019IES<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;20, mars 2011&nbsp;; Mara Bisignano, \u00ab&nbsp;Maintien de l\u2019emploi et ch\u00f4mage partiel. Un mod\u00e8le italien de flexicurit\u00e9&nbsp;\u00bb,<em> les notes de l\u2019IES<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;31, mars 2013&nbsp;; Romain Vila, \u00ab&nbsp;S\u00e9curit\u00e9 sociale professionnelle ou s\u00e9curisation des parcours professionnels. Quelle place pour les jeunes&nbsp;?, <em>les notes de l\u2019IES<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;34, septembre 2014&nbsp;; Aur\u00e9lien Casta, Ma\u00ebl Dif-Pradalier, Bernard Friot, Jean-Pascal Higel\u00e9, Claire Viv\u00e8s, \u00ab&nbsp;Le compte personnel d\u2019activit\u00e9. O\u00f9 sont les droits attach\u00e9s \u00e0 la personne&nbsp;?&nbsp;\u00bb, <em>les notes de l\u2019IES<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;39, f\u00e9vrier 2016&nbsp;; Aur\u00e9lien Casta, Ma\u00ebl Dif-Pradalier, Bernard Friot, Jean-Pascal Higel\u00e9, Claire Viv\u00e8s, \u00ab&nbsp;Pour un droit personnel \u00e0 la carri\u00e8re. Contre le compte personnel d\u2019activit\u00e9.&nbsp;\u00bb, <em>les notes de l\u2019IES<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;40, avril 2016.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Marion Plault, <em>M\u00e9tamorphoses et permanences des parcours professionnels en France (1968-2018). Pour une approche cohortale et sexu\u00e9e des \u00e9volutions de l\u2019emploi<\/em>, Th\u00e8se de doctorat de sociologie, Universit\u00e9 Paris-Saclay, 2019, p.&nbsp;71.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Johann Chapoutot, <em>Libres d\u2019ob\u00e9ir. Le management, du nazisme \u00e0 aujourd\u2019hui<\/em>, Paris, Gallimard, 2020.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction du n\u00b01 paru en novembre 2022 Par Nicolas Castel[1], Mathieu Gr\u00e9goire[2], Jean-Pascal Higel\u00e9[3], Maud Simonet[4] Le salariat a longtemps eu mauvaise presse. Au milieu des ann\u00e9es 1860, dans un chapitre in\u00e9dit du Capital, Karl Marx \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u00e8s que les individus se font face comme des personnes libres, sans salariat pas de production de survaleur, &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/2024\/06\/04\/introduction-du-n1-paru-en-novembre-2022\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Pourquoi la revue \u00ab\u00a0Salariat\u00a0\u00bb?&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1366,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,5],"tags":[],"class_list":["post-1359","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-analyses","category-notes-et-analyses"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1359","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1359"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1359\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1365,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1359\/revisions\/1365"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1366"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1359"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1359"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue-salariat.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1359"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}